‹ L'illusion de fausse reconnaissanceChapitre 10 sur 94 · FORMES SPÉCIALES · texte numérisé non relu

FORMES SPÉCIALES

Je iTai fait allusion jusqu’à présent qu’à la forme pour ainsi dire classique de la fausse reconnaissance, celle que lant de personnes connaissent par expérience, qui se produit à l’état de veille, et où l’impression est immédiate : une situation, ou mieux, un état de conscience, au mo» ment même où il se produit, apparaît comme la répé ition identique d’un état de conscience antérieur.

Gequienaétéditpeat s’appliquer à peu près indistinctement d’une part à la fausse reconnaissance sur venant pendant le rêve, et d’autre part à une forme qui paraît n’avoir été observée jusqu’à présent par des aliénistes en petit nombre, et caractérisée par ce fait que le sujet n’ayant eu sur le moment aucune impression particulière, c’est seulement quelque temps après (quelques minutes ou quelques heures) qu’en se rappelant l’évènement, il se le rappelle comme ayant été, lui semble-t-il, la répétition d’un évènement antérieur.

J’ai rêvé il y a quelques jours, dit C. Q. que quelqu’un me lisait un passage d’un livre que je voyais d’ail- Leroy S

leurs moi-même. Je revois encore maintenant les caractères très nets, hauts, étroits, bien gravés : les lignes très espacées, courtes, avec de larges marges, ressemblant à de la poésie, sans majuscule. Toutefois, en tête des lignes, le papier teinté de jaune. Je croyais (toujours en rêve) me rappeler avoir déjà vu.ce passage, et je faisais les plus grands efforts pour localiser ce souvenir. J’ai réussi pour tout résultat à me réveiller (2 heures du matin). Il est intéressant de noter qu’en rêve, je me disais à moi-même : ce n’est qu’une paramnésie ».

C’est là en effet un cas assez net de fausse reconnaissance survenue en rêve. La possibilité d’une telle forme de fausse reconnaissance était évidente a priori et son interprétation ne doit pas présenter plus de difficultés que celle des cas qui surviennent à l’état de veille. Voici un autre fait qui paraît également incontestable : « Je rêve dit A. J. que je passe au coin d’une rue de Moscou où il y a la boutique d’un épicier ; un dwornik en chemise rouge et chaussé de bottes balaye le trottoir. Or, je rêve que j’ai déjà rêvé pareille chose ». Il est très regrettable que ces faits ne soient pas plus nombreux. C. Q. et A. J. disent qu’ils y sont assez sujets, mais ne peuvent citer d’autres exemples. M. Mario Pilo qui est aussi très sujet et ne peut citer aucun cas particulier.Une autre personne raconte un fait qui est de diagnostic douteux. En somme, ce phénomène paraît assez rare.

S’il arrive ainsi que des combinaisons purement imaginaires soient faussement reconnues, on peut supposer a priori que dans certains cas il en sera de même de souvenirs. Voici ce que raconte A. C. à ce sujet ;

« Le 17 mai 1897, j’avais fait visiter à mon camarade H., le service où je travaille, à la Salpêtrière. Arrivé à l’entrée d’une salle dans laquelle se trouvait couchée une malade intéressante (atteinte du délire de persécution) j’avais arrêté-H... pour lui exposer le cas avant de nous rendre auprès d’elle. Le lendemain, causant avec Mlle T. de cette même malade, je voulus raconter la visite que je lui avais faite la veille : cherchant à me rappeler, j’évoquai intérieurement le tableau de ce qui s’était passé, et notamment, ma station avec H... sur le pas de la porte, tout à coup j’éus impression d’avoir eu déjà exactement les mêmes souvenirs; je ne dis pas, de les avoir dans les mêmes circonstances, parce que, tout à fait absorbé à ce moment dans nia recherche, je revivais pour ainsi dire mes souvenirs, tandis que les circonstances présentes n’existaient pour ainsi dire plus pour moi. Cette impression ne dura qu’un instant (au plus 3 secondes) mais fut suffisamment intense pour que je me demandasse encore pendant les quelques minutes qui suivirent, si la situation de la veille n’avait pas été réellement la répétition d’une situation antérieure ».

Cette forme paraît avoir été particulièrement fréquente chez le malade de M. Arnaud, c’est ainsi que, souvent, alors qu’un fait donné ne lui avait produit sur le moment aucune impression anormale, le lendemain ou le surlendemain, il lui semblait que ce même fait avait été la répétition d’un fait antérieur. Il semble même que chez lui l’impression portait avec une plus grande fréquence, ou avec une plus grande intensité sur les souvenirs que

sur les perceptions mêmes. Cela expliquerait du moins son affirmation que plus il pense aux choses qui lui sont arrivées, soit la veille, soit les jours précédents, plus il est sûr qu’il les connaissait déjà par expérience.

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