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MOREAU LE JEUNE

leté spéciale à rechercher des colorations variées dans un seul ton ; les fleurons, les titres, prennent, sous le crayon de ce grand artiste, les formes les plus originales. Le génie inventif de Moreau, dégagé de toute théorie, prend son essor librement. Il marque essentiellement le début de Fart de l'illustration qui obtient un si grand succès de nos jours.

Moreau le Jeune était le grand-père d'Horace Vernet, que nous étudierons plus loin; il y aurait à établir dans l'œuvre de ce dernier de curieux points d'atavisme.

Moreau, brillant élève de Lelorrain, était le fils d'un simple perruquier de la rue de Bucy. D'un physique ingrat, bourru, il semble que le surnom de « bœuf », que lui donnèrent par dérision ses camarades, cadre parfaitement avec l'esprit massif et borné dont le futur grand artiste fît preuve dès son jeune âge.

Cette lourdeur d'esprit se dissipe aussitôt, et son imagination rayonne.

La première œuvre qu'il signa fut la Sainte Trinité, page un peu gauche, mais toutefois pleine de promesses.

Nous ne dirons rien des recherches stériles qui le tentèrent dans l'imitation de la manière de Rembrandt, essai malheureux qui nous vaut une pièce de peu de valeur, lourde et noire, intitulée la Femme d'Urie au bain.

Moreau épousa à vingt-quatre ans M110 Françoise Pineau, fille du grand sculpteur. A cet âge l'artiste, dans sa soif de produire, se jette résolument dans l'illustration des livres, qui l'attire par les nombreuses ressources qu'elle lui promet. Son oncle Laurent Frault, éditeur, lui ouvre grandes les portes et facilite ainsi ses débuts et ses productions dans le genre.

Subitement il abandonne la gravure qu'il faisait des dessins des autres pour devenir graveur de ses propres œuvres.

Nous citerons de Moreau un portrait remarquable de J.-B. de Laborde, qui précéda une édition fort belle de chansons de ce musicien, J.-B. de Laborde, qui était premier valet de chambre du roi et gouverneur du Louvre, édition restée inachevée, malheureusement, par suite de la brouille

des deux artistes. Puis c'est dans les œuvres de J.-J. Rousseau et dans celles de Molière que Moreau prodigue la verve de son grand talent. Quel esprit! quelle science aimable de la composition! Ses ouvrages, de nos jours, sont extrêmement rares.

Puis, c'est Voltaire qui réclame le concours de l'artiste pour les illustrations de sa Henriade. Cette œuvre, unique peut-être, dont ils firent don tous deux à l'impératrice Catherine, fut brûlée dans l'incendie des Tuileries.

Mentionnons encore sa grande estampe qui représente le Sacre de Louis XVI dans la cathédrale de Reims, et une étonnante pièce intitulée le Feu d'artifice, œuvre d'une fantaisie et d'un effet grandioses.

La jeune Marie-Antoinette soignant un malheureux bûcheron blessé par un cerf dans une chasse à courre lui inspire une délicate composition.

Cette suite de productions remarquables mène glorieusement Moreau à l'Académie. Comme dessinateur du cabinet du roi, l'artiste produit les belles estampes qui suivent : Y Assemblée des notables, les Vœux accomplis, la Constitution de V Assemblée nationale, Y Ouverture des états généraux, etc. Ce fut lui qui grava la carte d'entrée donnant accès aux places réservées, lors de l'ascension célèbre des aéronautes Charles et Robert. Moreau fit également une série cle dessins pour une Histoire de France dont Le Bas avait conçu le projet. Le Bas mourut de chagrin de n'avoir pu assister aussi vite qu'il l'eût désiré à l'éclosion de son œuvre. Moreau avait fait durer les choses ainsi dans un but de lucre regrettable.

Ses amis préférés furent Voltaire, David, J.-J. Rousseau et le docteur Guillotin, le funèbre inventeur de la guillotine.

Moreau entra à l'Académie en 1 791 . A cette époque ce grand artiste paraît s'affaisser; il lui semble qu'en reprenant dans ses derniers jours l'œuvre qui réussit tant à sa jeunesse, il recueillera les mêmes succès : c'est ainsi que la mort le surprend au moment où il travaillait à un nouveau Sacre.

Les anecdotes les plus intéressantes abondent sur Moreau le Jeune.

