Scène IX
Brizacier.
Madame^ écoutei-inoi. Voyei, mes yeux sont pleins De larmes. Ce n'est pas la vanité qui pousse Mon esprit à quitter cette demeure douce Dont le souvenir va, dans mes futurs taudis, Mettre un rayonnement de vague Paradis.
C'est l'honneur qui m'appelle ai-Je dit? Oui, madame ! L'honneur! Cet histrion qu'on raille et qui déclame Sous les rires moqueurs ses tragiques amours, Est un soldat grisé, non plus par les tambours, Non plus par les clairons sonnant la boucherie. Mais par une invisible et hautaine Furie ! Certes, c'est un combat sublime et dont on sort Superbe et radieux et défiant le sort.
Eh bien ! je vous le dis, madame, pour vous plaire, Pour ne pas exciter encor votre colère J'aurais pu renoncer, malgré qu'il m! en coûtât, A vous quitter, mais vous m'ave\ montré l'état Déplorable de mes amis, non, de mes frères ï Vous me les faites voir jouet des vents contraires , Pauvres et loqueteux, je dois les suivre. Quoi! Pendant qu'ils souffriraient, je pourrais vivre, moi Dans l'abondance et dans la richesse... Oh! mon âme Rejette avec horreur cette pensée infâme ! Je n'ai pas de famille en dehors d'eux. — Us sont Tout pour moi, composant ce que les autres ont... Le foyer, les enfants...
La Marquise, à pan. ,
Oh ! je vais tout lui dire !
Haut.
La famille ! cela seul près d'eux vous attire ? Alors donc le foyer paisible, les enfants Emplissant la maison de rires triomphants, L'intérieur, la femme en d'autres temps aimée, Feraient évanouir cette vaine fumée Qui trouble vos esprits toujours irrésolus?...
Brizacier.
Certes ! Mais quel rapport ?. . .
La Marquise.
Vous ne quitteriei plus Les vôtres?...
Brizacier.
Ah ! jamais !
La Marquise.
Eh bien! que le mystère Soit dévoilé ! Je cesse aujourd'hui de le taire
D'une voix lente et grave.
Vous souvient-il de la Guibray de seiie-cent Vingt-huit ?
Brizacier.
Pardieu ! j'étais prospère et Jlorissant. Ah ! la brillante époque et quels succès ! Les belles