L'action enrayante du réflexe diminua fortement
4. — L'affaiblissement du frein s'accompagnait d'un état particulier d'excitation de l'appareil salivaire, lors duquel l'excitant frénateur lui-môme ainsi que les autres excitants accessoires, commencèrent à provoquer la sécrétion.
5 — De tous les excitants accessoires le seul qui ne provoquât pas la sécrétion était l'odeur du camphre, de laquelle il sembla possible d'élaborer un frein pour le grattage; bien qu'il ne parvînt à l'enrayer complètement, il fut tout de même plus énergique que le métronome.
ïoropov fit une troisième expérience sur un chien du nom de « Sultan », chez lequel il avait procédé à la formation de quatre réflexes : le premier à la lumière, le second au son d'un diapason à vent, le troisième au grattage, le quatrième à la réfrigération d'une partie de la peau.
Il résolut, pour Sultan, puisque le réflexe à la lumière s'était rétabli chez Grijka, de faire l'ablation d'une plus grande partie de 1 ecorce. Il accrut la dimension de la partie à enlever, dans la direction de la limite antérieure.
Le dessin ci-contre donne les dimensions de la partie enlevée.
LA MÉTHODE DE PAVLOV
L'on fit aussi, chez Sultan, l'opération en deux fois et tout se passa à peu près comme pour les deux autres sujets.
Les données obtenues au moyen de cette expérience sont les suivantes :
L — Après la première opération, le rétablissement des réflexes conditionnels eut lieu dans l'ordre ci-après : les réflexes au son et à
Fig. 3.
la lumière se rétablirent le onzième jour, le réflexe à la réfrigération le douzième et le réflexe au grattage le quatorzième.
II. — Après la seconde opération, tous les réflexes conditionnels, à part un réflexe élaboré à la préhension de la gueule de l'animal, avaient tous complètement disparu ; cependant lors de l'excitation de la peau, on obtenait une sorte de réaction générale, orientée ; mais aux excitations auditives et visuelles toute réaction avait entièrement disparu.
III. — Dans un tel état cependant, il apparut possible d'élaborer un nouveau réflexe conditionnel à l'odeur du camphre, lequel, à en juger par les processus d'extinction, d'enrayement et de désenrayement, possédait toutes les propriétés existantes dans chaque réflexe conditionnel, le processus de développement d'un frein conditionnel sur ce réflexe suivait aussi un ordre normal.
Les convulsions observées chez Sultan avaient un tout autre caractère que celles que l'on avait remarquées chez les deux autres chiens. Ses crises avaient un caractère d'excitation généralisée, alors que chez Kastorka et Grijka elles présentaient un aspect épileptiforme. Orbéli a décrit un état semblable, observé chez un chien auquel il avait enlevé toute la région dénommée : sensitivo-motrice.
Sur un quatrième chien l'on procéda de la même façon que pour Sultan et l'on conserva exactement les mêmes dimensions pour les régions destinées à l'ablation. Cependant l'on obtint des résultats sensiblement différents après la première opération ; par exemple les réflexes au son et à la lumière se rétablirent dès le quatrième jour. Pour ce qui est de résultats complets, il ne fut pas donné d'en obtenir avec ce chien, car il mourut avantla deuxième opération.
LA MÉTHODE DE PAVLOV
Au cinquième chien, « Voltchok », Ton procéda comme avec le premier, « Kastorka », et Ton se borna à l'ablation d'une région identique en dimension et en localisation.
Voici les résultats obtenus:
ï. — Après la première opération, le réflexe au son se rétablit le troisième jour etle réflexe à la lumière le quatrième. A part cela, un réflexe commença à être élaboré, après 14 étayements, au mouvement de l'ombre.
II. — Après la seconde opération, le réflexe au son se rétablit le cinquième jour, le réflexe à la lumière le huitième jour et le réflexe au mouvement de l'ombre le onzième jour.
III. — La vision des objets disparut après la deuxième opération.
Toropov a résumé ainsi ses conclusions générales :
I. — Lors de l'ablation des lobes occipitaux, on remarque la gradation suivante dans la disparition de la réaction aux excitations visuelles. Dans les destructions de peu d'importance, c'est la vision des objets qui disparait, mais les réactions au mouvement et à l'oscillation quantitative de la lumière sont conservées.
Dans les grandes destructions, la réaction au mouvement disparaît, mais la réaction à l'oscillation quantitative de la lumière est con-
servée ; enfin, dans de plus grandes destructions encore, même cette dernière réaction disparaît.
IL — Lors d'une large ablation de la région occipitale, comprenant des parties de la région pariétale et temporale, on remarque une complète surdité.
III. — La réaction motrice aux excitations auditives et lumineuses, ainsi que la réaction salivaire, dépendent de l'écorce et non des centres sous-corticaux.
IV. — Après les opérations du cerveau, survient un affaiblissement prolongé de l'action du frein conditionnel, qui dépend surtout d'une lésion du centre du réflexe conditionnel.
V. — Pendant les jours qui suivent de près l'opération du cerveau, le réflexe conditionnel de la muqueuse buccale est déprimé ainsi que les autres réflexes conditionnels.
VI. — Après l'ablation des lobes occipitaux, on peut observer un état dénommé « chaotique » où n'importe quel excitant accessoire provoque la réaction salivaire.
VIL — Des convulsions épileptiformes entravent l'opération pour un temps plus ou moins prolongé.
On le voit, les expériences de Toropov confirment les données de Munk, infirment en
LA MÉTHODE DE PAVLOV
partie celle de Goltz, et sont, en général, dans le sens d'une affirmation de la théorie des localisations corticales.
Nous aurons à nous occuper de cette intéressante question des localisations corticales des centres sensoriels et moteurs, dans la seconde partie de notre travail et les résultats si clairs et si fermes des expériences de Toropov ne laisseront pas, à notre avis, que d'être un précieux document.