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M. de Najac, gendre de M. Mahérault, nous conte dans le livre très intéressant qu'il consacre à l'artiste, d'après le manuscrit que lui laissa son beau-père, les souvenirs suivants que nous lui empruntons : « Il m'accueillit avec une bonhomie charmante, me montra son dessin, et comme, après l'avoir admiré, je remarquais un petit croquis à la mine de plomb qu'il avait devant lui : « C'est, me dit Moreau, un costume de bal tel que « les jeunes femmes le portent aujourd'hui. Il est d'Horace Vernet, mon « petit-fils, qui est bien au courant des modes du jour, car c'est lui qui « dessine la plupart des costumes que publie Lamésangère dans le Journal « des dames et des modes. Moi qui ne vais plus dans le monde comme au « temps de ma jeunesse, et qui ne connais plus les toilettes, je me sers de « ce croquis pour ajuster toutes ces figures de femmes que j'ai dû placer « dans ma composition.

Il est touchant de signaler cette collaboration du petit-fils et du grandpère, talents tous deux remarquables, l'un enseignant à l'autre les modes de son temps, Vernet dessinant des costumes de la cour de Napoléon£au fameux traducteur des fastes de Louis XVI.

Nous puisons à la même source cette réponse piquante qui fut faite à un auteur dramatique très connu (que l'on croit être Scribe, ami de M. Mahérault), alors que celui-ci, manquant de tout sentiment artistique, interrogeait Moreau en train de dessiner.

« Vous employez donc des matières bien chères pour un pareil travail? »

Moreau lui répondit : « Un sou de papier, un sou d'encre de Chine ou de sépia, et un pinceau de dix sous qui me sert depuis un an! Mais qu'est-ce que vous coûte, à vous, le papier dont vous vous servez pour écrire les vers que vous avez vendus mille francs à votre éditeur? »

Il y avait autrefois, dans la chambre à coucher d'Horace Vernet, un portrait fort beau de Moreau le Jeune, œuvre de Gounod, le père du célèbre auteur de Faust; on ne sait pas malheureusement ce que ce tableau est devenu.

Malgré loule sa passion pour les idées et les personnages de la Révolution, Moreau, qui avait dessiné pour tous les régimes, pour la République après Louis XVI, et pour Napoléon, connut l'adversité, en dépit de son grand talent. Le libraire Renouard l'empêcha souvent de mourir de faim, lui prêtant de l'argent comme il l'avait déjà fait à Saint-Aubin.

N'oublions pas encore Desenne (1783-1827), le rival de Moreau, qui eut sur Moreau l'avantage d'un dessin moins tourmenté, peut-être plus correct et plus élevé. Desenne a composé également de nombreuses vignettes pour un grand nombre d'éditions classiques. Nous devons aussi à cet artiste un bon tableau intitulé : Trait de la vie de François 1er.

Hors de France, en Allemagne, Chodowicki prend rang à cette époque. D'une composition habile, ses Idylles de Gessner, Werther de Gœthe, Roland de l'Arioste, obtiennent un succès mérité, malgré la lourdeur de leur gravure.

En Angleterre, c'est Rartolozzi de Florence, qui arrive d'Italie à Londres, où les graveurs français du livre s'étaient établis. Ce dessinateur de grande valeur avait fait également de la gravure; il nous donna dans ce genre les figures de Shakespeare, d'après les dessins de Moreau le Jeune.

Parmi les illustrateurs français de ce siècle, nous voyons encore Duplessis- Rertaux, qui nous laisse des œuvres patriotiques d'une emphase curieuse toutes empreintes de la préciosité de la première République. Ses sansculottes sont d'allure prétentieuse, et ses tricoteuses ont des façons cle grandes dames.

Duplessis-Bertaux, à qui nous devons de nombreux dessins (ses tableaux historiques ornés de deux cents planches, entre autres), préféra la gravure,

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dans laquelle on lui trouve quelques analogies de facture avec Caliot, moins cette gaieté qui, dans le choix des sujets, caractérise le grand artiste lorrain.

Dans ce siècle, nous assistons donc à une sorte de renaissance de la vignette, encouragée par l'éditeur Boydell, qui, avec le concours d'autres esprits dévoués à cet art, avait fait appel au talent de plusieurs élèves de Le Bas.

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