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CHAPITRE II

Nous avons donc ici à considérer la perception et, dans la perception, un deuxième genre d'images, beaucoup plus étudié, oserai-je dire, dans les travaux de Pavlov et de son école : c'est l'image impliquée des perceptions évocatrices : image visuelle, auditive, tactile, mécanique, thermique, etc. On pourrait même dire, si les termes psychologiques n'étaient, à priori, aussi rigoureusement exclus dans l'Ecole russe, que c'est sur ce point principalement, qu'ont porté les efforts des jeunes collaborateurs de J. P. Pavlov : créer des images, en tant qu'excitants sensoriels, provoquant par association concomitante l'image de la sensation gustative.

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Et cela est bien compréhensible, la voie était ouverte, des recherches, des travaux avaient été déjà faits pour l'étude de la mémoire associative sur les animaux inférieurs ; les localisations sensorielles corticales avaient été cherchées, en partie établies, l'on avait des expériences de valeur sur ces questions. De plus, Ton pouvait, non pas seulement observer, mais agir expérimentalement et obtenir des données précises et sûres sur les mécanismes d'association et sur la capacité de différenciation, parfois extrêmement subtile, de tel ou tel organe sensoriel.

L'image impliquée de la perception est donc, de par cela môme, infiniment plus facile à étudier dans la Théorie des réflexes conditionnels. Son rôle et sa localisation, selon qu'il s'agit de tel ou tel organe récepteur, ont pu être déterminés d'une façon exacte et détaillée. Les travaux de Toropov, ceux d'Eliasson ont montré l'exactitude physiologique de cette loi de la représentation signalée par Ebbinghaus : que s'il vient à manquer une classe de sensations, la classe de représentations fait également défaut. La concordance est la même si elle est seulement lésée. La pathologie mentale avait également établi ce fait : que lorsqu'une région corticale est atteinte, les images corres-

pondantes ne pouvant plus se constituer, une partie des souvenirs disparaît irrémédiablement.

Quant au rôle de l'image impliquée, il est des plus évidents : elle permet de reconnaître la sensation comme déjà connue, déjà éprouvée et elle agit par association de représentations. Son action sur le réflexe est indirecte et s'explique au moyen de la mémoire associative.

La perception qui donne lieu à la reconnaissance de la sensation, produite une première fois sur le môme organe sensoriel, évoque les représentations concomitantes avec lesquelles elle a coexisté dans le temps un plus ou moins grand nombre de fois et ressuscite, la première de par cela même, l'image de l'impression gustative qui a le plus vivement affecté l'animal. Le réflexe sécrétoire résulte donc de cette association de représentations dont l'une agit à l'égal de la sensation. Ces images impliquées dans les perceptions sensorielles, qui ont si merveilleusement servi à l'élaboration des réflexes psychiques, sont fort bien mises en relief par les travaux russes. L'étude des perceptions, en qualité d'agents associatifs provoquant le réflexe conditionnel, a fourni Tune des trois principales directions dans lesquelles se sont engagés les travailleurs. Physiologi-

quement, la question se posait ainsi : il fallait après avoir élucidé les caractères généraux de tous les réflexes conditionnels, quel que fût l'organe où ils prenaient naissance, ainsi qu'après avoir déterminé leur physiologie générale, résoudre le problème concernant les particularités qu'ils présentent selon la surface réceptive d'où ils proviennent. C'était, en termes psychologiques, étudier les différentes images, qu'elles soient visuelles, auditives, olfactives, tactiles, thermiques ou autres.

C'était aussi observer les différences qu'elles présentent dans le détail de leur formation, les conditions de leur reproduction et, en outre, mais ceci était une tâche plus incertaine, c'était essayer de résoudre la question de leur conservation.

C'est tout cela qui a été fait ou tenté, mais surtout d'une façon détaillée pour deux appareils sensoriels importants : la vue et Fouie , dont les perceptions ont été étudiées dans toutes leurs particularités, par deux des principaux élèves et collaborateurs de Pavlov : Orbéli et Zéliony.

Nous avons déjà donné, à propos de la différenciation, un grand nombre des résultats de leurs travaux. Nous reprendrons ici quelquesuns de ces résultats pour la question de la

formation des images en tant qu'excitations particulières visuelles et auditives, pour celle de leur valeur, de leurs associations, de leur conservation, etc.

Les expériences d'Grbéli ont en ce sens une très grande valeur ; elles ont porté sur plusieurs chiens, chez lesquels il a élaboré des réflexes conditionnels au moyen d'images en tant qu'excitations visuelles d'espèces différentes.

