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D. Guilmard, Histoire de l'ornement

2. Percier et Fontaine, Valait, Maisons et autres Édifices modernes dessinés à Rome, Paris, an VI (1798, v. s.), grand in-f°.

Écoutons-les en 1798 : « On dirait, à voir la plupart de nos ouvrages modernes, nos appartements ingénieusement rétrécis, nos petites distributions, nos colonnes de plâtre, nos bois bronzés, nos marbres peints; on dirait qu'en cela, plus enfants que tous les autres, nous jouons à l'imitation en nous contentant de l'apparence.

« Nous ne chercherons pas à dévoiler les véritables causes de cette dégradation de l'art. Nous ne pouvons croire qu'elle ait été motivée par des raisons d'économie, car il serait facile de prouver que ces fausses imitations, loin d'être moins dispendieuses^ occasionnent, au contraire, des dépenses continuelles, tant par leur peu de durée que par le prix excessif que les ouvriers habiles exigent pour ces sortes d'ouvrages.

« Nous pourrions peut-être prononcer avec regret qu'elle est la preuve certaine que jamais chez nous l'architecture n'a été en grande faveur1... »

Suit un éloge de l'Italie, dont ils publient les monuments et les maisons.

Cet extrait permet de se rendre compte de l'état d'abandon dans lequel étaient à ce moment tombées les études d'architecture, malgré les prix de Rome. Pour prouver combien ce jugement est partagé en France, nous ajouterons que parmi les souscripteurs à l'ouvrage de Percier, en 1798, nous ne rencontrons pas moins de deux cent quatre-vingt-quatre noms d'architectes à Paris, dont environ trente prix de Rome et sept membres de l'Académie d'architecture.

2° Effet de la Révolution sur V architecture.

Il ne faut pas oublier que l'une des premières conséquences du mouvement révolutionnaire fut d'arrêter brusquement les travaux en cours d'exécution. De 1789 à 1796, on s'occupe fort peu d'architecture, et même de l'art en général, en France : on avait d'autres sujets d'études. Il n'y a

1. Cet emploi de matériaux dénaturés fera dire à Percier et Fontaine, en 1801 : « Le plâtre tient lieu de marbre, le papier joue la peinture, le carton imite les travaux du ciseau, le verre se substitue aux pierres précieuses, la tôle remplace les métaux, les vernis contrefont les porphyres. » {Recueil de décorations intérieures, in-f°.)

clone rien d'étonnant à voir les architectes en renom à ce moment chercher des travaux à l'étranger. Antoine, à qui on doit la Monnaie, élève des édifices en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Angleterre ; Dufourny construit, de 1789 à 1793, le Jardin botanique à Païenne; Ledoux fournit au grand-duc de Russie, en 1789, les plans de divers monuments.

Mais il serait injuste d'exagérer et de dire que les architectes « cherchèrent à s'ouvrir d'autres carrières et se donnèrent d'autres occupations1 ».

C'est une erreur, et nous devons même ajouter qu'à côté de Dewailly qui, en 1790, refuse d'aller à Saint-Pétersbourg avec les appointements de huit cents roubles que lui offre Catherine, nous voyons Boullée rester à Paris, au milieu de ses nombreux élèves, et nous trouvons sur les catalogues du Salon de 1793 les noms de dix-huit exposants, parmi lesquels Percier et Fontaine, Boulanger, Radel, Prieur, et Hurée à Versailles2.

Les architectes attachés à des services publics furent employés à donner des projets de fêles nationales et réussirent assez souvent à donner à ces représentations une certaine grandeur.

Pour n'en mentionner qu'une seule, nous choisirions la plus importante, la fête de la Fédération, au Champ de Mars, le 14 juillet 1 790 3.

