‹ L'IllusionChapitre 9 sur 78 · CHANTS DE I. AMOUR I T DE I. A MORT · texte numérisé non relu

CHANTS DE I. AMOUR I T DE I. A MORT

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Lt \ vie est un festin où l'on s'assied gaîment; L'amoureuse a les yeux levés vers son amant, L'amant passe son bras au cou de sa maîtresse; Des rires sont dans l'air; dans l'âme l'allégresse Coule, ainsi qu'un flot d'or dans la pourpre du soir.

— Caresses des grands yeux, profonds comme un miroir, Odeurs de chair montant des robes entr'ouvertes, Parfums, éclats des fleurs parmi les feuilles vertes, Beauté des corps, blancheurs des bras, splendeurs desseins, Chansons, bruits de baisers, longs serrements de mains, Vins en des cristaux clairs qui jettent de la flamme, Douceur des violons qui fait frissonner l'âme,

Tout est lumière, joie et musique, et les yeux Sont fiers, comme si l'homme était frère des Dieux!

— Mais, pendant que leur âme est perdue en ce rêve, Hideuse, tout à coup, se démasque et se lève

La Mort, le rire aux dents, la Mort dressant ses os ; L'ombre envahit la salle : ainsi que des oiseaux Que glace un vent d'hiver, les chants ferment leur aile. La Mort flagelle tout sans merci devant elle : Et l'on voit fuir au loin des spectres décharnés, Et, s'approchant, le gai troupeau des nouveau-nés.

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1 u jouais un grand chant mystique, Calme, étoile comme les deux :

Dans l'extase de la musique, Si pâle, tu fermais les yeux !

Et, mes mains sur tes cheveux lisses, Je tenais ton front renversé :

Oh! le rêve plein de délices, Dont je me sentais caressé!...

Et sur ta paupière fermée Ma lèvre alors se vint poser, Te versant, ô ma bien-aimée, Tout ce rêve en un long baiser;

Et pour un instant nous mêlâmes, Dans des sourires et des pleurs, Nos désirs, nos soupirs, nos âmes, Nos extases et nos douleurs.

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t carte ton esprit de l'abîme des causes, D'où revient tout plongeur pâle et les yeux hagards : Trop obscur et terrible est l'océan des choses : Vois, ton amante est là qui t'ouvre ses regards.

Rêve, contemple, oublie, adore-la, fais d'elle, De ses bras merveilleux, ta tombe ou ta prison ; Fais de ses yeux profonds, dont l'azur t'est fidèle, Fais de sa chair de fleur ton tranquille horizon.

Tu ne peux être un dieu : sois un homme, et ne rêve Que devant le mystère et l'amour de ses yeux, Quand par moments sur toi leur paupière se lève, Laissant filtrer comme un matin délicieux.

Ne cherche plus où tend la destinée humaine ; Aspire le pavot troublant de sa beauté, Et, tel qu'un mort dans la prairie élyséenne, Bois sa chère douceur comme une eau du Léthé.

CHANTS DB l. A.MOUB il DE LA MORT 33

L'IVRESSE T>ES *JMiA1sLTS

JL 'IVRESSE des amants fait la splendeur des nuits : C'est mon cœur que j'écoute en cet oiseau qui pleure : Un écho de mon cœur palpite en tous ces bruits, Et mon âme se mêle au souffle qui t'effleure.

Ce qui rend ce grand ciel à nos regards si doux, C'est l'ivresse d'aimer s'exhalant de notre être, Et c'est par tout l'amour qui rayonne de nous Que cette immense nuit nous caresse et pénétre.

— Sois donc ivre, ô mon âme, et sois ivre toujours; La seule illusion fait la beauté des choses; Mais pleure aussi parfois, sachant que tes amours Ont la fragilité des lèvres et des roses.

TETlFITtES "DÉLICES

-Le vent, qui parle bas à l'oreille des roses, Leur murmure ces mille choses Dont ma bouche aussi t'a parlé;

Et, comme toi, les fleurs ont penché leur oreille Vers la chère voix sans pareille, Puis l'enchanteur s'est envolé.

Et d'un air si rêveur, en leur robe de fête, Les fleurs laissent pencher leur tête Et leur petit cœur parfumé.

Demain pourtant, demain, ces frêles amoureuses, Que les baisers faisaient heureuses, Mourront toutes d'avoir aimé ;

D'avoir un soir goûté les mortelles délices;

D'avoir entr'ouvert leurs calices

A l'enivrement de l'amour, Par qui la chair des fleurs est si vite flétrie,

Par qui toute femme est meurtrie,

Et se fane et meurt chaque jour.

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