‹ L'illustration et les illustrateursChapitre 40 sur 63 · A. DE NEUVILLE · texte numérisé non relu

A. DE NEUVILLE

Nous ne nous occuperons pas ici du célèbre peintre ; le grand dessinateur qu'était A. de Neuville nous intéresse seul : sa production comme tel offre un intérêt des plus grands. A. de Neuville fut, en effet, run de ceux dont le talent contribua le plus à l'essor de l'illustration, dans laquelle, malgré sa valeur reconnue comme peintre, il demeure d'une maîtrise équivalente.

Gros, le premier, avait osé peindre la guerre moderne; il le fit en grand artiste. Qui ne connaît : la Peste de Jaffa, la Bataille d'AéouMr? Charlet, Raffet et Hippolyte Bellangé, ses élèves, sont de la descendance directe de leur maître, avec, cependant, toutes les nuances de leur caractère individuel.

Tous ces artistes entretinrent toujours vivante la mémoire des grandes guerres du premier empire, avec Horace Vernet.

« Après eux, dans la même tradition déjà bien affaiblie, nous voyons

Pils, Yvon et Protais, au talent plus personnel, puis, après la guerre de 1870-71, Alphonse de Neuville vient s'ajouter à cette glorieuse phalange.

Contrairement aux artistes que nous venons de nommer, dont les dessins ou les peintures furent exclusivement consacrés aux scènes militaires, de Neuville fut supérieur en quelque genre qu'il choisît, et il en eut de multiples. Généralement les artistes qui confèrent leur œuvre à célébrer le métier des armes apportent à leur début des qualités particulières presque exclusives à ce genre, le côté méticuleux, correct et très technique de toutes les choses de guerre; peut-être de Neuville ne s'accusa-t-il pas aussi franchement futur peintre militaire que ses grands devanciers : les prophéties peu encourageantes dont il fut salué à ses premiers essais sembleraient le prouver.

Ce fut chez Hipp. Bellangé qu'il se présenta d'abord : le maître n'osa pas se prononcer, puis finalement il le découragea d'une manière générale, sans toutefois trop se prononcer sur les croquis qui lui étaient soumis. « Les meilleurs artistes meurent plus ou moins de faim, lui dit-il; ceux qui ne meurent pas sont malheureux. Croyez-moi, retournez chez vous. »

Puis le jeune homme alla chez Yvon, dont les conseils décevants furent les mêmes que ceux du précédent maître.

Nous savons quel brillant démenti de Neuville donna à ces désastreuses prédictions, que nous croyons imputables, comme nous l'avons dit plus haut, à la diversité des scènes que l'artiste traita avec une égale maîtrise, sans un caractère d'aptitude plus spécialement marqué pour les scènes militaires. Alors qu'il allait consulter exclusivement des maîtres de ce dernier genre, habitués à une vocation plus marquée pour cette branche spéciale, 0 se trompait, pensons-nous, car l'artiste dont nous parlons, malgré sa grande réputation de peintre militaire ne s'affirma réellement comme tel qu'avec les Dernières Cartouches, en 1872. De Neuville avait alors trentesept ans.

L'artiste avait débuté chez l'éditeur Calmann-Lévy, pour lequel il illustra

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