‹ L'illustration et les illustrateursChapitre 13 sur 63 · CARLE VERNET · texte numérisé non relu

CARLE VERNET

dances du jeune homme, le ramène en France, après un stage d'une année seulement, au lieu des cinq réglementaires.

Un revirement subit se fait dans l'esprit de l'artiste ; la gaieté revient peu à peu dans cette nature ébranlée. Complètement remis de sa crise religieuse, Vernet reprend ses études avec un acharnement aussi raisonné qu'il avait été incertain.

Il produit alors deux grands dessins intitulés Courses de chars aux funérailles de Patrocle, la Mort cVHippolyte, Vainqueur aux courses de chevaux revenant avec sa compagne, compositions empreintes d'un sentiment un peu trop académique, correctes dans leur froideur, manquant toujours de logique. L'artiste, en effet, nous montre des Grecs mi-nus ou drapés galopant sur des chevaux modernes qui semblent s'être échappés des écuries les plus à la mode.

Puis vient la Révolution, dont Carie Vernet devient un ardent partisan. Nommé officier des grenadiers de la garde nationale, il est blessé à la main pour avoir refusé de tirer sur le peuple massé autour des Tuileries.

Sous la Terreur, la sœur de Vernet, mariée à l'architecte Chalgrin, fut condamnée à mort et exécutée comme suspecte : l'artiste eut la douleur de voir toutes les démarches qu'il fit pour la sauver demeurer sans résultat. Malgré ses prières à son collègue David, dont la haute influence aurait pu efficacement intervenir, il ne put obtenir que cette réponse : « J'ai peint Brutus, je ne solliciterai pas Robespierre. »

Avec le Directoire, nous voyons Vernet reprendre ses crayons. Il composa à cette époque des pages exquises sur les incroyables et les merveilleuses, — véritables documents, empreints de grâce, sans toutefois l'exagération des costumes excentriques de ce temps.

Puis viennent de nouvelles études de chevaux, d'une vérité peut-être discutable, mais d'une allure très belle et d'un grand mouvement; ce fut Debucourt qui grava ces dessins.

Avec le Consulat, Vernet affirme sa réputation par des séries de lithogra-

phies représentant des combats. Dans ces tentatives, dont le succès fut très brillant, on ne peut s'empêcher de penser à Van der Meulen par la couleur et l'ingéniosité de la composition.

Vernet, dans ses multiples recherches de la vérité, rappelle celles de Raffet. C'est ainsi qu'il accompagna le premier consul sur plusieurs champs de bataille lors de la campagne d'Italie. Là, insouciant du danger, l'artiste remplissait ses albums de croquis ; il étonnait les combattants, parmi les rangs desquels il se mêlait, par le côté technique qu'il expliquait du mouvement des troupes et sur la marche des opérations.

La lithographie était le procédé en faveur à cette époque; nous examinerons par la suite les talents si divers qui se manifestèrent dans ce genre. Carie Vernet est au premier rang de ceux-là...

L'artiste apprécia dès le début les ressources nombreuses offertes par ce procédé délicat, dont il connut bientôt savamment la pratique.

Ses études du mameluck exprimées par ce « moyen » sont bien curieuses; sous son moindre aspect il est reconnaissable. Puis des idées de caricature lui vinrent : mis en humeur par les types bizarres que l'invasion nous amena, il traduisit supérieurement les ridicules de nos ennemis.

L'œuvre de Carie Vernet, toute d'élégance et de précision dans le dessin, apparaît quelque peu froide à l'œil. Son grand talent affecte une forme plutôt littéraire que plastique. L'attrait de ses dessins et de ses tableaux si nombreux consiste également dans le choix supérieur des sujets traités : la finesse côtoie la lourdeur quelquefois exigée par le caractère ; l'ensemble est néanmoins brillant et spirituel.

Malgré ses soixante-quinze ans, Carie Vernet, toujours épris du cheval, qu'il montait supérieurement, caracolait encore, droit et vert, au bois de Boulogne. Vivant toujours en jeune homme, il passait ses soirées au café de Foy, où l'on montre encore une hirondelle que le grand artiste peignit, dit-on, sur un plafond.

Carie Vernet mourut alors qu'il ébauchait un grand tableau.

ET LES ILLUSTRATEURS

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