Il a très minutieusement étudié, en les isolant soigneusement, les divers facteurs, qui eussent pu faire d'une excitation donnée, un excitant composite.

En comparant le temps et le nombre des épreuvesnécessaires à l'élaboration des réflexes conditionnels obtenus au moyen des images visuelles avec le temps et les épreuves nécessaires par les images auditives, il reste acquis que les premières sont chez le chien plus lentes à se former.

Parmi ces images visuelles, celles qui agis" sent le plus vite et qui, par conséquent, sont les premières formées, retenues et associées, sont, nous Pavons vu, à propos de la différenciation, celles que produit le degré d'intensité lumineuse.

Dans les expériences d'Orbéli, cet excitant,

non seulement agit très vite, mais encore il fut reconnu et différencié rapidement chez les deux chiens « Bielka » et « Kikimora » qui servaient de sujets aux expériences.

« En étudiant les réflexes conditionnels, dit Orbéli, Ton note sans cesse le rôle important joué par l'intensité de l'excitation. » Si Ton a fait éteindre le réflexe conditionnel à une excitation d'intensité déterminée, on peut faire renaître le réflexe éteint en augmentant l'intensité de l'excitation.

Le rôle de l'intensité se manifeste, d'ailleurs, dans n'importe quelle excitation, qu'elle soit optique, auditive, mécanique ou autre et c'est surtout au moment du réflexe qu'elle est à considérer, car une excitation faible devient plus difficilement et plus lentement un excitant conditionnel qu'une excitation intense. De même, lorsque le réflexe est déjà formé, une excitation intense donnera un effet plus accusé et enfin, dans une excitation formée de deux ou plusieurs excitants, c'est toujours au plus intense que reviendra toute l'action obtenue. Si l'on tient compte de ce que l'intensité d'un phénomène force nécessairement l'attention. Ton trouvera ici la confirmation d'une loi des images énoncée en psychologie : que l'attention est une des conditions les plus importantes

pour la conservation et la reproduction des images.

Pourtant, les excitations faibles peuvent, à un certain degré d'excitation de ranimai, donner lieu à un effet si considérable, qu'il n'est plus exalté par des excitations plus intenses. Mais ces cas-là sont plus rares.

Dans les expériences sur la forme des objets, c'est-à-dire la différence des excitations optiques, la force et l'intensité dépendent du nombre des éléments rétiniens excités, les dimensions de la surface éclairée égalent ou peuvent compenser en énergie l'intensité de la lumière. Mais il reste vrai, toutefois, que les images de la forme des objets ne s'élaborent que fort lentement, beaucoup plus lentement que celles que l'on obtient par le mouvement, la direction de ce mouvement surtout et la variation d'intensité lumineuse. Ce n'est que peu à peu, et à la suite d'expériences répétées, que Ton finit par obtenir un effet réel, lequel, d'ailleurs, peut ensuite acquérir une force et une durée considérables (Expériences sur le chien Banzaï). Orbéli se servait soit d'une croix et d'un carré sombres sur fond clair, soit des mêmes figures claires sur fond sombre. La figure insolite, c'est-à-dire celle qui n'avait pas été combinée avec l'excitant inconditionnel gustatif, n'était

lOi l'image et les réflexes conditionnels

pas, au début, distinguée de la figure habituelle (la croix qui était étayée), et produisait l'effet sialogène tout comme la figure habituelle.

Peu à peu cependant, elle arriva à être fort bien distinguée et son action se différencia nettement. Il en fut de même pour d'autres figures insolites éprouvées. Il est certain que cette spécialisation autonome a présenté, de Paveu même de l'auteur, un développement d'une lenteur extrême.

Afin de s'assurer si l'on ne pouvait hâter artificiellement cette spécialisation et provoquer une différence d'action entre diverses figures éclairées, il procéda à toute une série d'expériences, éteignant systématiquement le réflexe à l'apparition du carré, c'est-à-dire le répétant sans l'accompagner de l'aliment, étayant au contraire, par l'excitant gustatif, le réflexe à l'apparition de la croix et il obtint, en un temps relativement court, une différence d'action accusée entre le carré et la croix ; l'intensité lumineuse et la surface éclairée étant égales dans les deux cas. Le caractère de cette dernière expérience montre clairement le rôle considérable de l'état affectif dans la formation des images. L' « étayement », alimentaire ou acide, répété, fréquent, exclusif pour une figure, alors qu'il est systématiquement et

absolument omis pour l'autre, doit nécessairement attirer l'attention de l'animal sur le phénomène qui précède constamment l'état particulièrement agréable ou désagréable éprouvé durant l'excitation gustative et sert à fixer, dans son cerveau, les différences et les particularités qu'il présente.

