CHAPITRE V
Nous avons vu, en effet, dans l'exposé de la Méthode les résultats des expériences de Toropov, expériences décrites d'une façon extrêmement détaillée dans son mémoire sur les Réflexes conditionnels du côté de Vœil chez le chien, après V ablation des lobes occipitaux (1), et nous avons pu constater qu'après la destruction de telles ou telles régions de Fécorce, la perception de certaines excitations ainsi que l'évocation de leurs représentations devenaient absolument impossibles.
Ces résultats des expériences de l'École russe sont un nouveau témoignage des plus intéressants, une nouvelle preuve de l'exis-
0| Toropov, op. cit.
tence de centres nerveux circonscrits dans Fécorce grise du cerveau, correspondant à certaines fonctions psychiques déterminées.
En réalité, ce point est depuis longtemps à peu près établi.
Ce qui reste incertain encore, c'est la limitation précise et fixe de ces régions. Les auteurs, jusqu'ici, n'ont pas réussi à se mettre d'accord là-dessus et il faut bien avouer que c'est là un différend d'une extrême importance.
Un court aperçu historique des nombreuses théories émises par quelques-uns des éminents physiologistes qui ont tenté de résoudre le passionnant problème des localisations cérébrales, sera peut-être ici de quelque utilité.
Il est aujourd'hui généralement et presque définitivement admis que c'est dans Fécorce grise du cerveau, en certains territoires à peu près nettement délimités, que se localiseraient les centres nerveux où viennent s'élaborer les sensations et les perceptions de nos différents organes.
Cette hypothèse des localisations cérébrales, actuellement vérifiée par de nombreux et illustres expérimentateurs, est d'ailleurs aussi ancienne que l'étude du cerveau elle-même.
Cependant elle n'a pris corps d'une façon définitive qu'en 1808, avec Gall et Spurzheim
qui présentèrent à l'Institut un long mémoire sur cette question. Gall démontrait là l'importance et l'usage de la substance grise de l'écorce et le rapport étroit qui existe entre la physiologie du cerveau et l'anatomie de cet organe.
Il était dit dans le Mémoire que le « cerveau se compose d'autant de systèmes particuliers qu'il exerce de fonctions distinctes ».
La théorie, excellente et infiniment sensée en réalité, fut exagérée et déformée par le vulgaire, justement à cause d'une systématisation malencontreuse des auteurs dans le sens, aussi bien des fonctions intellectuelles et morales, que dans celui de leurs manifestations extérieures par les différences, les formes et les saillies du crâne et de la tête.
Après eux, leurs partisans exagérant encore leurs exagérations, la théorie tomba dans le discrédit le plus complet, ce qui rendit même injuste envers le génie et le mérite incontestables de Gall.
Plus tard, vers 1842, Flourens émit une doctrine entièrement opposée à celle des localisations qui peut se résumer ainsi: les lobes cérébraux participent, par toute leur masse, à l'exercice complet de leurs fonctions et il n'existe aucun siège distinctif ni pour les
\U l'image et les réflexes conditionnels
perceptions ni pour les facultés de l'âme. C'était, en somme, le principe de l'unité du cerveau. Les lobes cérébraux concourant par tout leur ensemble à l'exercice de leurs fonctions, il était naturel, dans cette hypothèse, qu'une de leurs parties pût suppléer l'autre.
Mais en 1861, la belle découverte de Broca, assignant à la fonction du langage articulé le pied de la troisième circonvolution frontale gauche, rendit tout son prix à la théorie des focalisations, de sorte qu'il put dire avec une certaine assurance: « Nous savons que toutes [es parties du cerveau proprement dit n'ont pas les mêmes fonctions; que l'ensemble des circonvolutions ne constitue pas un seul organe, mais plusieurs organes ou groupes d'organes, et qu'il y a dans le cerveau de grandes régions distinctes correspondant aux grandes régions de l'esprit (1). »
Après le fait fondamental découvert par Broca et qui est comme la base de la théorie scientifique moderne des localisations cérébrales, nous arrivons aux éminents auteurs qui ont fait le plus pour l'établissement définitif et la confirmation de ces localisations : Frischt et Hitzig.
