SICUT T)EI
V A toujours au plus grand, au plus noble, au plus beau
Que tes pensers sublimes, Jusqu'à l'heure où ton corps ira dans le tombeau,
N'habitent que les cimes!
Fais mépris de ta vie, et, le jour où la mort
Menacera ta tête, Demeure sans pâlir. Prends plaisir, étant fort,
Aux bruits de la tempête.
Abreuve-toi d'air pur, et, l'esprit rajeuni, Ouvre ardemment tes ailes :
Sois libre, et dans ton âme appelle l'infini Des forces éternelles,
Le vent de l'infini, les brises de l'été,
Et ces chaleurs fécondes De l'amour, qui remplit d'azur l'immensité,
Et qui porte les mondes!
Et sois poète alors, et fais couler ton cœur
En des flots d'harmonie, Et comme un feu puissant, comme un torrent vainqueur,
Épanche ton génie I
Pour garder l'idéal et garder tes amours
En ton âme obstinée, Ne crains pas les douleurs, la lutte tous les jours
Contre la destinée.
Souviens-toi des héros, et mets devant tes yeux
Leur noblesse première; Imite-les, aspire à ressembler aux Dieux,
Que revêt la lumière;
Et vis toujours ainsi, calme, dans les hauteurs,
L'âme sereine et pure, T'enivrant des clartés, des chants et des senteurs
De l'immense Nature 1
CHANTS PANTHÉISTES l6j
StACOUIÏLT^LiA
Jacountala fait boire et ranime ses fleurs; Tendrement elle parle à ces sœurs bien-aimées, Dont le soleil avec ses lèvres enflammées Dévora tout le jour les fragiles couleurs.
Leurs calices mouillés semblent des yeux en pleurs ; Et Sacountala songe à des nuits parfumées, Où des baisers, brûlant ses paupières fermées, Lui préparaient aussi de mortelles douleurs :
Car le roi Doushmanta ne revient pas vers elle;
Et, triste, elle fait signe à sa sœur la gazelle,
Qui s'approche pour prendre un peu d'herbe en sa main.
Tous ces êtres du moins lui sont restés fidèles, Et fraternellement ses oiseaux d'un coup d'ailes Frôlent son beau visage aux pâleurs de jasmin.
L^i C'K.É^ITIOK
Je voulant incarner, Vishnou s'est fait poète, Et Vishnou lentement reforme dans sa tète Les rêves qui passaient, alors qu'il était Dieu, Calmes, resplendissants, au fond de son œil bleu.
Il refait ici-bas ses rêves pleins d'étoiles; Et, comme une danseuse aimante dont les voiles S'entr'ouvrent pour laisser son corps s'épanouir, La Terre chaque jour le revient éblouir.
Alors Vishnou, le cœur inondé de clémence, Vishnou dans sa pitié crée un poème immense, Large comme les deux, profond comme la mer, Où plus rien n'apparaît de triste ni d'amer,
Où tout est chant, clartés, radiations sublimes,
Où la lumière heureuse envahit les abîmes,
Où le dernier repos des êtres est l'amour,
Où toute ombre se perd et meurt au sein du jour!
CHANTS I'AN'l il \. istks 167
lu le poème ainsi coule comme un grand fleuve Bienfaisant, une eau pure où le juste s'abreuve, lit taisant luire au loin l'cclat de nouveaux temps Vishnou rend l'espérance aux sages mécontents.
T^LIESITsi
Il disait qu'il avait été tour à tour chêne, oiseau, épée, lyre aux mains des anciens bardes.
(Légende celtique.)
J 'étais dans l'arbre au temps passé, Les printemps ont gonflé ma sève; Dans l'air d'autrefois j'ai versé Ma plainte, mes soupirs, mon rêve :
C'est pourquoi mon âme souvent Comme une forêt qui résonne, Comme un arbre agité du vent, Soupire, retentit, frissonne.
Aigle, un jour, les vents m'ont porté, Et sur les neiges éternelles, Ivre d'air et d'immensité, Largement j'ai battu des ailes :
C'est pourquoi si haut dans les cieux S'envole et plane ma pensée, Les soirs, lorsque je suis des yeux La lune par la nuit bercée.
ciia:,
Aux temps anciens j'ai combattu :
J'étais hache, j'étais épée ;
O mon âme, te souviens-tu
Du sang rouge où tu t'es trempée?
lu c'est pourquoi sur les méchants, Sans pitié, sans mercis ni trêves, Parfois mes vers frappent tranchants, Tranchants et lourds comme des glaives !
Et fou, si dans le même jour Vous m'entendez pleurer et rire, C'est que jadis, vibrant d'amour, Je fus les cordes d'une Ivre!
jiV <P1UCK,TEMCPS T%ÈS T)E LJL ME%.
Jans chercher le pourquoi des choses, sans penser,
En cet infini clair laisse flotter ton âme;
Aime, contemple, rêve, et laisse-toi bercer
Par ce chant de la mer, qui rit comme une femme.
Oh ! tous ces oiseaux blancs tourbillonnant dans l'air ! Être libre, et comme eux s'envoler par l'espace; Comme ces oiseaux fous, qui tournent sur la mer, Flotter, être emporté dans le grand vent qui passe !...
Mêler son âme entière à l'univers vivant, Pour ne plus étouffer à l'étroit en soi-même, Et se donner à tous, et fuir avec le vent, Et glisser caressant sur tout ce que l'on aime!...
Être ce ciel de mai, dont la clarté nous luit
Et, si douce, attendrit les âmes qu'elle touche ;
Etre le souffle tiède et vague de la nuit
Qui trouble toute vierge en effleurant sa bouche!...