‹ L'illustration et les illustrateursChapitre 24 sur 63 · GUSTAVE DORÉ · texte numérisé non relu

GUSTAVE DORÉ

Gustave Doré naquit à Strasbourg en 1833 et mourut à Paris en 1883.

Malgré des tentatives très intéressantes comme sculpteur, comme peintre et graveur, ses illustrations, d'une faconde éblouissante, le placent seules en grande évidence.

Doré peut être considéré comme un génie sans talent, comme un merveilleux cerveau sans culture de métier.

Les principes de composition du grand artiste variaient à l'infini, selon ses fantaisies, selon ses humeurs. L'effet de ses dessins fut toujours idéal, fantastique le plus souvent, avec tout le beau déchaînement d'une imagination en effervescence. Tantôt joyeux, tantôt lugubre, il possédait à la fois le rire et les larmes.

Son dessin, malheureusement, demeura anodin, sec et quelque peu calligraphique, par suite d'une habileté extraordinaire non secondée par l'étude.

D'une surabondance de muscles, d'une exagération de mouvements quelque peu outrée, dans un enchevêtrement bizarre, compliqué, les compositions de Doré donnent parfois des sensations vagues de houle.

Doré ne put jamais dessiner d'après nature : son esprit vagabondait mieux en dehors du modèle; par contre, il ne fît jamais de portraits ressemblants. Son imagination échevelée, toute encombrée de visions, l'emportait dans l'au-delà de la tantaisie ; il voyait à travers son cerveau.

Dès ses débuts, du reste, son genre s'affirma, ses œuvres furent très étonnantes dès le collège; jamais il ne progressa pour ainsi dire.

A l'âge de dix-sept ans, Doré composa un volume fort intéressant, intitulé Désagréments d'an voyage d'agrément, qu'il illustra de vingt-quatre lithographies et de cent soixante-quatorze dessins. Cet ouvrage obtint une immense popularité, par la verve tout imprévue qu'y avait mise le jeune artiste.

C'est ainsi que, chez lui, la facilité paralysait l'étude et que, dès ses débuts, l'idée qu'il lui faudrait avoir des modèles lui semblait une insulte à son genre.

La mémoire visuelle, ce phénomène presque inhérent à l'illustrateur doué, était en effet extraordinaire chez Doré; — son œil sans cesse impressionné gardait jusqu'en ses moindres détails les coins de nature les plus spéciaux, les mouvements les plus compliqués, — avantages dont découlèrent forcément ses facultés si étonnantes pour le dessin dit de chic, qu'il pratiqua on peut dire presque toujours.

Nous citerons ce fait à l'appui de nos dires : Gustave Doré fut un jour chargé par un éditeur de faire, d'après une photographie, le dessin d'un paysage des Alpes.

Ce dessin devait être terminé le lendemain.

Doré quitte l'éditeur, oubliant la photographie sur une table. Grand fut l'émoi de l'éditeur lorsqu'il s'aperçut de l'oubli, mais grand fut aussi son étonnement en voyant revenir Gustave Doré, à l'heure dite, avec le dessin fait de mémoire.

Page 1