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HIPPOLYTE BELLANGÉ

« Si le style c'est l'homme, vous connaissez Hippolyte Bellangé en étudiant ses œuvres. Il ne tâtonne pas, il se consulte d'abord. Il voit du premier coup d'œil le genre qui convient à son crayon ferme et téméraire; il se jette avec amour, avec audace, dans la route qui vient de s'ouvrir, et le voilà rival des plus habiles, voyageant à côté des Horace Vernet et des Charlet, ces deux gloires d'une école dont Raffet aussi a sa belle part à revendiquer. »

Ainsi s'exprime Jacques Arago dans la biographie qu'il consacre à l'artiste que nous allons examiner.

Bellangé naquit à Paris en 1800 et mourut dans cette ville en 1866.

Il résume, avec Carie Vernet, Charlet et Raffet, l'expression la plus vibrante de l'amour de la patrie, au service duquel les quatre artistes consacrèrent ardemment leur remarquable talent. — Esprits faciles, génies accessibles, d'essence bien française, ils furent, dès leur avènement, salués par l'opinion comme les peintres du peuple.

Bellangé, qui puisa les principes de son art également chez le baron Gros, devint aussitôt l'ami intime de Charlet.

Ces quatre artistes auront eu cette gloire d'avoir été de leur époque, lorsque tant d'artistes supérieurs peut-être se renfermaient dans une sphère de l'idéal dont ils ne descendaient pas, vivant abstraitement aux siècles de Périclès, d'Auguste et de Léon X. 11 leur a fallu tout créer pour arriver à ce type fait de toutes pièces, d'une couleur, d'un arrangement tout particulier qui synthétise l'armée et qui vaut bien Achille, quelque admiration qu'on professe d'ailleurs pour ce personnage homérique.

HIPPOLYTE BELLANGÉ

Leur originalité jaillit tout à coup à travers le poncif et le déjà vu ; ils

Dessin de Bellangé, extrait des Journées révolutionnaires (librairie Flammarion).

inondèrent leur siècle d'une lumière féconde et exaltèrent le patriotisme par l'image en frappant au cœur de la foule.

Certes, ces artistes ne sauraient être comparés aux grands maîtres de Flandre, d'Espagne et d'Italie; mais ils sont spirituels, modernes et bien gaulois, dégagés de toute vraie théorie d'art, de bonne humeur. (Musée des familles.)

Né de parents peu fortunés, H. Bellangé dès son plus jeune âge fut placé en apprentissage chez un négociant raffineur de sucre, « chez qui, dit l'artiste lui-même, ayant copié pendant un an beaucoup de lettres, comptes courants et autres pièces aussi intéressantes des archives commerciales, goûté beaucoup d'échantillons de sucre brut, de cassonnade, au point d'acquérir pour toutes les matières sucrées une horreur que j'ai gardée longtemps, je ne pus m'acclimater, toujours poursuivi par mon désir d'être artiste. »

Puis ce fut chez un peintre de miniature que Bellangé vint échouer, après maintes tentatives de révolte pour arriver à toucher à son rêve entrevu, et chez un ébéniste...

« Tout cela c'était bien de l'art, mais ce n'était pas l'art comme je le comprenais. » Et l'artiste nous parle des joies secrètes et des chères pensées d'idéal dont il aimait à animer ses rêveries solitaires; il nous dit ses retraites fugitives au fond des bois, et les douces impressions qu'il ressentait devant la nature. Un album sur son cœur, il s'enfuyait très loin et s'appliquait alors à dessiner ce qu'il voyait; il nous conte son premier paysage. « Cet essai ne fut pas des plus réussis, il me fît seulement connaître cette vérité, qu'il est peu commode d'être assis à terre pour dessiner, et cette autre vérité, que la mine de plomb rend mal les jeux du soleil dans la feuillée. »

« Bah! s'écrie-t-il, je ne suis pas paysagiste ! » Et il s'endort.

Tout à coup, le jeune homme est réveillé : par une voix peu harmonieuse qui chante un air de Fan fan la Tulipe. C'était un soldat qui se livrait sur un tremble au laborieux exercice de la sculpture sur bois.

Sa sculpture était peut-être un peu superficielle, car il attaquait seulement l'écorce de l'arbre.

ET LES ILLUSTRATEURS

Dessin de Bellangé (librairie Flammarion).

Le sujet était un nom propre, surmonté d'un cœur enflammé percé de flèches.

« L'uniforme de ce guerrier (c'était un artilleur) m'attirait, dit Bellangé;

et après une courte hésitation je repris mes crayons el le croquai en quelques traits.

« Il me regarda à son tour d'un air étonné.

« Je lui montrai alors mon papier, sans ajouter une parole.

a — Mon portrait! s'écria-t-il.

« — Vous trouvez?

« — Parbleu, ça y est! Jusqu'au passe-poil, qui est tout à fait d'ordonnance.

« — Si vous le trouvez ressemblant, acceptez-le, » reprit le jeune homme. Et le troupier emporta l'œuvre de début de l'artiste en lui souhaitant bonne chance.

« Il me porte bonheur, en effet, conclut Bellangé, car ma vocation était décidée. »

La lithographie, dont le procédé lui avait été enseigné par Charlet, tenta bientôt Bellangé par la facilité et la rapidité avec laquelle on obtenait X effet.

Les deux artistes ne peuvent pas se comparer cependant dans leur œuvre. Si toutefois nous trouvons en eux des points de similitude réels, en politique entre autres, par leurs mêmes idées libérales accouplées à leur art évidemment bonapartiste, leur production diffère, et leurs tendances ne sont pas les mêmes.

Bellangé fit relativement peu de dessins. Son esprit sédentaire se prêtait difficilement à l'activité double du cerveau et du corps indispensable au dessinateur. D'une nature calme et simple, très épris de son intérieur, il n'eut jamais la verve étincelante de Charlet, ni le mot mi-plaisant, mi-philosophique, qui soulignait les planches de cet artiste.

Au reste, Bellangé eût-il eu un goût absolu pour l'illustration, qu'il lui eût été bien difficile de s'y consacrer. Il fut, en effet, obligé d'accepter les fonctions de conservateur du musée de Bouen. Cet exil qu'il subit pendant dix-sept années lui avait été commandé par des considérations de famille.

Bellangé était officier de la Légion d'honneur.

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