‹ L'IllusionChapitre 67 sur 78 · VIEILLE HISTOIRE · texte numérisé non relu

VIEILLE HISTOIRE

f y G m a m o x avait conçu sa Galathée ;

En elle projetant son rêve intérieur,

Il la fit si vivante et parfaite en sa fleur,

Qu'il l'adora, l'ayant trop tendrement sculptée.

Pâle, à genoux, buvant cette blancheur lactée, Dont Aphrodite avait avivé la froideur, Il la priait, le cœur brûlé par sa splendeur : Sa prière d'amour n'était pas écoutée...

Elle marchait; jaloux, il suivait tous ses pas;

L'être par lui créé ne le regardait pas ;

Et sincère, instinctive, hélas! sans être vile,

Pendant q-u'éperdu, fou, mourant, il l'implorait, Charmante et caressant son front, elle pleurait, Mais aimait mieux les beaux éphèbes de la ville.

S01% "DE T%IrSLTEMTS

Lia sève de la vie ardente est remontée Dans les doux yeux troublants des femmes et des fleurs, Et toute âme, ce soir, tremble et brûle exaltée Par les parfums trop forts et les chaudes couleurs.

Des femmes, par les bois, en fine robe blanche, Marchent, lourdes d'amour, au bras de leur amant, Appelant d'un regard la bouche qui se penche ; Et la nuit les bénit, tendre ineffablement.

— Oh ! souviens-toi, mon âme, ou bien plutôt oublie I Cœur gonflé de désirs, n'espère plus aimer, Et laisse-la passer, la sublime folie Qui, jadis, te savait consoler et charmer!

RÉVEIL 'DU SOKGE

Wnl les fleurs du jardin mystique, Du tendre et cher corps féminin!

Oh I la caresse magnétique Des longs regards ou d'une main !

Le Désir, qui vêt toutes choses D'illusionnante beauté, De vos jeunes corps blancs et roses Fait des paradis de clarté ;

Et pour servir la Destinée, Pour travailler à ses desseins, Fous, la pensée hallucinée, Nous mordons les lys de vos seins!

Et nos lèvres dans leur ivresse Baisant votre mortalité, Aux mots, aux cris de leur tendresse Mêlent celui d'éternité...

3 o6 l'illusion

Et nous marchons comme en un songe, Jusqu'au jour où, nous réveillant, Xous entrevoyons le mensonge De votre regard souriant,

Et pourtant, malgré les détresses Qui suivent l'éveil d'un tel jour, Aux souvenirs de vos caresses, Je rends grâces au fol Amour!

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1 a r H 1 ces rencontres d'atomes Ne sachant pourquoi je suis né, Je marche comme halluciné En un tourbillon de fantômes !

Vague étincelle entre deux nuits, Entre deux néants ombre d'être, A la veille de disparaître, Je ne sais encor qui je suis!...

FEMIîsLEUM Dit*ATtE

\-s mer, mer tour à tour caressante et cruelle, Terrible mer, changeante et trouble autant que nous, Pourquoi tes cris de bête et tes grands élans fous, Quand la lune au cœur pâle apparaît et t'appelle?

O mer des nuits d'orage, ô hurlante femelle Qui tords les naufragés engourdis par tes coups, Et mer des soirs d'été, dont les yeux bleus sont doux, O chanteuse et berceuse, ô sirène éternelle,

Pourquoi tes aboiements, tes fureurs, tes sanglots,

Ou tes rires d'écume et l'azur de tes flots,

Ton charme, tes langueurs et tes soupirs de femme,

O mer, qui ne connais ni pitié ni remords, Ossuaire profond où dorment tant de morts, Abime monstrueux, si pareil à notre âme?

Il UU RE S SOMBRES 509

%EMICXJISCECHJCES

uA 'Dariviu.

J e sens un monde en moi de confuses pensées, Je sens obscurément que j'ai vécu toujours, Que j'ai longtemps erré dans les forêts passées, Et que la bête encor garde en moi ses amours.

Je sens confusément, l'hiver, quand le soir tombe, Que jadis, animal ou plante, j'ai souffert, Lorsque Adonis saignant dormait pâle en sa tombe, Et mon cœur reverdit quand tout redevient vert.

Certains soirs, en errant dans les forêts natales, Je ressens dans ma chair les frissons d'autrefois, Quand, la nuit grandissant les formes végétales, Sauvage, halluciné, je rampais sous les bois.

Dans le sol primitif nos racines sont prises; Notre âme, comme un arbre, a monté lentement; Ma pensée est un temple aux antiques assises, Où l'ombre des Dieux morts vient errer par moment.

Quand mon esprit aspire à la pleine lumière, Je sens tout un passé qui le tient enchaîné ; Je sens rouler en moi l'obscurité première : La terre était si sombre, au temps où je suis né 1

Mon âme a trop dormi dans la nuit maternelle ; Pour atteindre le jour, qu'il m'a fallu d'efforts I Je voudrais être pur : la honte originelle, Le vieux sang de la bête est resté dans mon corps.

Et je voudrais pourtant t'affranchir, ô mon âme, Des liens d'un passé qui ne veut pas mourir; Je voudrais oublier mon origine infâme Et les siècles très longs que tu mis à grandir.

Mais c'est en vain ; toujours en moi vivra ce monde De rêves, de pensers, de souvenirs confus, Me rappelant ainsi ma naissance profonde, Et l'ombre d'où je sors, et le peu que je fus;

Et que j'ai transmigré dans des formes sans nombre, Et que mon âme était, sous tous ces corps divers, La conscience, et l'âme aussi, splendide ou sombre, Qui rêve et se tourmente au fond de l'univers 1

HEURES S C) M lil' I s

LE cDOM'PTEU%

JL e dompteur se tenait debout devant ses bêtes : Sur les barreaux du fond les lions se pressant, Il les fouetta; soudain alors toutes ces têtes, Avec un mouvement terrible se dressant,

Rugirent ; un nouveau coup de fouet les fit taire : Et les lions vaincus et rentrés au repos, L'homme leur commanda de se coucher à terre, Et gracieusement mit son pied sur leur dos.

Mais ce qui plut surtout et fit rire les femmes, Ce fut après cela de petits lionceaux, Condamnés pour la vie aux spectacles infâmes, Qui lestement sautaient à travers des cerceaux.

Leurs mères regardaient de leur prunelle morte. L'homme sourit encore au moment de partir; Et j'eus honte, voyant qu'il atteignait la porte, De ces lions repus qui le laissaient sortir;

Et mon cœur s'indigna de l'horreur de ces fêtes, Aimant toutes fiertés, et dès lors n'aimant pas Qu'outrageant sans pudeur la dignité des bêtes, On forçât des lions à se courber si bas.

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