‹ L'IllusionChapitre 10 sur 78 · CHANTS DE 1 AMOUR ET DB LA MORT · texte numérisé non relu

CHANTS DE 1 AMOUR ET DB LA MORT

Car la Mort, pour complice éternel, .1 son frère, L'Amour, né Je la même Aière,

Au cœur sans pitié ni me/ci,

La Déesse a la fois bonne, cruelïe et dure,

Tendre et féroce, la N'attire,

Qu'on adore et maudit aussi !

TOUSSIEXE

v>ette poussière, cette ordure, Ces os épars étaient jadis La forme lumineuse et pure D'une femme aux blancheurs de lys.

Jetant des rayons de tendresse, Des yeux charitables ont lui, Des yeux répandaient leur caresse En ces deux trous noirs aujourd'hui.

De cette argile, de ces cendres, De ces deux affreux ossements, Tombaient autrefois des mots tendres, Que buvait l'âme des amants.

Et maintenant, mon adorée, Comprends-tu que tout est néant, Hormis cette ivresse sacrée Qui nous transfigure un moment,

ANTs DE i. kMOUR il' l'i LA MORT 37

Hormis nos amours et nos songes, Hormis donc ce qui paraît vain, Ces beaux, ces sublimes mensonges, Qui font tout ce néant divin?

LE V\CiAL 'D'tAIOLCEIl

Oi tu n'as pas senti trembler ton cœur, tes lèvres, Au serrement furtif d'une main sur ta main ; Si tu n'as pas connu le délire et les fièvres Qu'éveille ce seul mot, dit tout bas : à demain !

Si tu n'as pas cherché dans les bras de la femme Des bonheurs infinis, qu'elle ne peut donner, Si, lui demandant trop, tes regards et ton âme N'ont pas et pour jamais voulu s'en détourner;

Lorsque l'immense nuit te couvre et te pénètre, Palpitant comme toi d'un rêve illimité, Si tu n'as pas senti se fondre tout ton être Sous l'ineffable paix des étoiles d'été;

Si, n'enviant jamais les sanglantes délices Ni la sublime horreur des dévoûments divins, Ton cœur n'a pas bondi vers ces grands sacrifices, Par où l'on veut mourir et pourtant qu'on sait vains;

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Oh! vraiment je te plains plus que je ne t'envie, Toi que Je tels désirs n'auront pas consumé, lu qui tranquillement auras vécu ta vie, N'ayant jamais souffert pour avoir trop aimé!

LE %ÊVE

v>«' était un soir d'été, large, éclatant, vermeil; Comme un grand cœur saignant se mourait le soleil Le cœur divin versait sa tendresse infinie, Et nous contemplions sa sublime agonie, Et tout nous paraissait splendide, harmonieux, Divin comme l'amour, qui brûlait dans tes yeux. Seul depuis j'ai revu des couchants magnifiques, Et le même soleil, et des pourpres magiques, Qui n'illuminaient plus ton visage adoré ; Et tout m'a semblé froid, morne, décoloré... Notre rêve avait fait la beauté de ces choses : Et la douceur des fleurs, celle des lèvres roses, Et ce lac frissonnant qui nous avait charmés Alors qu'il se mirait en tes yeux bien-aimés, Le bleu pur de ces flots sillonnés par des cygnes, Et le chant des couleurs, la musique des lignes, Tout ce qui ce soir-là nous fit ivres et fous Était créé par nous, et n'existait qu'en nous...

CHANTS DE L KUOV R i i' D1 LA M ORT 41

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