1. Paul Lacroix, Directoire, Consulat et Emp ire, Paris, 1884, in-4°.

2. Les architectes condamnés à mort en 1794 furent : l'académicien Mique (R.), soixante-cinq ans, architecte de Stanislas, roi de Pologne, ex-noble; Mique (C), son fils, trente-neuf ans, membre de la Compagnie souveraine, et l'académicien Moreau (P.-L.), soixante-huit ans, architecte de la ville, ex-chevalier de Saint-Michel.

3. La fête de la Fédération, U juillet 4190. — Nous avons beau lire dans le Compte rendu des travaux inséré dans le Moniteur du 11 juillet 1790 : « On n'y voit (au Champ de Mars) aucun ordonnateur en litre y exercer la surveillance de la police, » il est cependant évident que les terrassements ne se faisaient pas au hasard et que quelqu'un avait conçu le projet d'ensemble de cette manifestation. En effet, nous savons que les députés des sections, réunis aux administrateurs, avaient fait un appel aux artistes. Les noms des deux principaux qui répondirent à cet appel furent Blondel et Cellerier. Ce fut le projet de Cellerier qui l'emporta, malgré les justes protestations de Blondel, le dernier de cette famille d'architectes, tous remarquables. Blondel reprocha à Cellerier de s'approprier son projet, mais que faire? Cellerier était protégé...

La première idée fut de transformer le Champ de Mars en un vaste bassin, en le creusant et en transportant les terres tout autour, par devant ou sous les avenues d'arbres qui le bordaient, pour former des élévations.

C'est ce qui explique les terrassements. Les trois semaines employées à ce genre de travail

Il faut attendre jusqu'au 1er novembre 1793 pour voir le Directoire confier officiellement à Chalgrin le soin de restaurer le palais du Luxembourg. En 1792, Gisors et Lecomte avaient aménagé, dans les Tuileries, la salle d'assemblée de la Convention, et plus tard ils transformaient le Palais-Bourbon, en s'adjoignant Percier et Fontaine. Mais ce ne fut que de 1804 à 1807 que Poyet fut chargé par le gouvernement impérial de refaire la façade telle que nous la voyons aujourd'hui.

Dès le principe, la Révolution, n'ayant pas eu d'édifices à construire, « parut plutôt préoccupée de détruire ceux qui existaient avant elle ».

« Il ne faut pas souffrir ces monuments d'esclavage dans ces jours de liberté, s'écrie Lameth en 1790, en face d'une statue de Louis XIV foulant aux pieds les provinces vaincues, il ne faut pas que les Franc-Comtois, en arrivant à Paris, voient leur image ainsi enchaînée *. »

A la rigueur, tous les monuments pouvaient être qualifiés de monuments d'esclavage, et, sans remonter bien haut dans notre histoire, on trouverait encore des exemples de monuments détruits uniquement pour avoir été élevés sous les régimes antérieurs.

Néanmoins, on ne put s'affranchir des idées traditionnelles, et, malgré tous les bouleversements survenus alors, on en arrive à continuer de marcher clans la voie d'imitation tracée par les artistes de l'époque de Louis XYI. Les artistes s'inspirent des monuments de l'antiquité romaine, encore fort

passèrent rapidement; le temps allait manquer, et quand on n'eut plus que douze jours devant soi, on fut obligé de se contenter de faire de cette vaste plaine un vallon bordé circulairement d'un large amphithéâtre renfermant, du côté de la Seine, un colossal arc de triomphe en charpente qui faisait face à une estrade située devant l'École militaire et un autel dressé dans le milieu. Le projet de Blondel, présenté par Bailly et Lafayette, le 14 juin, ne coulait que 1 rois cent mille livres; celui de Cellerier, présenté quatre jours plus tard, le 18, en coûtait sept cent trente-cinq mille.

Ce dernier prix fut encore dépassé, comme le prouve la protestation adressée par un des architectes de la ville, Poyel, le 31 juillet : « Il se défendit d'avoir coopéré aux travaux du champ de la Fédération, où des dilapidations considérables avaient été produites. » (Moniteur, août 1790.) Nil sub sole novum!

Cf. Maurice Tourneux, les Arts et les Lettres, 1887.

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