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ADRIEN MARIE

en cas de besoin. — Marie, peu attentif au conseil donné, n'en continua pas moins son étude et la termina. Lorsqu'il levait la séance, il s'aperçut

Dessin d'Adrien Marie, extrait de la Journée d'un enfant (librairie Boudet*.

qu'on lui avait volé sa montre et sa chaîne; il trouva alors que l'habileté de son voleur était étonnante, car il ne s'était aperçu de rien.

Puis l'Italie, qu'il parcourt avidement, inspire heureusement son crayon; puis l'Algérie, la Belgique... Pendant ce temps, l'artiste cependant n'abandonnait pas l'illustration ; les éditeurs les plus en vogue se disputaient son

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concours. A Londres, le journal le Graphie l'accapara beaucoup, puis le Monde illustré, auquel il collabora longtemps avant d'entrer hY Illustration.

Marie, aidé par M. Gillot, fit faire des progrès très sensibles à la fabrication des papiers dils papiers procédés. Le dégoût de l'interprétation presque toujours défectueuse du graveur sur bois précipita les efforts de l'artiste pour en arriver aux procédés mécaniques, plus respectueux de l'original.

Par ces raisons, on peut dire qu'Adrien Marie n'est pas étranger aux succès actuels de la photogravure.

Dessin d'Adrien Marie (librairie Boudet).

Avant que l'on eût pu arriver aux papiers actuels, dont l'impression est mécanique, Adrien Marie avait imaginé des molettes de toutes sortes qui, roulées à la main sur le papier, lui donnaient l'empreinte indispensable, aussi variée que possible.

Nous publions à ce sujet une lettre curieuse :

Paris, 26 mai 1879.

« Mon cher ami,

« Je travaille beaucoup le procédé de gravure sur zinc; ici nous avons le procédé Gillot, perfectionné par la photographie; moi, j'y ajoute la roulette de graveur sur cuivre; je vais t'expliquer cela :

Dessin d'Adrien Marie, extrait des Contes de Perrault (librairie Lahure).

« Sur un papier couché de blanc, je décalque mon croquis à l'aide d'un papier bleu; puis je dessine mon sujet à la plume et à l'encre de Chine. Ensuite, avec de petites roulettes, je creuse de petits sillons en blanc, qui produisent des saillies sans détruire aucunement mon dessin. Alors je promène un crayon anglais noir et un peu gras sur les parties que j'ai préparées avec ma roulette; j'obtiens alors des tons de gravure. Le dessin une fois terminé est réduit parla photographie, et l'on met en guise de papier une plaque de zinc enduite de bitume ;... puis l'acide vient graver cette plaque, et l'on a une gravure. On a, par ce moyen, le double avantage de n'être pas gravé par un graveur sur bois, ce qui est le désespoir du dessinateur... »

Adrien Marie fut le maître du procédé qu'il préféra à tout autre, et dans lequel son habileté peu commune prit tout son essor.

L'ingéniosité de Marie était, en effet, très remarquable, dans les moindres choses elle apparaissait. D'une nature plutôt réservée, il était observateur et applaudissait intimement à l'invention quelconque qui se manifestait. C'est ainsi que sa collection de jouets d'enfants, dispersée depuis, qu'il avait amassée au cours de ses voyages, fut cligne d'être remarquée. Il y en avait d'anglais (ceux-là abominables), d'un primitif honteux pour noire imaginalion actuelle; d'autres indiens, très cocasses, et des joujoux allemands fort curieux, sans compter les remarquables trouvailles de nos industriels parisiens. — Jamais embarrassé, nous raconterons qu'un jour, allant en soirée, pour ne pas réveiller ses enfants endormis dans sa propre chambre, il se fit un col de papier, dont la rigidité et la parfaite correction étaient irréprochables. Peut-être Adrien Marie avait-il le premier lancé la formule du linge économique que nous voyons de nos jours.

Comment expliquer, avec cette froideur qui était le propre du caractère de Marie, la gaieté, les extravagances même dont il égaya les habitués du cirque Molier, et les bals masqués les plus réputés!

Successivement il fut le Cabrion endiablé qui, debout sur un cheval au trot, armé d'une énorme palette, faisait le portrait d'un spectateur quelconque, ou bien l'aveugle extraordinaire qui, les yeux bandés, la tête recouverte d'un sac, traçait les traits d'un ami, à moins qu'il ne fût le farouche Assaouah, dont les exercices téméraires faisaient frémir l'assistance. Vers ses dernières années, Adrien Marie, dont la santé était quelque peu ébranlée par le labeur surabondant qu'il avait produit, sans cesse sur la brèche, dans cette fièvre de productions continues, voulut voyager de nouveau.

Apprenant que le journal V Illustration avait pressenti un collaborateur pour accompagner une mission au Congo, l'artiste vint solliciter du directeur de ce journal la faveur d'être envoyé dans ces pays. Il partit, selon son désir, avec cette mission, que commandait le lieutenant Brosselard-Faid herbe.

La mort impitoyable vint le surprendre au retour, à la suite d'une congestion pulmonaire qu'il contracta à bord du navire qui le ramenait en France, alors qu'à peine remis d'une forte attaque de fièvre, l'artiste avait laissé entr'ouvert le hublot de sa cabine.

Débarqué mourant à Cadix, il rendit le dernier soupir dans cette ville. Adrien Marie n'avait que quarante-quatre ans. Il rapportait de son long voyage une ample moisson d'aquarelles et de croquis presque terminés. L'œuvre posthume de Marie, exposée à la salle Petit, obtint un très grand succès; jamais l'artiste n'avait été plus brillant. Ces dessins et ces aquarelles parurent, dans ces dernières années, dans le journal V Illustration ; elles ornaient un texte signé du nom d'un de ceux qui avaient accompagné le malheureux artiste.

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