(1) Mèm. iianlhrop., 1, 155; BulU'lin. n. l£8j!
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Ce qui fit l'importance de leur découverte est dû en particulier à l'application de leur méthode.
Jusqu'à eux, tous les auteurs avaient considéré la matière cérébrale comme inexcitable ; leur théorie, justement, est basée sur la connaissance des propriétés de l'écorce cérébrale, dont ils prouvèrent l'excitabilité pour certaines parties, ainsi que sur la démonstration de l'existence, dans cette écorce, de centres ou foyers circonscrits. « On peut se représenter, disaientils, Pécorce entière du cerveau comme divisée en un certain nombre de territoires d'égale grandeur et ces territoires reliés entre eux et avec les gros ganglions centraux par des faisceaux de fibres. Leur aire formerait le substratum matériel de toutes les forces dont le mode de manifestation nous est connu sous le nom de fonctions psychiques. »
On connaît à peu près généralement leurs expériences qui consistaient à exciter au moyen d'électrodes telles ou telles parties du cerveau. Ils réussirent à déterminer ainsi l'emplacement des centres moteurs chez le chien sur la partie antérieure des hémisphères, dans la région qui s'étend en avant et en arrière de la courbe au-dessus de la scissure de Sylvius.
Afin de résoudre expérimentalement la ques-
Dontchef-Dezeuze. 10
H6 l'image et les réflexes conditionnels
tion du rôle des différentes parties de l'écorce, ils procédèrent à l'extirpation, dans cette écorce, des parties circonscrites dont les fonctions avaient été exactement connues et démontrées par l'excitation électrique. Le résultat de cette expérience, à laquelle assistaient Munk et Nasse, donna lieu à la conclusion suivante : que la destruction de l'écorce grise détruisait la faculté des mouvements volontaires dans les points où l'électrode avait, lors des premières expériences, provoqué des mouvements de certains muscles ou membres correspondant aux parties excitées. C'était là un fait concluant.
En outre de cette découverte des centres sensitivo-moteurs, c'est encore à Hitzig que Ton doit, au point de vue expérimental, la découverte de la localisation du centre cortical de la vision dans le lobe occipital.
Grâce à eux, l'étude scientifique des fonctions du cerveau entrait dans une nouvelle phase.
En effet, depuis lors un grand nombre de physiologistes consacrèrent leur talent ou leur génie à l'importante question des centres corticaux et au problème si vivant d'intérêt de la localisation des fonctions psychiques.
Nous ne donnerons pas le détail de leurs o\-
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périences, car nous devons circonscrire la question pour ne pas nous écarter outre mesure de notre sujet ; nous nous bornerons à comparer quelques-uns de leurs résultats avec les résultats obtenus au laboratoire de Pavlov.
En premier lieu et justement à cause de la clarté et de la fermeté de ses conclusions, nous citerons Munk qui reconnaît formellement chez le chien, dont nous nous occupons ici, l'existence d'une sphère visuelle située dans l'angle postéro-supérieur des hémisphères.
Si Ton opère des deux côtés l'ablation de cette région, il s'établit une complète cécité, telle, que l'animal ne réagit à une très forte intensité lumineuse, autrement que par la contraction des pupilles. Munk nomme cette cécité, cécité corticale ; à l'ablation d'un seul côté seulement de cette sphère visuelle survient une demi-cécité corticale, lors de laquelle le quart externe de la rétine de l'œil correspondant et les trois quarts internes de l'œil opposé apparaissent comme aveugles au lieu de jouir de la vision claire.
Ensuite, à peu près au milieu de la sphère visuelle, Munk distingue (dans la scissure calcarine) une petite partie de l'écorce AA, à l'ablation de laquelle survient la cécité corticale de l'œil opposé, au lieu de la vision claire, en
même temps qu'une cécité nommée psychique lors de laquelle le chien voit tout, mais ne reconnaît pas les objets, qu'il connaissait auparavant.
