‹ L'IllusionChapitre 68 sur 78 · LES ^4%'B%ES · texte numérisé non relu

LES ^4%'B%ES

t / <. Indre Tbeuriet.

Aimez et vénérez, ne tuez pas les arbres; Ces verts abris tombés, les pays sont moins forts ; 11 ne suffit donc pas de la splendeur des marbres; Tout peuple meurt, après que ses grands bois sont morts.

Ce n'est pas seulement pour la douceur du rêve Par nous goûtée en l'ombre apaisante des bois, Qu'il conviendra toujours de respecter leur sève, Sœur pâle du sang rouge et sacrée autrefois ;

C'est qu'ils gardent en eux l'âme de la patrie, Son vieil esprit, ses mœurs, son antique vigueur ; Quand la sève s'écoule en la foret meurtrie, Un peu de notre sang quitte aussi notre cœur.

Un être obscur et doux vraiment dort sous Pécorce. Les grands chênes jadis étaient des demi-dieux, Protecteurs de la race et gardiens de sa force, Et leur horreur sacrée étonnait nos aïeux...

Nous la devons aimer, la forêt fraternelle, Qui nous épanche encor le silence et la pab La paix des jours premiers réfugiée en elle, En l'obscure fraîcheur de ses rameaux épais ;

Et j'ai rêvé parfois qu'étendant sur la terre A nouveau son empire et son calme divin, Elle nous survivrait, auguste et solitaire, Avant enseveli tout le vain bruit humain.

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Silencieuse horreur des forêts sous la nuit! Chênes, fantômes noirs qui vous dressez dans l'ombre, Bleus abîmes du ciel, gouffre tranquille où luit Le fourmillement clair des étoiles sans nombre,

J'erre terrifié, les yeux lix^s sur vous, Voulant toujours percer le mystère où nous sommes, Mais où vous demeurez, interrogés par nous, Sans réponse jamais aux questions des hommes !

Univers éternel, arbre toujours vivant, Ygdrasill, frêne énorme aux vibrantes ramures, Quel esprit est en toi, quel grand souffle, quel vent Vient t'agiter sans fin et t'emplir de murmures ?

Étoiles, floraison de cet arbre géant, Qui ressemblez aux yeux terrestres de la femme, Fleurs brûlantes du ciel, je songe à ce néant Où vous vous éteindrez aussi, comme mon âme I

J'ai peur, mortel chétif, en cette immensité : La ténébreuse horreur de ces bois me pénètre, J'ai peur, quand au travers de leur obscurité J'aperçois l'infini qui menace mon être.

Pourquoi suis-je donc seul saisi d'un tel émoi, Seul atome pensant parmi tous les atomes, Devant ces arbres noirs qui font autour de moi Ce grand cercle muet d'immobiles fantômes?

— Dans ce monde avec vous comment suis-je venu ? O visions, avant que la mort ne nous fasse Tous rouler pêle-mêle au fond de l'inconnu, Regardons-nous, une heure encore, face à face 1

Il TU RF.S SOMBRES 3 I 7

LE CiA? 'MO'R.'D

Et devant lui s'ouvre le palais de l'Éternel.

Carlyle.

Jous la morne blancheur des longues nuits polaires Se dresse le Cap Nord, sombre, silencieux, Et le rocher, debout sous les clartés stellaires, Semble un géant qui veille à la porte des cieux.

A ses pieds l'Océan se tord et se lamente, Le vieil Océan pleure et roule ses sanglots; Et, tandis que le vent du pôle le tourmente, Tranquille, le géant plane au-dessus des flots.

Tout au loin, à cette heure, enveloppés par l'ombre, Reposent dans le sein du rêve et du sommeil Les peuples de l'Europe, et les races sans nombre De l'Afrique, la noire amante du soleil. •

Là-bas, régnent le Temps, la Douleur et le Crime, Et l'Amour et la Mort errent par les chemins; Ici, l'âme de l'homme, en face de l'abîme, Méprise tout le vain tumulte des humains,

5 Ib L ILLUSION

Et contemple sans voix l'espace taciturne, Le palais ténébtreux où dort l'Éternité, Froidement éclairé par la lampe nocturne De la lune flottant sur cette immensité !

HEURES SOMBRBS Jiy

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