L'extinction du réflexe au carré a, d'ailleurs, suivi une marche régulière. C'est à partir du douzième jour, que la différence d'action entre le carré et la croix devint trèsaccusée.

L'auteur a résumé ainsi le résultat de ses expériences :

La diversité dans le groupement des rayons lumineux dans l'espace peut déterminer une différence qualitative de l'excitation optique, dans le cas où le réflexe est redevable de son origine à l'apparition de la lumière.

Le rôle de la forme est masqué au début et c'est la lumière qui agit en qualité d'excitant, quelle qu'en soit la répartition ; mais en éteignant systématiquement le réflexe à la figure insolite, on ne tardera pas à obtenir une différence d'action nette entre les deux figures. »

11 a divisé la marche de son expérience en quatre phases que nous donnons ci-dessous :

1° Au début de l'expérience, identité com-

plète d'action entre les figures habituelles et insolites ; l'extinction du réflexe à la figure insolite amène la disparition du réflexe à la figure habituelle, la reviviscence du réflexe insolite a lieu sans difficulté.

2° Identité de l'effet produit par les deux figures ; l'extinction du réflexe insolite n'arrive pas à amener l'extinction du réflexe habituel ; reviviscence aisée du réflexe insolite.

3° Effet faible de la figure insolite; l'extinction du réflexe insolite n'exerce plus aucune action sur l'action de la figure habituelle; le réflexe insolite ne se rétablit qu'en partie.

4° Effet insignifiant de la figure insolite; l'extinction du réflexe insolite n'exerce plus aucune influence sur l'action de la figure habituelle; pas de reviviscence du réflexe insolite.

Ayant ensuite écarté toute cause d'erreur, Orbéli arrive à la conclusion suivante : que la différence d'action entre le carré et la croix est bien due à des différences qualitatives, à savoir : à la différence de la répartition de la lumière et de l'ombre (à la forme), et non à certaines différences quantitatives des excitants.

Ces expériences d'Orbéli, qui, interprétées psychologiquement, nous montrent les images obtenues lentement et malaisément au moyen

de la forme ainsi que les essais infructueux indiquant l'impossibilité d'en obtenir au moyen des couleurs, nous démontrent surtout l'imperfection de l'organe visuel du chien.

% Il va sans dire que l'on s'est bientôt aperçu, dans les laboratoires de Pavlov, de cette imperfection.

Les nombreuses expériences faites par différents expérimentateurs n'ont pu d'ailleurs que confirmer la constatation du fait. Actuellement, chez Pavlov, l'on a même la ferme conviction que la plupart des chiens sont affectés d'un daltonisme plus ou moins accentué, qui les rendrait, dans une proportion égale à celle de l'imperfection de leur vision, incapables de discerner exactement les diverses couleurs. Cela constitue, en effet, un état d'infériorité remarquable, aussi bien en égard à la formation des sensations de cet organe qu'au point de vue de l'élaboration et de la reconnaissance des images visuelles. L'image n'arrivant à se former et à s'impliquer nettement dans la perception qu'à l'aide de la répétition de la sensation, si celle-ci n'est appréhendée que d'une manière défectueuse, il est certain que le phénomène imparfaitement déterminé à la périphérie de l'organe ne sera pas transmis parles chaînes nerveuses, reliant le centre à la péri-

phérie, avec toute la netteté désirable pour la reviviscence aisée et prompte de l'impression. D'où, naturellement, une très réelle difficulté pour la formation de la perception, laquelle, on le sait, ne diffère en somme de la sensation que par l'implication de l'image de cette dernière. Il est donc permis de supposer, que c'est parce que l'image impliquée, par suite de la défectuosité signalée dans l'organe de la vision chez le chien, semble faire longtemps défaut dans les perceptions visuelles, que la différenciation est, en réalité, empêchée durant si longtemps dans les expériences citées.

Certains auteurs, il est vrai, sont arrivés, employant diverses méthodes, à des résultats qui sembleraient parfois contradictoires. Graber, Lubbok, Nagel, Himstedt, Ziegler, Nuel ont fait là-dessus des expériences dont les résultats ne sont guère concordants.

Les uns, tels que Lubbok, sont arrivés, en ce qui concerne la distinction des différentes couleurs par le chien, à des résultats purement et simplement négatifs. Nagel et Himstedt, dont l'étude sur cette question est particulièrement minutieuse et soignée, ont émis la même conclusion qu'Orbéli et ont pu constater que les chiens, dans la plupart des cas, réagissent, non à la teinte particulière de la couleur, c'est-à-

dire aux rayons de diverses réfringences, mais seulement à l'intensité de la lumière, à la différence quantitative et non qualitative.

