SAGESSE
VJ a r n e au moins cet espoir de douter detes doutes, Et les religions, mon âme, aime-les toutes. Qu'importe la croyance? Il faut rêver d'abord, Puisque l'illusion fait la vie et la mort Sublimes quelquefois ou quelquefois plus douces. Par elle le bonheur, qu'autrement tu repousses, Peut de furtifs rayons illuminer tes jours, La seule illusion nous créant nos amours. Laisse-toi donc souvent tromper par ses mensonges : Comme le Grec ancien aime, poursuis des songes De vertu, d'héroïsme, et d'art et de beauté; Et moins préoccupé de l'immortalité, Avant vécu ta vie ainsi pleine et profonde, Tu pourras sans regrets bientôt quitter ce monde. Rien ne te peut mentir de la terre et du ciel, Si rêver, puis mourir, seul t'apparaît réel. Aime : l'amour encor te convie à ses fêtes; De ta vie et ta mort fais deux œuvres parfaites ; Et, pour aborder mieux le néant qui les suit, Prends un repas divin, — et rentre dans la nuit.
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1 u contemplais jadis, les yeux extasiés, Le mobile océan des effets et des causes; Tes yeux ne se sont pas encor rassasiés, Et cependant sont las du spectacle des choses.
Sans être satisfait, étant désenchanté, Que ne cesses-tu donc d'offrir ton âme avide Aux regards attirants et purs de la Beauté, Dont pourtant tu sus voir la misère et le vide?
O cœur désabusé, qui désires toujours, Et gardes à jamais ta soif inassouvie, Pourquoi chercher encor de nouvelles amours, Quand tu connais si bien le néant de la vie ?
HEURES SOMBB