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ÉMILE BAYARD

Aux débuts de Bayard, la caricature était florissante. Les artistes les plus doués de tout temps, on le voit, ne dédaignèrent pas cette forme comique de leur art.

Nous citerons parmi les premières charges de Bayard le dessin, bien connu de l'affiche qu'il fit pour l'entrepôt d'Ivry : une cuisinière ébahie levant très haut les bras devant un charbonnier porteur d'un immense sac de charbon.

La Gazette des beaux-arts attribue faussement cette fantaisie à Daumier.

L'entrée d'Emile Bayard à la maison Hachette mérite d'être contée. Le jeune artiste travaillait déjà, depuis quelque temps, chez un peintre de moutons très renommé, dont il faisait les dessins.

Un jour, las de produire pour la bonne fortune d'un autre, Bayard se présenta résolument là où son « entrepreneur » réussissait.

Le jeune homme voulut montrer ses dessins, mais il fut arrêté par un geste du célèbre éditeur : « Inutile, voyez donc les dessins de X. » Bayard éclata. « Je les connais bien, parbleu ! c'est moi qui les ai faits. »

Les dires de Bayard furent reconnus véritables, et aussitôt on lui remit Chien et Chat, son livre de début dans la Bibliothèque rose de Hachette.

Malheureusement Bayard était entré dans l'illustration à une époque où l'on devait tout faire « de chic », c'est-à-dire sans document et sans modèle. Quand on pense aujourd'hui aux recommandations des éditeurs de cette époque, on ne peut s'empêcher de sourire. Le propriétaire d'un grand journal illustré ne disait-il pas alors à un artiste de beaucoup de talent, qui vit encore et nous l'a répété : « Ne faites jamais sur le bois de figures de face; c'est impossible à graver, à cause des yeux. Imitez Valentin1, ne faites que des figures de trois quarts ou de profil!... »

Si les dessins de Bayard de cette époque laissent à désirer au point de vue de la correction, ils n'en sont pas moins toujours fort spirituels et d'une

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