LE SOU%I%.E
1 ijaour se faisait suivre dans les combats D'une esclave très belle et qui, haute de taille, Sur l'épaule d'un noir, calme, appuyant ses bras, D'un éléphant géant dominait la bataille.
Rêvait-il, s'il était vaincu, ce reposer
Sur cette femme encor sa vue inassouvie,
Ou, bizarre songeur, voulait-il opposer
Aux horreurs du trépas les splendeurs de la vie?
Sur la gaze et la soie enserrant son long corps Flottait, sombre manteau, sa chevelure brune; Au-dessus des blessés, des mourants et des morts, Tranquille et doux planait son sourire de lune.
Pour contempler l'éclat de ses yeux de lapis Les moribonds rouvraient leurs paupières tremblantes Sur leurs corps écrasés elle semblait un lys Éclos dans un jardin de tulipes sanglantes.
— C'est ainsi que sourit, en nous voyant mourir, Avec ses grands yeux clairs la Nature sereine, Et que ses yeux pourtant nous aident à souffrir, Indifférents et beaux, sans amour et sans haine !
LE VIEILL^IXT)
vJ n vieillard tout courbé s'est assis sur un banc : Aux rayons du soleil, que renvoie un mur blanc, Un moment il se vient réchauffer, et regarde Quelques soldats debout devant un corps de garde, Des femmes s'appuyant au bras de leur amant, Des mères dont la main rappelle doucement Leurs enfants curieux que toute chose arrête. Puis le grand ciel qui flambe au-dessus de sa tête Et dont la vision va s'éteindre pour lui : — Ht les yeux du vieillard se ferment pleins d'ennui.