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L IMAGE DE PERCEPTION

Mais cette image évoquée n'est pas seulement une image affective, ce caractère n'est pas le seul qui lui soit propre: elle est aussi, comme le sont d'ailleurs toutes les images, une image de perception. En effet, tout ce que nous pouvons savoir de cette image, tout ce que nous pouvons saisir en elle, ne l'est que grâce au concours des autres images qui l'accompagnent ou qui l'évoquent. Et c'est bien la même remarque que Ton doit faire à propos de toutes les images que nous pouvons saisir dans la conscience. « La totalité du cours de la conscience, l'interaction des représentations fait qu'il n'y a pas d'images indépendantes (1). »

Aussi bien, est-ce dans ce sens surtout que les négateurs de l'image mentale ont fait res-

(1) Delacroix, Cours delà Sorbonne, 1911-12. L'intelligence.

sortir la netteté et l'indépendance de la perception en opposition à ce qu'ils nomment le vague et même la confusion qu'ils reprochent à l'image, toujours engagée, disent-ils, dans un assemblage imprécis de représentations indéterminées.

Tout cela, d'ailleurs, sans s'apercevoir qu'insister sur le caractère vague que peut présenter quelquefois la représentation, pour nier l'existence de l'image mentale, ne revient en somme qu'à nier complètement l'attention elle-même. Il est évident et incontestable, en effet, que pour assurer la reviviscence entière et précise de l'image, il faut qu'une impression suffisamment nette et forte ait été reçue tout d'abord, et parler de l'imprécision de l'image c'est impliquer, en réalité, une appréhension inattentive, faible et passive de la sensation.

Il est vrai, sans doute, que l'image est toujours engagée dans un complexus d'autres images, mais justement ces images contribuent à la netteté de son relief propre à sa précision, la renforcent en quelque sorte et Téclairent.

M. Foucault a très bien fait ressortir cette multiplicité de sensations remarquée dans la perception et dont la reviviscence dans l'image ne laisse pas que d'en faire un de ses caractères

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distinctifs, caractère qui lui est singulièrement reproché par les uns et qui est au contraire vivement apprécié, pour son concours efficace, par les autres.

« Les perceptions qui dépendent, dit-il, de conditions périphériques, puisqu'elles comprennent au moins une sensation et ordinairement plusieurs sensations, peuvent aussi reparaître en l'absence de ces conditions périphériques. Elles constitueraient alors nos images ordinaires, celles que nous employons pour toutes les opérations de la pensée (1). »

Donc, il ne nous est donné que dans des cas extrêmement rares de saisir l'image isolée de la sensation élémentaire. Cela n'est pas une raison pour affirmer que la sensation élémentaire ne reparaisse pas dans la conscience, mais elle reparaît précédée, suivie ou environnée de représentations concomitantes [dont on peut l'abstraire peut-être, par l'étude et par l'observation attentive, mais dont on ne peut la séparer ni l'isoler absolument dans la réalité du donné actuel. « Tout objet est appréhendé dans une multiplicité qui l'entoure et en même temps le déborde. Mais c'est une appréhension simultanée qui

(1) Foucault, les Images. Élude psychophysique. (Cours professé à la Faculté des Lettres de Montpellier, 1909.)

est donnée d'un coup à la conscience (1). »

Nous avons mieux encore que ces observations introspectives si justes et si fines, mieux aussi que des appréciations sur des données expérimentalement accessoires que nous fournissent un grand nombre d'auteurs, pour affirmer ce caractère de l'image affective dans la Théorie des réflexes conditionnels. Zéliony, esprit curieux et observateur, nous fournit des matériaux d'un grand intérêt pour cette question. Dans un court mais très intéressant mémoire sur Une espèce particulière de réflex es conditionnels (2), il rapporte les curieuses expériences où il a cherché à élucider la question suivante : Ne pourrait-on obtenir des réflexes conditionnels, non plus au moyen de la coïncidence avec le réflexe inconditionnel, mais de façon à ce qu'ils soient redevables de leur origine à d'autres réflexes conditionnels ?

Par exemple, en supposant qu'on ait l'intention de se servir d'une image auditive, d'un son quelconque comme excitant de la glande salivaire, y parviendrait-on, en combinant l'action de ce son, non avec l'action de l'exci-

(1) Delacroix, Cours de la Sorbonne, 1911-1912. L'intelligence.

(2) Zéliony. Oct. 1909. Imprimerie de l'Académie impériale des Sciences, Saint-Pétersbourg.