D'ailleursces phénomènes de cécitépsychique disparaissent au bout de quelques jours, ce que Munk explique par la faculté que possèdent les autres éléments de la sphère visuelle de recevoir et de conserveries images visuelles qui étaient auparavant conservées dans les éléments enlevés. Ayant remarqué que le lieu de la vision claire était en rapport avec une partie déterminée de l'écorce cérébrale, Munk trouva ensuite que les autres parties de la rétine sont aussi en rapport avec d'autres parties déterminées de la sphère visuelle.
Goltz apparaît comme le plus violent contradicteur de Munk.
Avant tout, il montre que les troubles visuels surviennent, même lors de la destruction des parties antérieures du cerveau et partiellement dans la région nommée le « centre facial de Hitzig ». En général, dans ses premiers travaux, Goltz nie absolument l'existence d'une limite quelconque pour le centre visuel et. par conséquent, soutient le point de vue voisin de celui de Flourens ; c'est seulement dans ses derniers travaux qu'il reconnaît que les Lobes
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occipitaux ont une grande relation avec la vision et la partie antérieure du cerveau avec le mouvement. Mais il ne peut s'accorder avec les auteurs qui admettent cette relation comme exclusive.
Ainsi Goltz, lors de l'ablation des lobes occipitaux, a observé, à part des troubles visuels, des troubles auditifs, olfactifs et tactiles. Un tel état d'abaissement de l'excitation de tous les organes des sens est caractérisé par lui sous le nom « d'imbécillité ».
De sorte que le trouble visuel qu'on remarque lors de l'ablation des lobes occipitaux, n'est pas considéré par lui comme une cécité, mais seulement comme une faiblesse visuelle, expliquant cela par le fait que le chien voit tout, mais seulement comme à travers une teinte grise ou dans un brouillard. Goltz n'a pas remarqué de complète cécité lors d'une entière ablation des deux hémisphères ; un tel chien (probablement le fameux chien décérébré) distinguait une forte clarté, car il clignait des paupières et détournait la tête. Comme conclusion à ses nombreuses observations, Goltz exprime l'opinion que l'on ne peut attribuer aux hémisphères cérébraux la signification de centres sensitifs ou moteurs, parce que ces fonctions s'accomplissent au moyen des gan-
glions subcorticaux et que lors des lésions de l'écorce cérébrale, il ne survient qu'un arrêt de l'activité de ces ganglions; les hémisphères cérébraux serviraient d'organes de la compréhension, de la mémoire, de l'imagination et, en général, d'organe de l'intelligence pour l'animal.
Lœb, d'ailleurs élève de Goltz, partage et soutient, en ce qui concerne le rôle de l'écorce et des ganglions subcorticaux, l'avis de ce dernier.
Il se sépare de Goltz seulement lorsqu'il s'agit de l'état que celui-ci désigne sous le nom de faiblesse visuelle cérébrale. De l'avis de Lœb, les troubles de la vision dans n'importe quelle lésion de l'écorce ont le caractère d'une hémiambliopie ; lors de grandes destructions, telles que celles opérées justement par Goltz, se joint encore à cela « l'imbécillité » à la suite de laquelle le chien ne sait plus se servir de la partie normale de la rétine.
Lœb montre ensuite que, lors de l'ablation des différentes parties de l'écorce cérébrale, qui ont été présentées par quelques autours, tels que Munk et Ferrier, comme ayant une relation indubitable avec la vision, il a obtenu quelquefois un trouble de la vision, tandis que parfois ce trouble ne se produisait pas : ee
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trouble d'ailleurs présentait toujours un caractère d'hémiambliopie, de sorte que l'endroit de la vision claire, ou bien n'était nullement lésé, ou bienn'était altéré qu'à un degré remarquablement moindre. Enfin Lœb nie formellement l'existence d'une cécité psychique dans le sens de Munk ; selon lui, on peut expliquer entièrement par l'existence de l'hémiambliopie le fait de l'impossibilité pour l'animal de percevoir, c'est-à-dire de reconnaître les objets auparavant connus de lui.
