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CHARLET

« Les Raffet sont merveilleux pour ceux qui savent regarder, les Charlet sautent aux yeux; qu'on parcoure notre livre, tout notre livre, dit le colonel de La Combe en tête de son catalogue, alors seulement on connaîtra Charlet. » Remarque parfaitement juste. Quel enseignement ces paroles contiennent! N'est-il pas, en vérité, déplorable de voir des opinions se formuler, bonnes ou mauvaises, d'après seulement quelques spécimens entrevus de l'œuvre d'un artiste, alors que celle-ci est aussi complexe, aussi énorme!

Charlet naquit en 1792 à Paris, où il mourut en 1845.

Son père, dragon de la République, mourut au service de la patrie, et, comme Charlet aimait à le dire, tous deux également avaient servi la France, l'un par la pierre à fusil, l'autre par la pierre lithographique.

L'œuvre de cet artiste est fort intéressante. La lithographie trouve en lui un de ses meilleurs interprètes, et c'est dans ce procédé surtout qu'il excelle. Ses tableaux, malheureusement, sont peu nombreux, étant données les qualités qu'il nous fit entrevoir dans ses rares productions de peintre.

L'opposition politique était venue en aide à sa popularité au moment où il avait débuté; c'était en 1816, alors que les humiliations infligées à la France à la suite de nos désastres avaient exalté au plus haut point le sentiment national.

Charlet fut impressionné par le côté militaire de son époque, dont il posséda supérieurement le côté technique du vêtement, les détails les plus scrupuleux de l'équipement et le côté martial de l'allure du soldat.

Au reste, nous retrouvons Charlet en 1814 dans les rangs de la garde nationale, avec le grade de sergent; il compte dès lors parmi les plus intré-

pides combattants de la défense de Paris, « préférant le pain noir de la nation au gâteau de l'étranger .»

Peu à peu son esprit d'observation s'aiguise, son cerveau s'imprègne du caractère particulier afférent au soldat.

Ses types sont variés à l'infini : le lancier ne ressemble pas au dragon, ni le dragon au grenadier ; chez lui chaque arme revêt un caractère qui lui est propre, inhérent à chaque personnage qu'il crée. Les ouvriers, les gamins de Paris dont il retraça de façon si multiple les physionomies particulières, disent mieux que nous la valeur artistique de Charlet.

Les caricatures, militaires ou autres, de cet artiste atteignent le plus haut comique, et les légendes explicatives qui les soulignent sont souvent d'observation très fine. — Beaucoup même passèrent proverbes.

Que de dessins admirables, que d'idées charmantes, et comme toutes ces créatures vivent bien du souffle que leur a communiqué leur auteur!

Quel double avantage que celui de pouvoir parler aux yeux et à l'esprit en même temps, alors que l'on peut incarner sans interpréter les types de son œuvre et que l'on possède à la fois le sentiment de l'allure martiale du troupier et celui du déhanchement grossier du gavroche!

Malheureusement, il semble que l'esprit dont Charlet aimait à accompagner ses dessins détourne à tort l'attention du but principal de l'image, dont les qualités se suffisent à elles-mêmes.

La popularité vint à Charlet par ce côté littéraire que lui reprochèrent les peintres.

L'artiste dont nous parlons donnait d'autant plus prise à la critique, en ce qui concernait l'esprit des mots et la verve souvent facile dont il soulignait ses scènes, que dans bien des cas il sut faire montre d'un talent d'écrivain très réel. On en peut juger par les deux premières livraisons d'un ouvrage qu'il publia peu de temps avant sa mort, et qui porte pour titre : V Empereur et la Garde impériale. Les lettres de lui que publia Y Artiste sont d'un style très ferme, très pur, et d'une puissante couleur.

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