REPRÉSENTATIONS ET PERCEPTIONS ÉYOCATRICES 9S
substance gênante ou désagréable. On remarque quelquefois cette réaction lorsque le réflexe a été élaboré par des substances non comestibles.
Nous pouvons donc conclure, que, à part les excitations plus directes de la vue, ou de la vue associée à l'odorat dans le cas de présence des excitants alimentaires, il n'est pas d'exemple, du moins à notre connaissance, où les perceptions, destinées à provoquer le réflexe salivaire, aient produit, au lieu de la réaction glandulaire attendue, une réaction motrice seule. Au contraire, dans les cas de réflexes élaborés au moyen des excitations de diverses surfaces réceptives, réflexes produits par association de représentations, la substance alimentaire ou acide n'étant qu'évoquée mentalement ne donne lieu qu'à la réaction salivaire. L'image est, de par les associations qui l'évoquent, prise un instant pour la réalité. Mais les réducteurs du désir, violent ou non, qu'elle provoque sont ici, d'abord l'absence de la sensation directe, c'est-à-dire le défaut de présence de l'excitant gustatif, ensuite les processus assez complexes du travail d'association.
Il se produit, semble-t-il, un phénomène analogue dans la colère, laquelle donne lieu, en présence de l'objet qui la cause, en tenant compte, bien entendu, des tempéraments indi-
viduels, à des manifestations de violence et de fureur, à des contractions musculaires réflexes, comme, par exemple, dans l'action instinctive de fermer les poings, de serrer les dents etles lèvres, ainsi que dans certains gestes agressifs non voulus. Ce sont là des réactions motrices positives, qui sont ici également dirigées et qui se produisent sous l'influence d'une certaine intensité de l'excitation.
Tandis que le même sentiment, à un degré moindre d'intensité et en l'absence de l'objet qui le cause, ne donnera lieu qu'à une réaction de dérivation, forcément passive, réaction de résignation ou d'impuissance, réaction glandulaire qui produit le phénomène bien connu des larmes, même si, chez certains sujets excellemment doués au point de vue de l'imagination et des réactions émotives, elle a pu provoquer un instant une velléité de manifestation positive de la colère.
En réalité, dans les deux cas, désir ou colère, il est certain que la manifestation primordiale est d'ordre moteur et que le phénomène sécré^ toire n'est en somme, comme l'a dit excellemmentà propos des larmes M. G. Dumas, « qu'une substitution par dérivation (1) ».
(1) Cours de la Sorbonne, 1912. L'imagination.
Dans le cas des glandes salivaires cependant, nous avons à tenir compte de la nécessité organique de la réaction glandulaire, réaction inévitable en raison de la préparation, pour ainsi dire, mécanique à l'absorption ; aussi devonsnous prendre en considération la supposition émise par Pavlov lui-même : « On pourrait admettre, dit-il, qu'à la réaction motrice provoquée par l'aspect de la viande correspond une excitation importante d'un centre moteur déterminé, parce que, d'après les règles que nous avons mentionnées, l'excitation se trouve écartée des autres régions du système nerveux central et spécialement du centre des glandes salivaires, c'est-à-direque leur excitation est amoindrie.
« Une autre expérience témoigne en faveur de cette explication, c'est celle dans laquelle la sécrétion salivaire provoquée par l'aspect du pain est arrêtée à l'aspect d'un autre chien (1). »
Il semble, d'après Pavlov, qu'il faille tenir compte d'un autre facteur et faire intervenir aussi l'attention de ranimai.
A notre avis, l'attention intervient dans les deux cas. Tout phénomène de mémoire, quel qu'il soit, implique l'attention. \
(1) Pavlov, L'excitation psychique des glandes salivaires, Journal de psychologie, mars-avril 1910.
C'est ce qu'a, fort justement, fait remarquer M. Delacroix : « La mémoire immédiate n'estelle pas toute pénétrée d'attention et ne doitelle pas à l'attention ses propriétés (1) ? »
Chez l'animal, il faut, en général, pour provoquer l'attention certaines conditions qui l'affectent particulièrement ; ces conditions dépendent toujours des états primitifs de plaisir ou de déplaisir et la remarque, d'ailleurs fort juste, de Pavlov, ne peut infirmer nos observations. En présence de la viande, que ce soit le désir provoquant l'attention ou, réciproquement, l'attention intensifiant le désir, l'animal est entraîné à le réaliser de façon plus immédiate, voilà tout. Et le phénomène moteur, à la suite d'un rapide processus d'association, se produit au détriment du phénomène sécrétoire inhibé par l'excitation plus forte du centre moteur.
Cependant, avant de donner la définition de l'image affective et de son rôle dans la formation du réflexe conditionnel, nous devonspréalablement définir les perceptions qui l'évoquent ainsi que les images impliquées dans ces perceptions, considérées en tant que représentations concomitantes de l'image affective.
(1) L'intelligence. Cours de la Sorbonne, 1911-1912.