Parmi les auteurs russes, celui qui s'est le plus occupé du centre cortical visuel est le professeur Bechterev. La simple sensation lumineuse, de l'avis de Bechterev, se produit dans les ganglions subcorticaux, les sensations visuelles plus complexes doivent être rapportées à l'écorce.
Deux centres visuels doive ntêtre distingués, en particulier, dans l'écorce : l'un servant pour les sensations simples se trouve à la surface interne des hémisphères, l'autre servant à l'élaboration psychique des sensations simples et à la conservation des images visuelles se trouve à la surface externe des hémisphères.
Bechterev n'assigne pas de dimensions exactes à l'un et à l'autre centre, mais il indique, cependant, que ce centre, par ses dimensions,
surpasse de beaucoup la sphère visuelle de Munk. Ainsi, lors de l'ablation de l'écorce à la surface externe, l'on obtient ce que Ton nomme « la cécité psychique » qui survient peu à peu, tandis que, lors de l'ablation de la surface interne, il s'établit une cécité complète et durable.
Dans la suite, le docteur Agajdaniantz, travaillant au laboratoire de Bechterev, après avoir confirmé les positions de ce dernier, montra encore que les deux centres, aussi bien à la surface externe qu'interne, doivent être divisés en deux parties : antérieure et postérieure, et que la partie antérieure a une grande relation avec la vision centrale, tandis que la partie postérieure en a une plus grande avec la vision périphérique. Jusqu'ici, dans les méthodes employées par les différents auteurs, les diverses excitations tendaient à provoquer une réaction motrice, c'était l'unique critérium indiqué pour la vérification de l'efficacité des excitants et de la détermination des relations supposées entre les organes sensoriels et telles ou telles parties de l'écorce.
Avec l'école de Pavlov, l'innovation dans ce genre de recherches consista dans l'application de la Méthode des réflexes conditionnels de la glande salivaire, qui présentait au point de vue
de la réaction l'immense avantage de la simplicité.
Tikhomirov et Orbéli entreprirent des travaux de ce genre ; l'un et l'autre constatèrent, lors de l'ablation de l'écorce de la région pariétale, la disparition de réflexes conditionnels à l'excitation mécanique de la peau. Piménov, lors d'une ablation des lobes occipitaux, put remarquer que la lumière cessait d'agir en qualité d'extra-excitant.
Les expériences de Makhovsky concernant la sphère auditive de Munk, à l'ablation de laquelle disparurent au cours des expériences les réflexes conditionnels auditifs, présentent un très grand intérêt au point de vue qui nous occupe.
Mais c'est surtout Toropov, parmi les élèves de Pavlov, qui s'est le plus occupé de la question.
Nous connaissons déjà ses expériences; nous savons qu'il obtint, lors de l'ablation des lobes occipitaux et selon l'étendue de la destruction, d'abord la disparition de la vision des objets, ensuite celle des mouvements, enfin celle de la lumière. De plus, lors de l'ablation d'une certaine étendue de la région occipitale, comprenant des parties de la région pariétale et temporale, il constata une complète surdité.
Il put ainsi affirmer, contradictoirement à Goltz, que les excitations auditives et lumineuses dépendent de Fécorce et non des ganglions subcorticaux.
Quant à la question de la détermination des autres centres, entrant dans la constitution de Farc réflexe conditionnel, centres des diverses autres surfaces réceptives, nous F avons dit, l'on fait encore seulement les premiers pas au laboratoire de Pavlov.
Pourtant les essais tentés jusqu'ici et dont les résultats sont d'une clarté et d'une rigueur absolues, permettent d'espérer de nouvelles données, plus nombreuses et non moins sûres, qui apporteront, enfin, une consécration complète et définitive pour certaines déterminations encore discutées des centres corticaux et de leurs fonctions.
