LAC
Du moins soyez bonis, illusions d'une heure, i) songea fugitifs, mirages d'un moment, Terre qui me portais, 6 troublante demeure Où l'homme endort an peu sa misère en aimant;
Où dans les jardins clairs qu'alanguissent les plantes, Sous les enchantements de la lune d'été, Nos Ames se fondaient sur nos bouches brûlantes, Echangeant des serments d'amour illimité !
— J'ai vécu, j'ai rêvé : n'aurai-je fait qu'un rêve, Quand je tenais sa forme éphémère en mes bras? Et du rêve, ô mon âme, en la mort qui l'achève, Que demeurcra-t-il, quand tu disparaîtras ?
JL LJL ^^TUXE
1 are il le en ton caprice aux reines d'Orient, Étrange Déité, qui fais en souriant Mourir ceux qui venaient de reposer leur tête Sur ton corps adorable, étonnés de la fête Offerte à tous leurs sens par ton bizarre amour; Reine, malgré la mort, quand se lève le jour, Malgré ta cruauté tranquille, et les mensonges De tes bras repliés pour enlacer nos songes, De tes bras nous faisant une aimante prison, Avec tes grands regards d'azur pour horizon, Pour ces regards d'azur, pour la chaude caresse De ton sourire d'or, pour l'orgueil et l'ivresse Qu'une heure j'aurai bus à tes lèvres de feu, Pour les splendeurs de ton palais au plafond bleu, Pour la claire musique et la pure lumière De ta beauté toujours en sa fraîcheur première, Pour le son féminin et le chant de ta voix, Pour tes baisers, le soir, en la langueur des bois,
LA GLOIRE nu N EANT
Je t'aime, et te bénis Je m'avoir donné l'être, D'avoir fait qu'un instant je te visse apparaître Dans le rayonnement de ton corps adoré, — Au risque du néant, dont tu m'avais tiré !
kÀu Toète anglais John Ta\ne.
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'DtAKS L'ESTEXEL
V> ' i. i a i T un clair matin d'avril : toutes les branches Bruissaient au soleil, après le long hiver; Les Alpes dans l'azur dressaient leurs cimes blanches. J'écoutais la Sirène éternelle, la mer.
Quand j'aperçus soudain, au-dessus de ma tète, Marchant sur un talus qui bordait le chemin, Un sordide vieillard, à l'allure de bête, Sale, vil, repoussant, hideux débris humain.
Vers moi nonchalamment il tourna sa prunelle ; Son corps se profilait sombre sur le ciel bleu : Et des fils de Caïn la colère éternelle En ses yeux tout à coup passa comme du feu.
Cet homme s'éloigna, m'ayant jeté sa haine; Et du regard longtemps je suivis soucieux Cette apparition de la misère humaine : — Ce vieillard en haillons me cachait tous les cieux !
HOTIT^L
\~J e s enfants qui souffraient parce qu'ils étaient nés ; Des femmes qui mouraient pour les avoir fait naître ; Des hommes qui hurlaient ainsi que des damnés, Et demandaient la mort, et ne voulaient plus être ;
Un enfant qui râlait et se tordait hagard, De l'écume à la bouche, avec des cris de bête; Des vieillards dont les yeux n'avaient plus de regard, Et dont tremblaient les mains, les jambes et la tête.
— Quand je sortis de là, j'allai je ne sais où; Je marchai, le cerveau malade, à l'aventure; Je regardai sans voir, comme ferait un fou, Le ciel, les arbres verts, bercés dans le murmure
D'un matin de printemps, et restai tout le jour
Le front baissé, cherchant à comprendre où nous sommes,
Haïssant le soleil et maudissant l'amour,
Oubliant tout, hormis la misère des hommes.
H SURIS SOMBRES 2ÔJ