Les autres auteurs fournissent des expériences incertaines, tantôt affirmatives, tantôt négatives.

Cependant, et malgré ces divergences, l'opinion de Pavlov et de ses collaborateurs, concernant le daltonisme, tare visuelle, à peu près généralement reconnue chez le chien, reste malgré tout valable pour la majorité de ces animaux et doit être, par conséquent, prise en considération dans les expériences mettant en jeu chez eux l'organe de la vision.

Alors que, chez le chien, l'organe auditif est doué d'une délicatesse et d'une finesse extrê mes et apparaît infiniment supérieur à l'organe auditif humain, son organe visuel, au contraire, est de beaucoup inférieur à celui de l'homme.

Chez l'homme, c'est cet organe qui fournit le plus grand nombre d'images, alors que, chez le chien, ce rôle revient surtout à l'ouïe. Si l'on en juge par le travail plus facile de cet organe en tant que récepteur et plus délicat en tant qu'analysateur, ce dernier sens est, chez cet animal, extrêmement développé et Pavlov a pu dire, très justement, qu'il jouissait de ce que l'on appelle « l'audition absolue ».

Il y aurait là une question intéressante à élucider. Si c'est à l'exercice de cet organe plus fréquent chez le chien, à la mémoire, qui se fortifie de par cet exercice même, qu'il est redevable de cette supériorité de son organe auditif ? Si, en d'autres termes, on peut retrouver là une application naturelle de cette loi chère aux néo-Lamarckiens : « que la fonction crée ou développe l'organe », ou, s'il faut considérer le fait comme une particularité physiologique propre à l'organisation nerveuse de cet animal. Une étude anatomique comparée des conditions centrales et périphériques des mômes organes chez l'homme et chez le chien pourrait seule, semble-t-il, nous renseigner exactement sur les causes de ces différences si remarquables.

Les expériences de Zéliony exposées dans son mémoire : Matériaux pour servir à la question de la réaction du chien aux excitations auditives (1), montrent, en effet, non seulement la finesse de l'ouïe chez cet animal, mais encore l'extraordinaire faculté de discrimination de son appareil auditif. Elles nous permettent en outre d'affirmer que les images des sons se forment très vite et très facilement; l'on 6b-

(1) Thèse, Saint-Pétersbourg, 1907. Typograph. Balinn>l*y.

tient en effet un réflexe conditionnel à n'importe quel excitant auditif au moyen d'un nombre relativement peu élevé d'étayements, de 20 à 40, alors qu'il en faut beaucoup plus pour élaborer solidement un réflexe conditionnel au moyen d'autres surfaces réceptives. De plus, si Ton désire élaborer un réflexe au son chez un animal possédant déjàun réflexe auditif, Ton atteint ce but presque immédiatement.

Zéliony a considéré la formation et la différenciation de la perception auditive aux trois points de vue : de la hauteur, du timbre et de l'intensité.

D'abord il a tâché de déterminer quelle devait être la grandeur de la différence dans la fréquence et le caractère des oscillations auditives, afin qu'elles puissent être perçues par l'appareil auditif comme des excitants différents. Les expériences consistaient en ce que, après avoir élaboré un réflexe à un son déterminé chez l'animal, on opposait, à l'épreuve de ce son habituel antérieurement étayé, l'épreuve de sons inhabituels se distinguant du premier soit par la hauteur, soit par le timbre lors d'une intensité égale ou presque égale. Les épreuves eurent lieu sur cinq ou six chiens. Un seul d'entre eux, une chienne du nom de « Marguerite », fut capable de retenir et de distinguer

la différence de 1/4 de ton entre deux tons opposés en hauteur. Un autre, « Kikimora », distinguait aisément un demi-ton, mais ne pouvait aller plus loin (1).

En ce qui concerne la différence dans le timbre, les expériences montrèrent qu'un ton se distinguant d'un autre seulement par le timbre, même à un degré insignifiant, peut être distingué par l'appareil auditif comme un excitant d'un genre différent. Comparativement même, Zéliony put remarquer que le plus léger, le plus imperceptible changement de timbre du son habituel, entraîne après lui l'amoindrissement ou la disparition du réflexe fondamental en relation avec lui.

Cette distinction du timbre a été remarquée généralement dans l'étude des sensations auditives. P. Bonnier, qui a défini le phénomène physique de la sensation auditive : un ébranlement, fait dépendre le timbre, de la forme de l'empreinte et par conséquent, de la forme de l'ébranlement.