Il ne faut pas en effet ajouter une importance trop considérable aux désaccords et aux résultats très dissemblables, parfois, des différents auteurs ; ils tiennent le plus souvent, nous Favons vu à plusieurs reprises au cours de ce travail, à des questions de procédés et de méthodes. Au fond, tout dans les recherches expérimentales dépend de la méthode, car c'est elle qui donne les résultats. On a vu des résultats tellement différents sur des questions
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semblables, les uns niant formellement ce qui plus tard était définitivement établi par d'autres, obtenus au moyen d'une méthode plus ingénieuse, mieux comprise, mieux adaptée, que Ton peut vraiment, sans exagération, assigner à la méthode une importance de tout premier ordre dans les questions scientifiques.
En tenant compte de cela et d'après les résultats obtenus par l'Ecole russe, résultats concordant avec le plus grand nombre des opinions autorisées que nous avons citées, il ne nous semble pas trop prématuré de tirer certaines conclusions défaits déjà acquis.
Si donc, comme nous venons de le voir, la destruction de tel ou tel centre entraîne l'impossibilité, pour l'animal, de percevoir les excitations des organes sensoriels correspondants, il faut bien convenir que c'est surtout à la disparition de l'image impliquée dans les perceptions qu'est due cette impossibilité. La sensation brute, simple, que l'on pourrait supposer encore possible schématiquement, grossièrement au moyen des organes de la vie végétative et de ce qui reste intact de l'appareil périphérique, permet à l'animal de réagir à une grande clarté par la contraction des pupilles ou le clignement des paupières.
Mais ce qui est la conscience de la sensa-
tion, mais la perception, la reconnaissance des objets connus de lui avant l'ablation, tout cela est complètement perdu. La conséquence de la lésion ou de la destruction des territoires sensitivo-moteurs visuels implique donc la perte totale ou partielle des images. Il en est de même s'il s'agit du centre auditif.
C'est, par conséquent, expérimentalement que l'on peut affirmer ce que nous disions plus haut, à savoir : que l'image et la perception ainsi d'ailleurs que la sensation véritable ont les mêmes conditions centrales. Il reste bien évident en effet, d'après les faits rapportés, que si l'excitation ne peut être, malgré l'intégrité des voies périphériques conductrices, transmise à un centre cortical aboutissant, il est impossible que se forme la sensation complète, encore moins la perception et l'image qu'elle implique et nécessairement l'image évoquée ou associée en qualité de représentation concomitante. Du moment que manque dans l'écorce le centre de telle ou telle fonction sensorielle, il manque, de par cela même, l'organe nécessaire à la fonction psychique correspondante, ainsi qu'aux différents aspects de cette même fonction. L'excitation, en ce cas, se borne à la périphérie, mais il y a impossibilité matérielle, absolue pour Tanimal, de la reconnaître, justement
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de par l'absence des conditions centrales. Nous avons vu disparaître peu à peu, selon la grandeur de l'ablation chez les trois premiers chiens de Toropov, d'abord la reconnaissance et même la vision des formes, puis celle des mouvements, enfin celle de la lumière en même temps que la perception des sons.
Cependant ces excitations étaient bien connues avant l'opération, leur image renaissait aisément, amenant, avec la suite de leurs représentations concomitantes, le réflexe salivaire.
Or, il a suffi d'enlever telle ou telle portion de l'écorce pour abolir à la fois la perception, l'image et le réflexe sécrétoire. De sorte que l'image gustative, lors même de la parfaite intégrité du territoire cortical où elle siège, où elle est rappelée comme la principale des représentations de l'image impliquée des perceptions évocatrices, l'image gustative semble, elle aussi, avoir disparu.
Nous savons cependant qu'il n'en est rien puisqu'elle subsiste encore dans d'autres combinaisons.
Et c'est là une preuve nouvelle, que nous fournit la physiologie, de l'existence de régions circonscrites et affectées dans l'écorce aux diverses fonctions psychiques, en même temps que de l'identité des conditions centrales
pour l'image, la perception et la sensation.
