SCENE IX
BRIZACIER, LA MARQUISE.
Brizacier.
Oui, Je suis Un ingrat. Vous pleurei et cela me condamne ; J'aurais dû quand f ai vu passer la caravane Qui m'emmène courir vous le dird J'ai craint Vos reproches. Gêné, mal à l'aise, contraint... Je ne savais comment vous expliquer la chose.
La Marquise.
Pourquoi me l'expliquer en effet? Ah! la cause Qui vous fait nous quitter, je la connais. L'orgueil Et le cruel plaisir de plonger dans le deuil Une femme, un enfant, et jusqu'à ce vieux Pierre Qui passa trois grands jours sans fermer la paupière, Penché sur le chevet où vous râliei. Partei.
Brizacier.
Oui, je pars, il le faut. Hélas ! de vos bontés. Je ne peux me sentir, madame, vraiment digne Qu'en m' exilant. L'honneur défend qu'on se résigne A rester inactif lorsque la tâche attend.
La Marquise.
Quelle tâche? Ah! le rare honneur et l'éclatant Triomphe que d'aller exciter les risées Publiques ; de courir par bandes méprisées Le long des grands chemins ; de mendier, le soir, Un asile douteux ^ d'aller parfois s'asseoir. Et c'est une faveur, dans le fond d'une étable.
Désignant les comédiens.
Mais voyei donc" ces gens! quel aspect lamentable ! Cest pour ces compagnons cependant qu'oublieux Des tendresses pour vous écloses dans ces lieux, Vous fuyej! Triste cœur que la vanité gonjle... Un récit ampoulé, quelque chose qui ronjie Et sonne creux, voilà vos amours. Je vous plains.