BERTALL
Il est presque impossible de fixer le nombre des dessins publiés par cet artiste, très original, sans méchanceté, qui eut le rare mérite d'amuser ses contemporains sans pour cela éveiller leurs moindres susceptibilités.
Caricaturiste, illustrateur et littérateur, tantôt il gouaille malicieusement, comme dans le Grelot, petit journal satirique qu'il fonda en avril 1871, tantôt il égayé par une pétillante verveet une fine raillerie, dans les Infortunes de Touche-â-Toitt, Marie sans Soin, la Comédie de notre temps, M. Huluberlu et ses déplorables aventures, etc.
Albert d'Arnoux, qui, sur le conseil de Balzac, signa ses œuvres de l'anagramme Bertall, naquit à Paris en 1820.
L'œuvre de cet artiste est très disséminée, en raison même de la fécondité de son auteur, à la fois dessinateur à la Bibliothèque rose de Hachette, illustrateur et auteur humoristique des Contes de ma mère, de Pierre l'Irrésolu, de la Vigne, journaliste au Soir et au Paris-Journal, écrivain physiologique, historique et même scientifique dans Jean le Paresseux, les Plages de France, etc.
Les diverses productions de cet artiste doué sont très particulières, tout
esclaves qu'elles sont de ce cerveau capricieux, qui ne s'arrêtait à aucune des formes de la réalisation de sa pensée.
Ses affiches de Paris dans Veau, de Paris à table, des Aventures de Tom Pouce, du Prince Chônevis, etc., sont très brillantes, d'un dessin évidemment médiocre, mais d'un arrangement spirituel qui sauve la forme générale.
Dessin de Bertall, extrait de la Bouillie de la comtesse Berthe (librairie Hetzel).
C'est par milliers que Bertall a fourni des dessins humoristiques, d'actualité, des allégories. Ses revues du mois à Y Illustration, à la Semaine, au Journal pour rire, sont d'un esprit caustique, bien en rapport avec les faits que l'artiste critiquait. Il a donné beaucoup de vignettes pour les romans de Cooper, d'Alphonse Karr, de Paul de Kock, etc.
A cette époque, au Journal pour rire le dessinateur dont nous parlons avait pour confrère Henri Meilhac, qui signait ses caricatures du pseudonyme de Valin. — Henri Meilhac, le spirituel auteur dramatique, le futur
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académicien, avait, en effet, à ses débuts, cherché dans le dessin comique l'expression de sa verve étincelante.
Dessin de Bertall pour les Contes du petit château (librairie Hetzel).
Ensemble d'œuvres d'un goût indiscutable, que l'absence de métier placerait quelque peu en arrière, s'il n'était toutefois secondé par un côté littéraire très fin et une observation très particulière.
Bertall est mort à Soyons, près de Saint-Peray (Ardèche), en 1882.