‹ L'IllusionChapitre 44 sur 78 · LES RICHESSES T)ES 'B'R.JLHMES · texte numérisé non relu

LES RICHESSES T)ES 'B'R.JLHMES

.Les Brahmes, nul désir ne les vient émouvoir : Ils sont pauvres toujours des richesses humaines, Mais, en les approchant, vous pouvez entrevoir Les fabuleux trésors dont leurs âmes sont pleines.

Ces trésors, c'est le monde entier, ce sont les deux Avec leurs diamants, leurs perles, leurs étoiles : Par instants contemplez l'extase de leurs yeux, Quand pour eux Prakriti se dresse sous ses voiles;

Ou qu'éblouis et fous, ainsi que des Sultans En leur sérail peuplé de femmes aux corps roses, Ils voient, à la clarté d'un éternel printemps, Dans leur rêve fleurir l'illusion des choses.

CHANTS P ANTH KISTES

Tf^l^SE I!KJcDIEeK,eKJE

L/es bayadères

Tournent légères Au bourdonnement du tambour.

Une caresse

Enchanteresse Rit dans leurs yeux chargés d'amour.

Couvert de soie,

Leur corps ondoie ; On entrevoit sous le satin

Les molles hanches,

Jaunes ou blanches Comme les clartés du matin.

A leur cheville

S'enroule et brille Un long serpent aux anneaux d'or,

Qui choqués sonnent,

Tintent, frissonnent Quand le pied tombe ou prend l'essor.

A leur oreille

Est-ce une abeille?

La musique imite le bruit

Tout autour d'elles

D'un fin vol d'ailes, Qui les irrite et les poursuit.

La plus craintive

Sent que furtive Sur elle l'abeille a passé :

L'écharpe vole :

Sa danse est folle; Tout son long corps s'est renversé.

Puis la danseuse,

Soudain rieuse, S'apaise et cache ses seins blancs.

Tambour et flûte,

Après la lutte, Soupirent sur des rythmes lents.

Pâle, chacune,

Etoile ou lune, Tourne, tourne très doucement :

Leurs yeux en flamme

Attirent l'âme Et les désirs comme un aimant.

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Devant ces femmes

Révent des brahmes, Qui se murmurent d'anciens vers;

Leur esprit pense

A cette danse ( )ù Hotte éperdu l'univers.

[i)2 L ILLUSION

LE ^É^A'HJ T)ES ^TT^XEIICES

L'océan de l'immensité Agite et soulève ses vagues; Le soleil brille et sa clarté Y fait luire des formes vagues;

Et sans cesse à l'appel du vent Des flots montent à la surface; Puis soudain ce qui fut vivant S'éteint, s'évanouit, s'efface :

Et le sage tranquillement, Devant les flots de l'existence, Sous leur surface qui lui ment, Voit l'abîme de la Substance.

wil^inzc

J f. suis l'Ancien, je suis le Mâle et la Femelle, L'Océan d'où tout sort, où tout rentre et se mêle ; Je suis le Dieu sans nom, aux visages divers; Je suis l'Illusion qui trouble l'univers. Mon âme illimitée est le palais des êtres ; Je suis l'antique Aïeul qui n'a pas eu d'ancêtres. Dans mon rêve éternel flottent sans fin les cieux ; Je vois naître en mon sein et mourir tous les Dieux. C'est mon sang qui coula dans la première aurore; Les nuits et les matins n'existaient pas encore, J'étais déjà, planant sur l'océan obscur. Mon âme est le Passé, le Présent, le Futur; Je suis la large et vague et profonde Substance, Où tout retourne et tombe, où tout reprend naissance, Le grand corps immortel qui contient tous les corps, Je suis tous les vivants et je suis tous les morts. Ces mondes infinis, que mon rêve a fait naître, Néant, qui prend pour vous l'apparence de l'être,

Sont, lueur passagère et vision qui fuit,

Les fulgurations dont s'éclaire ma nuit.

— Et si vous demandez pourquoi tant de mensonges,

Je vous réponds : Mon âme avait besoin de songes,

D'étoiles fleurissant sa morne immensité,

Pour distraire l'horreur de son éternité !

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