« Quand plusieurs vibrations périodiques se composent pour former un complexe sonore et, suivant les auteurs, pour lui fournir un

(1) Les expériences de Zéliony ont été faites en 1906-1907 Depuis, Biélakov (1911-1912), a obtenu la différenciation à 1/8 de ton.

timbre, elles associent non seulement leurs intensités, leurs hauteurs respectives, mais aussi leurs formes propres. » Selon cet auteur ce serait surtout grâce à leur forme, que les tons différant seulement par le timbre seraient distingués.

« Nous sommes sensibles non seulement à l'intensité et à la périodicité, mais aux détails mêmes de la forme ondulatoire et il faut reconnaître que l'étalement de l'ondulation sur la vaste papille spirale est favorable à une analyse extrêmement délicate des moindres accidents de la courbe ondulatoire. De là, la notion du timbre, associée à la sensation de forme plus ou moins régulière ou irrégulière de la phase ondulatoire et qui nous permet de distinguer entre diverses sonorités de même force et de même tonalité (1). »

Zéliony s'est posé la question suivante : « Pourquoi les sons inhabituels, voisins du son habituel, provoquent-ils la sécrétion salivaire, quoique en moindre quantité, chez la plupart de nos animaux ? »

Et il émet la supposition que la naissance de ces réflexes additionnels, s'explique en ce que dans les sons habituels et inhabituels se trouve

(1) P. Bonnier, V Audition, Paris 1901.

Dontchef-Dezeuze.

IU l'image et les réflexes conditionnels

une partie commune — justement le timbre — c'est-à-dire une certaine quantité des uns et des autres tons complémentaires. « Sans doute, dit-il, une part du réflexe fondamental provient aussi de ces tons complémentaires qui apparaissent comme des excitants des réflexes additionnels.

« On peut supposer, ajoute-t-il, que certains tons complémentaires seulement sont liés avec le réflexe additionnel. »

Poursuivant son observation sur ces faits, il se demande ensuite pourquoi ces sons inhabituels, qui chez les autres chiens provoquent des réflexes additionnels, n'ont, chez« Marguerite », provoqué aucune sécrétion.

Et il en conclut qu'on peut faire seulement des suppositions à ce sujet. Ou bien chez « Marguerite » le seuil de l'excitation de la glande salivaire était plus élevé que chez les autres chiens et c'est pour cela que les excitations des sons inhabituels ne Font pas atteint ; ou bien • Marguerite » possédait une organisation nerveuse plus fine, plus délicate que les autres chiens.

Ace sujet, il ne sera pas sans intérêt de rappeler que, lors de l'autopsie de « Marguerite après les expériences, une particularité de la conformation de son cerveau fut mise à jour par le professeur Pavlov.

En comparaison avec celui des autres chiens son cerveau se distinguait par une extraordinaire richesse de circonvolutions, et les circonvolutions qui chez les autres chiens étaient à peine marquées, étaient chez elle très profondément dessinées.

En ce qui concerne l'intensité des sons, Zéliony a fait remarquer qu'un son assourdis* santne devient jamais un agent de réflexe conditionnel. Il étourdit et non seulement ne provoque pas la sécrétion, mais encore il agit en frénateur dans n'importe quelle circonstance.

Quant à une certaine hauteur du son, elle produit, au contraire, toujours, une spécificité déterminée du réflexe.

En somme, les trois qualités des sons et leurs variations, ou, pour nous servir de notions plus modernes, dans ses variations l'empreinte de chacun des trois caractères de l'ébranlement acoustique : hauteur, timbre, intensité, sont finement perçues et reconnues comme des sensations différentes ainsi que retenues facilement et évoquées en images distinctes par l'oreille du chien.

De semblables expériences, faites au moyen d'autres organes sensoriels, fournissent encore d'intéressantes données pour l'étude des différentes sortes d'images.

Mais, si toutes ces images variées provenant des divers organes réceptifs déclanchent, pour ainsi dire, le mécanisme du réflexe sé* crétoire, c'est, il faut bien s'en rendre compte, parce qu'elles renaissent dans un complexus d'images parmi lesquelles la représentation de la sensation gustative agit le plus fortement, en vertu de la loi de la prédominance de l'élément le plus intense. Car, aussi bien en qualité de sensation, qu'en tantqu'image de cette sensation, l'excitation agréable ou désagréable de la muqueuse buccale, impression réelle ou simplement rappelée, est en réalité l'élément producteur de la plus grande perturbation chimique pour l'organisme animal.

Et si la mémoire implique généralement l'attention, il faut cependant convenir que l'attention est plus particulièrement éveillée chez l'animal par un état affectif.

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