‹ L'illustration et les illustrateursChapitre 12 sur 63 · CARLE VERNET. — CHARLET. — HIPPOLYTE BELLANGE. — RAFFET · texte numérisé non relu

CARLE VERNET. — CHARLET. — HIPPOLYTE BELLANGE. — RAFFET

Carie Vernet, fils de Joseph Vernet, le peinlre de marine si connu, naquit à Bordeaux en 1758 et mourut à Paris en 1836.

Aussi remarquable comme dessinateur que comme peintre, ce grand artiste excelle également dans la caricature. Il était le pelit-fîls de Moreau le Jeune, dont nous avons précédemment parlé.

A cinq ans il dessinait déjà d'une façon surprenante, si bien que son père en parla un jour avec feu chez M. d'Angevilliers, où se réunissait une société choisie; et comme on se récriait sur l'aveuglement de la tendresse paternelle, Joseph Vernet envoya chercher son fils.

Voilà le pauvre enfant installé au milieu du salon, une feuille de papier devant lui et un crayon à la main. Suivant son instinct, il dessine un cheval, et à mesure qu'il avance on murmure autour de lui : « Bien, très bien, il n'aura pas de place pour dessiner les jambes. » Ce que voyant, l'enfant sans se déconcerter, se tire fort bien d'affaire, avec une présence d'esprit rare,

en figurant de l'eau au bas de sa feuille, et montrant aux spectateurs étonnés un cheval prenant un bain de pieds.

Avant même d'avoir terminé ses études, Carie Vernet avait connu tous les grands hommes de son temps. C'est ainsi qu'il fut présenté à Voltaire, qui lui dit : « Vous êtes ici chez un confrère de votre père : anclïio son pittorel » (Ch. Blanc, Histoire des peintres.)

La vie de Vernet fut très mouvementée; — la variété de son œuvre se ressent heureusement de cette existense tourmentée qui assiste tour à tour à la Révolution, aux massacres sous la Terreur, à la grâce du Directoire, au Consulat et aux événements héroïques de la campagne d'Italie.

Après des études sérieuses qu'il fit chez Lépicié, Vernet obtint un deuxième prix de Rome, puis le premier, trois ans après.

Nous assistons à ce moment au début des courses de chevaux, pour lesquelles le jeune homme se passionna aussitôt. A cette époçue, Vernet passe le plus précieux de son temps dans les écuries, au manège; le cheval l'attire comme sport, puis bientôt comme étude, dans laquelle il passe maître.

Le grand peintre Géricault fit également sur le cheval des œuvres fort intéressantes; comparées à celles que nous possédons de Vernet et de Gros, nous ne pouvons nous empêcher de donner la préférence à Géricault, qui, dans ses magnifiques suites de chevaux, prend le pas sur Vernet par sa technique irréprochable et la puissance du rendu.

Les chevaux de Carie Vernet ne rappellent-ils pas, en effet, l'épigramme de Gros : « Mes chevaux, disait-il, mangeraient chacun dix chevaux de Vernet. »

Puis, Carie Vernet, subitement impressionné par l'œuvre de Salvator Rosa, se lance éperdument dans la peinture des batailles.

Fait curieux, à ce moment, à force de visiter les églises, pénétré tout à coup d'une foi religieuse exaltée par sa sensibilité d'artiste, Vernet veut se faire prêtre.

Son père, Joseph, accourt aussitôt à Rome, instruit par Lagrené des ten-

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