Paul Lacroix, Directoire, Consulat, Empire, p
mal connue, qu'ils arrangent à la française, ou se jettent même dans l'imitation, plus démocratique, semble-t-il, de la Grèce, pas connue du tout1. Et ce ne fui pas seulement dans l'architecture que se manifesta ce mouvement.
Le spectacle fut vraiment singulier. On avait juré de faire revivre Sparte et ses lois austères : les tribuns firent résonner la place publique de harangues plus ou moins lycurguiennes; les vêtements se transformèrent petit à petit à leurs accents, et on put un instant assister, à Paris, à des théories de courtisanes franco-athéniennes à peine vêtues, imitées de Lucien, se déroulant à travers des architectures plus ou moins romaines, clans des mobiliers plus ou moins grecs2.
Cette contrefaçon de l'antique tourna à la charge ; la comédie tombait bientôt dans le mélodrame. Et c'est l'architecture qui contribua le plus à répandre ce goût singulier de l'imitation. Bien plus, à la suite de l'expédition d'Egypte, comme on pousse tout à l'excès, on arrive à imiter les monuments égyptiens ou asiatiques : on devient amoureux des obélisques 3 et on bâtit à Paris le Passage du Caire et même les Bains chinois ' ; on élève la Fontaine du Palmier [Châtelet] et le monument à Desaix de la place des Victoires, disparu aujourd'hui.
« Quelques projets qui n'ont été transmis que par la gravure peuvent donner une idée de ces compositions fantastiques qui n'ont jamais existé que sur le papier; on y trouve des édifices dont la destination est exprimée par des figures symboliques, mais dont l'exécution matérielle eût été tout à fait
1. Les fouilles du gouvernement français à Pompéi datent de 1799 et ne furent publiées, par Mazois, élève de Percier et Fontaine, que pendant les années 1813-38.
2. Quelques années plus tard, la belle Mme Hamelin, femme d'un officier de marine dont le nom devint célèbre dans la suite, accompagnée d'une amie de Joséphine, descendaient de leur équipage dans les Champs-Élysées, portant pour tout vêtement une tunique de gaze transparente. Les huées d'une foule pudibonde les forcèrent à regagner leur carrosse : elles retardaient de dix ans !...
3. Aussi saisit-on avec empressement l'occasion de s'en offrir un vrai, de Louqsor, en 1833.
4. Les bains chinois vont bien avec les temples turcs, les salles de danse égyptiennes, bâtis à Soisy-sous-Étiolles.
impossible1. » « Telle fut l'origine de ce style sans accent et sans couleur que l'on a qualifié du nom de Messsidor et qui eut la vogue pendant le Directoire el jusqu'à la fin du Consulat. On commença sous l'Empire à prendre plus au sérieux cette imitation de l'art antique. Toutes les traditions de l'art du moyen âge et de la Renaissance furent mises de côté; il semblait qu'il n'y avait jamais eu en France aucun type d'architecture, pas plus sous François Ier et Charles IX que sous Louis XIII et Louis XIV2. »
A un certain point de vue, on était logique. Ne fallait-il pas tout détruire pour tout réédifier? — A idées nouvelles, art nouveau. La Révolution devait forcément justifier son titre et tout changer de fond en comble; on voulait une République : l'idéal n'était-ce pas cette République romaine que l'on avait appris à admirer dans l'enseignement donné par les jésuites dans leurs collèges?
Quoi donc alors d'étonnant qu'à la suite des travaux de Percier et Fontaine les artistes puisent sans façon à ces sources pures d'un art nouveau et transportent, sans y rien changer, sous notre climat, les édifices de Rome et de l'Italie3?
On croyait à l'influence de l'enveloppe; on espérait transformer les idées des habitants de ces demeures nouvelles et parvenir ainsi à faire revivre, dans une république romaine rajeunie, des républicains romains. Et, tout extraordinaire que le fait nous puisse paraître, cela réussit quelquefois!
Sommes-nous bien sûrs de ne pas assister encore aujourd'hui à un spectacle analogue, naïvement offert par des esprits en relard de cent ans, pour ne pas dire de deux mille?
Rien n'est plus curieux que de suivre l'évolution survenue dans le talent
4. Léon Vaudoyer, Histoire de l'architecture en France, dans le Magasin pittoresque.