‹ L'image et les reflexes conditionnels dans les travaux de Pavlov;Chapitre 12 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A rechercher les causes psychiques du réflexe conditionnel, il nous a paru qu'elles sont de deux sortes.

Tout d'abord, et comme cause directement déterminante, nous avons une représentation d'images. Cette représentation est celle de la sensation primordiale, sensation produite antérieurement par l'excitant gustatif habituel et constant de la muqueuse buccale. L'image de cette sensation amène, tout comme la sen-

sation elle-même, un travail identique de la glande salivaire : elle produit le réflexe conditionnel.

C'est par conséquent sur une représentation d'images, images de qualité affective, provoquées par les perceptions évocatrices, qu'est basée, à notre avis, la Méthode du réflexe conditionnel, et c'est l'image affective qui est, en l'espèce, l'excitation psychique, le pivot des expériences de l'École de Pavlov.

Comme nous l'avons vu dans l'exposé de la Méthode, il y a mentalement rappel d'une association antérieure entre les perceptions de tel ou tel organe sensoriel et de la sensation gustative origine du réflexe inconditionnel.

Ces perceptions, d'abord pures sensations indifférentes par elles-mêmes pour le travail sécrétoire, qui ont acquis, par suite d'une éducation préalable de l'animal, le pouvoir d'évoquer l'image de la sensation gustative, sont les excitations sensorielles en tant qu'impressions reconnues. Ce sont les éléments fournis par les mécanismes des divers analysateurs, visuel, auditif, tactile, olfactif, etc. ; ils n'agissent sur le mécanisme de la glande salivaire que par suite de la coïncidence antérieure de leur action avec celle de l'excitant inconditionnel, excitant habituel de la muqueuse bue-

cale et des nerfs sensitifs du goût. Ces éléments, comme dans toute perception, sont de deux sortes : la sensation actuelle et l'image impliquée, qui permet de reconnaître cette sensation comme déjà connue, déjà éprouvée.

C'est donc la perception de ces excitations sensorielles variées qui évoque l'image de la sensation gustative, sensation agréable ou désagréable au chien.

Nous nous trouvons donc ici en présence de deux genres d'images à étudier dans la théorie des réflexes conditionnels : l'image affective et l'image impliquée des perceptions évocatrices. La plus importante de ces images, celle dont nous avons dit qu'elle provoquait directement le réflexe, est en effet une image affective et possède aussi la qualité d'être en même temps, comme d'ailleurs toutes les images, une image de perception, puisqu'elle est accompagnée de représentations concomitantes. Bien que provoquée parles images impliquées, des perceptions évocatrices, c'est à elle que revient la plus grande part dans l'élaboration du réflexe conditionnel. Elle rappelle, elle fait revivre la sensation primordiale qui a affecté agréablement ou désagréablement la sensibilité gustative de l'animal.

Mais l'image affective est aussi celle dont

l'étude, dans la Méthode, présente le plus de difficultés.

Il semble, avant tout, qu'il y ait lieu de rappeler ici l'objection de Pavlov, à propos de certains cas où le désir ne provoque pas la sécrétion salivaire chez le chien. Il est certain que s'il en était absolument ainsi, sans restriction, et à ne considérer l'objection que superficiellement, nous aurions là une contradiction importante qui infirmerait d'avance toute supposition dans ce sens, d'une telle cause psychique du réflexe conditionnel. Mais cette objection de Pavlov est réfutée, en partie, par l'explication qu'il donne lui-même de ce fait. « C'est un fait bien connu, dit-il, et généralement admis, que les réflexes spécifiques sont souvent réprimés par un désir trop violent (1). »

Pavlov ajoute, en effet, avoir remarqué que, dans le cas de violent désir, la réaction motrice remplaçait la réaction salivaire dont elle interrompait toujours la sécrétion. Mais la réaction motrice interrompant la sécrétion, dansles cas de violent désir dont il parle, n'a lieu que si la substance qui provoque la sécrétion, substance alimentaire, viande ou autre, est présente, c'est-

(1) Pavlov, Excitation psychique des glandes salivaires. Journal de psychologie, mars-avril 1910.

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