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tant gustatif produisant absolument le réflexe inconditionnel, mais avec un réflexe conditionnel déjà sialogène par suite de la combinaison ordinaire avec le réflexe inconditionnel. C'était, en d'autres termes, lâcher d'obtenir un eompiexus d'images, on encore, si on le veut, une complication nouvelle dans un phénomène de mémoire associative.

Miehtovte avant Zéliony avait essayé de réaliser de semblables combinaisons sans autre résultat que celui de l'apparition de l'enravement conditionnel qu'il fut ainsi le premier à décrire.

Averti par cet insuccès au point de vue du but poursuivi, Zéliony sut éviter adroitement la difficulté de l'enrayement.

Pour cela, trois conditions étaient néee ■aires: avoir un sujet présentant un réflexe conditionnel ancien, invétéré et stable, choisir un excitant secondaire de nature à ce que le réflexe engendré par lui ne tardât pas à paraître et enfin, éviter l'effet nocif, isolé de l'excitant, en faisant agir l'excitant secondaire de façon à ce qu'il précédât immédiatement faction de l'excitant primitif. C'est ainsi que procéda Zéliony. Il choisit un chien, « Gladienkaia », qui présentait un ancien réflexe au son d'un métronome élaboré au moyen d'un réflexe

G lLiPO E Z DUZE. 1)

inconditionnel à l'acide (solution d'acide chlorhydrique à 2 p. 100), et entreprit de créer sur ce réflexe au métronome, un réflexe conditionnel secondaire au son laz d'un diapason à vent. Durant les expériences, il fit toujours précéder par le son laz du diapason le son du métronome.

Le diapason vibrait 30" et l'on en suspendait la vibration 5", rarement 15" avant le premier coup du métronome.

Bien entendu, le son la3 n'était jamais suivi de l'ingestion de l'acide, tandis que le son du métronome était, de temps à autre, étayéparce moyen. L'administration de l'acide, en ce cas, suivait à un intervalle de 30" l'action du métronome. Sur 55 épreuves, 21 furent suivies du réflexe au sonZ^3;dèsla sixième combinaison, il commença à se manifester faiblement (1 goutte) ; au cours delà douzième combinaison, le nombre des gouttes monta jusqu'à 4. Au début, il n'était ni stable ni assuré ; d'ailleurs « Gladienkaia », présentant quelques lésions de la muqueuse buccale dues à l'acide, était en de défavorables conditions pour Pétayement du réflexe primitif au son du métronome. Toutefois le réflexe conditionnel complexe fut établi.

Avec (( Tchorny », un autre chien présen-

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tant un réflexe primitif basé sur le réflexe inconditionnel à la poudre de viande, le succès des expériences fut plus complet et obtenu plus rapidement. Dès la troisième combinaison le réflexe secondaire donna 5 gouttes de salive. On procéda en tout à 13 épreuves, toujours suivies de 1 à 9 gouttes de salive. Le réflexe était donc stable et assuré. Par des expériences inverses, Zéliony tint à s'assurer qu'il possédait les mêmes tendances à l'extinction que les réflexes conditionnels ordinaires et obtint un résultat affirmatif.

Restait une autre question à élucider. Les réflexes conditionnels secondaires obtenus provenaient de la même surface réceptive que les réflexes conditionnels primitifs : tous deux intéressaient l'organe auditif. Obtiendrait-on de semblables résultats, avec un excitant secondaire exerçant son action sur une autre surface réceptive que le premier excitant conditionnel ?

Pour s'en assurer, Zéliony tâcha d'obtenir comme secondaire un réflexe mécanique au grattage d'une zone cutanée, combinant Faction de cet excitant avec un excitant auditif.

La combinaison répétée à 5 reprises, non seulement ne donna pas lieu au réflexe, mais dès la deuxième épreuve, une action inhibi-

toire se manifesta nettement. L'on fut obligé de choisir un nouvel excitant non secondaire, mais primitif. Afin qu'il fût plus énergique, on choisit la vue et l'odeur de la poudre de viande. La gloutonnerie de Tchorny, qui servait de sujet et que la vue et l'odeur de la poudre de viande mettaient hors de lui, empêchèrent que Ton pût distinguer, au début, l'effet sécrétoire de la combinaison. Enfin à la huitième combinaison, Ton fut en état de vérifier l'établissement du réflexe sécrétoire, qui se montra parla suite définitivement établi.

Zéliony conclut que rien ne s'oppose à la formation d'un réflexe conditionnel secondaire à un excitant quelconque, il suffit pour cela qu'il soit combiné avec un réflexe condition n I étayé sur un réflexe inconditionnel. De plus, la formation de ce réflexe ne demande guère plus de temps (peut-être même moins de temps), que ne l'exige la formation d'un réflexe conditionnel ordinaire ayant pour origine un réflexe inconditionnel.