Pourtant une objection est à prévoir. C'est celle dans laquelle interviendrait, d'une façon quelconque, tel ou tel centre d'association dans la composition de Tare réflexe conditionnel.
On connaît depuis Flechsig l'existence de ces trois grandes zones d'association découvertes au moyen de la méthode embryologique par la myélinisation des fibres nerveuses de l'écorce. Elles occupent dans le cerveau humain les deux tiers de l'étendue de l'écorce et ne contiennent que des cellules du type général à cinq couches. Ces territoires ne sont pas en rapport direct avec les fibres ascendantes de la sensibilité générale et ne se myélinisent que fort tard, les derniers après la naissance.
Flechsig a développé, à leur sujet, des idées certainement vraies dans les points essentiels, qui reposent sur la division faite entre les centres corticaux de projection et d'association.
Les premiers, abondamment reliés à la périphérie par des voies nerveuses centripètes et centrifuges, ou encore directement à La moelle ou aux masses mésocéphaliques, produisent, s'ils sont excités, lésés ou détruits, des troubles apparents dans les régions correspondantes, leur destruction entraîne même l'anéantissement des fonctions de ces mêmes organes.
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Au contraire, lescentresd'association, n'ayant de relation qu'avec les centres de projection par des fibres d'association, peuvent être lésés ou détruits sans qu'ait lieu ni anesthésie, ni paralysie : ils n'occasionnent que des troubles dans les manifestations cérébrales, troubles spécialement qualifiés de psychiques.
Les centres d'association ne peuvent agir sur la périphérie du corps ni en recevoir d'impression que par l'intermédiaire des centres de projection. C'est dans les centres d'association et non dans les centres de projection, que toute sensation laisserait, d'après Flechsig, une empreinte durable constitutive du souvenir, là que les sensations venues des divers centres de projection se fusionneraient, se mettraient en rapport, de façon à constituer les diverses manifestations de la vie intellectuelle: langage, idéation, etc.
Et voici qu'une question se pose immédiatement en ce qui concerne notre sujet. Existe-t-il, chez l'animal supérieur, chez le chien en particulier, des centres d'association?
Or, Flechsig qui a découvert les centres d'association par la méthode embryologique et la myélinisation, n'a pas fait, du moins à ce que nous sachions, d'expériences particulières sur le chien.
Ayant attribué, fort justement, à ces zones d'association le privilège des fonctions supérieures intellectuelles, il a en outre reconnu soit leur absence chez les animaux inférieurs, soit leur existence à l'état de confusion histologique chez certains, soit enfin, chez les animaux supérieurs, leur exiguïté, leur imperfection et l'imprécision de leurs limites, hormis chez le singe dont le cerveau, par sa structure et son aspect, se rapproche infiniment du cerveau humain.
Par suite, en admettant que ces zones associatives existent chez le chien, et que leurs dimensions soient suffisantes pour qu'on puisse leur attribuer une activité assez étendue chez cet animal, nous pouvons nous demander s'il y a lieu vraiment de les faire intervenir dans les phénomènes auxquels sont dus les réflexes conditionnels.
Les quelques rares faisceaux de fibres, qui associent directement entre eux les centres de projection, nous paraissent suffire aux conditions du processus, qui s'effectuerait ainsi:
Une excitation sensorielle étant donnée à la périphérie, atteindrait, par les voies conductrices, le centre nerveux cortical correspondant, éveillant l'image de la sensation une première fois éprouvée ; l'excitation se transmet-
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trait ensuite, au moyen des traces laissées par une première impression sur les fibres, associant entre eux le centre excité et le centre gustatif, ressuscitant ainsi la sensation gustative.
Il s'établirait une relation entre les deux centres, relations fondées sur la reviviscence d'une association d'images.