Ceci est une preuve concluante, obtenue expérimentalement, permettant d'affirmer que l'image affective, comme d'ailleurs toutes les images, s'accompagne toujours de représentations concomitantes, reproductions de sensations secondaires qui accompagnaient la

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sensation principale primordialement donnée.

Que ces représentations apparaissent simultanément, la suivent ou la précédent, il n'en reste pas moins vrai qu'elle n'est pas isolée et renaît avec elles. Rien, d'ailleurs, n'est isolé dans le moi psychique tout comme dans l'activité du système nerveux. Que cette activité se manifeste sous des formes élémentaires, inférieures, ou dans les formes supérieures, élevées de la pensée proprement dite, ses phénomènes ne nous apparaissent jamais isolés.

Bien mieux, on peut affirmer qu'ils ne le sonl pas dans le réel donné.

Il y a un rapport constant de simultanéité ou de continuité dans les phénomènes du système nerveux, tout comme dans ceux des autres parties de l'organisme et ce rapport se retrouve de la môme façon, simultané et constant, entre le système nerveux supérieur et inférieur et le tout complexe de l'organisme animal.

La pathologie mentale nous présente sans cesse des exemples de ces relations si complexes et si réelles: elle parvient ainsi à nous expliquer souvent les raisons de l'altération de cette activité supérieure. Mais qui nous dira les conditions multiples de l'équilibre idéal de telle ou telle fonction nerveuse, de l'intégrité du total de ces fonctions ?

Cependant, revenons à la définition plus facile de l'image de perception. Nous avons dit qu'elle était plus qu'une image de sensation élémentaire, non seulement parce que la sensation élémentaire reparaît très rarement seule, sous forme d'image, mais encore parce que cette sensation elle-même est très difficilement saisie à l'état isolé dans la réalité et ne Test le plus souvent, lorsqu'elle l'est, que par une observation minutieuse ayant pour but son étude détaillée.

Il s'ensuit que l'image de cette sensation se présente toujours accompagnée de représentations concomitantes, ce qui en fait la reproduction d'une sorte de perception reparaissant indépendamment des excitations périphériques. L'image ordinaire, en général, ne dépend que relativement des conditions organiques qui sont nécessaires pour la perception, tandis qu'elle est absolument indépendante des conditions périphériques.

Pour l'image affective, nous avons vu que les conditions organiques sont, au contraire, nécessaires puisqu'elles font son caractère distinctif. C'est ce qu'a excellemment indiqué M. Ribot, lorsqu'il a séparé les phénomènes de mémoire affective en deux cas bien distincts, désignant la mémoire affective « qui consiste

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dans la reproduction actuelle d'un état affectif antérieur avec tous ses caractères », comme la mémoire affective véritable, « vraie et concrète », alors qu'il traite de « fausse ou abstraite» la mémoire affective qui consiste « dans la représentation d'un événement, plus une marque affective, je ne dis pas, ajoute-t-il, un état affectif (1) ».

Mais si les conditions organiques sont nécessaires à la véritable image affective, elle reste cependant, tout comme l'image ordinaire, indépendante des conditions périphériques.

Les travaux de Malloizel sur la sécrétion salivaire obtenue par réflexe psychique après résection des nerfs gustatifs, nous fournissent en ce sens une affirmation expérimentale que nous donnerons ici.

Malloizel constate, tout d'abord, que si la sensibilité gustative qui a son siège principal sur la muqueuse de la langue, est distincte de la sensibilité générale ou tactile, cependant, parmi les troncs nerveux qui se rendent à la langue, on n'en connaît aucun qui soit exclusivement affecté aux impressions gustatives et dont la section abolisse seulement le goût, sans porter atteinte à la sensibilité tactile. Ceci vient

(1) Tii.Ribot, la Psychologie des sentiments. (Paris, F.Alcan.)

confirmer ce que Ton a dit souvent, en psychologie, sur le caractère — complexe au point de vue génétique — des sensations en générale! de la sensation gustative en particulier.

On sait que, dans la plupart de nos sensations gustatives, se mêlent soit des sensations olfactives, soit des sensations tactiles. L'on a fait souvent remarquer que les sensations acides, astringentes, les saveurs salées, les odeurs piquantes et acres, sont des combinaisons de sensations gustatives, olfactives et de sensations tactiles. Hôffding donne comme exemple d'une combinaison de sensations gustatives et tactiles le plaisir que Ton éprouve à manger de la gelée. Cette complexité d'ailleurs se retrouve dans un très grand nombre de sensations que, superficiellement, Ton attribue à tel ou tel organe déterminé.

Malloizel a repris les anciennes expériences de Schiff, sur la question qui consistait à savoir quels étaient les nerfs qui présidaient à telle ou telle sensation gustative et quelle était la voie centripète de l'excitation.

Nous avons déjà indiqué, dans l'exposé de la Méthode, quels étaient les nerfs qui étaient affectés aux diverses saveurs.

Quant aux voies suivies par l'excitation ce sont : pour le tiers postérieur de la langue, le

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glosso-pharyngien ; pour les deux tiers antérieurs, le nerf lingual.

Mais le nerf lingual, branche du trijumeau, ne serait doué que de la propriété de percevoir les sensations tactiles. Son pouvoir gustatii serait dû à des filets sensitifs de la corde du tympan (ceci a été observé pour la première fois par Claude Bernard), filets qui traverseraient ensuite le ganglion otique, passeraient parle grand nerf pétreux superficiel et seraient confondus ensuite avec le nerf intermédiaire de Wrisberg.

Le but de Malloizel était de séparer la salivation par impression gustative de la salivation psychique par représentation d'images.

Il opéra sur deux chiens à fistule permanente sous-maxillaire. Au premier, il sectionna d'abord les deux nerfs linguaux immédiatement avant leur anastomose avec la corde du tympan. Au deuxième, il opéra la section des deux glosso-pharyngiens à leur sortie du crâne et enfin, trois semaines après la première section, ayant fait une étude détaillée des modifications salivaires que présentait le premier sujet, il opéra sur ce dernier la section des doux glosso-pharyngiens.

Il va de soi que, préalablement, avant toute section nerveuse, les deux chiens avaient été

étudiés sous le rapport de la sécrétion salivaire aux divers excitants.

Je ne rapporterai pas la technique détaillée des expériences de M. Malloizel, mais simplement les résultats, qui sont les suivants :

Si Ton donne de la viande ou du sucre aux sujets, la salivation se produit presque comme avant la section des nerfs gustatifs, tandis que si, à Paide d'un pinceau, on badigeonne d'une solution de sucre ou de sel les zones excitables par le sucré et le salé, il ne se produit aucun réflexe, ce qui montre évidemment, dans le cas de la viande et du sucre offerts à l'animal, l'intervention de l'excitation psychique par la vue et l'odorat. Les aliments étant d'avance connus de lui provoquent la salivation par association d'images, alors que la vue du pinceau, indifférente en elle-même pour l'animal, ne donne lieu à aucun réflexe.

De plus, pour n'importe quelle substance, antérieurement à l'opération désagréable ou répugnant à l'animal, tels que : acide, sulfate de quinine, sable, etc., introduits dans sa gueule, il n'existe plus aucun signe de répulsion, Tanimal avale tout et Ton peut constater alors une légère salivation provenant de l'excitation des terminaisons nerveuses du pharynx.

En tout cas, la salivation réflexe qui se pro

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duit lors de l'ingestion de telle ou telle substance, après résection des deux paires de nerfs gustatifs, est différente en qualité et en quantité de celle qui se produit avec les mêmes excitants avant cette section.

Au contraire la salivation psychique se produit, après la section des nerfs gustatifs, tout comme avant cette section alors que ces nerfs sont parfaitement intacts. Elle présente les mêmes variations qualitatives et quantitatives qu'offrait la salivation par excitation de la muqueuse buccale chez un animal non dépourvu des voies centripètes de l'excitation.

Il reste donc acquis expérimentalement que les conditions périphériques, nécessaires et indispensables pour la sensation, n'ont plus aucune valeur ni aucune utilité une fois la sensation connue, en ce qui concerne l'image. Celleci peut se produire indépendamment de toute excitation directe des voies périphériques et renaître ainsi, soit spontanément, soit par association d'autres représentations.

Mais si les conditions périphériques ne sont plus à considérer quand il s'agit de l'image, il n'en est pas de même pour les conditions centrales.

Et comme cette assertion est valable pour n'importe quelle image, ce n'est pas la locali-

sation de la perception et de l'image gustatives que nous donnerons comme exemple, caries travaux russes la concernant sont encore incomplets, mais nous reprendrons les faits déjà cités dans la première partie de cette étude ainsi que les résultats obtenus, antérieurement à ces travaux, par certains physiologistes connus, concernant la localisation de diverses fonctions sensorielles et particulièrement celle des impressions visuelles.

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