Il n'y a aucun travail effectué sur ces données simples et c'est ce qui semble écarter, ici, l'intervention des centres d'association ; même lorsqu'il s'agit de réflexes conditionnels basés non sur le réflexe inconditionnel, comme cela se passe à l'ordinaire, mais encore sur un autre réflexe conditionnel.
Autrement dit, si l'excitation auditive par exemple, pour provoquer le réflexe, doit encore éveiller à part la représentation gustative, une autre représentation que nous supposerons visuelle, rien n'empêche qu'il s'établisse, de la même façon que nous l'avons décrit plus haut, une relation entre les trois centres pour que l'arc réflexe se produise.
Nous avons tâché de démontrer, par notre définition des caractères de l'image, que la mémoire associative chez l'animal, tout au moins tant que n'intervient pas un processus de différenciation, se réduit à une association
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d'images, et que cette association est justement la chose la plus élémentaire dans le processus générique intellectuel, en ce qu'elle peut être ramenée tout entière à ce caractère de l'image, propre à toutes les images en général, de reparaître toujours accompagnée de représentations concomitantes.
Cette concomitance des représentations que Tintrospection nous découvre presque constante chez l'homme dans le processus de l'image mentale, nous apparaît chez l'animal, dont l'écorce est surtout composée de sphères de sensibilité, comme ce qui constitue essentiellement la mémoire élémentaire qui n'est ainsi, chez lui, qu'un complexusde représentations associées.
Il ne faut donc pas, selon nous, faire intervenir, ici, l'activité de centres d'association, après tout peut-être hypothétiques chez le chien, ni parler d'association d'idées, ce qui semble peu fondé et malencontreux lorsqu'il s'agit simplement d'association d'images, phénomène de beaucoup plus simple en réalité.
Reste le processus de la différenciation. Ici, nous n'oserions affirmer que tout se passe de la même façon. Il est même probable qu'une complication intervient dans ce phénomène plus complexe.
Mais nous ne saurions dire exactement en quoi consiste cette complication, d'où elle provient, ni de quelles conditions elle dépend.
Nous ferons observer, cependant, que Pavlov, décrivant le mécanisme des analysateurs, dont il fait dépendre la différenciation, ne fait aucune allusion à la nécessité d'une action des centres d'association.
Dans son article les Sciences naturelles et le cerveau, il s'exprime ainsi : « L'étude objective des analysateurs a rendu de grands services dans l'étude des lésions expérimentales des hémisphères cérébraux. Dans ces expériences on a découvert un fait précis et important: plus gravement se tro uve lésée l'extrémité cérébrale d'un analysateur, plus son travail devient grossier. » Nous savons de plus que Pavlov définit ainsi l'analysateur : un mécanisme nerveux complexe, qui commence par l'appareil réceptif externe de tel ou tel sens donné et se termine au cerveau, tantôt dans ses centres inférieurs, tantôt dans ses centres supérieurs, et dans ce dernier cas, d'une façon infiniment plus compliquée. Mais nous ignorons, car il ne nous le dit pas, ce qui constitue la complication mentionnée.
Toutefois, un exemple donné par lui, de l'imperfection du travail d'un analysateur, après
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une lésion de son extrémité cérébrale, n'indique nullement qu'il songe à l'intervention des centres d'association.
«Si Ton détruit, dit-il, l'extrémité cérébrale de l'analysateur visuel, telle ou telle intensité de clarté reste facilement un excitant conditionnel, mais les objets particuliers, les combinaisons de la lumière et des ombres perdent pour toujours leur action spéciale excitante (1). »
Il est fort possible, après tout, que, dans les centres de projection même, se trouvent les conditions centrales, nécessaires et suffisantes pour la différenciation. C'est là une opinion exprimée par M. Matisse dans un fort intéressant petit livre : U Intelligence et le Cerveau.
« Il y a en effet, dit-il, dans une même région de l'écorce cérébrale, plusieurs strates superposées.
« Rien n'indique que ces strates aient identiquement la même fonction. Au contraire, la notion de différenciation fonctionnelle des centres nerveux semble devoir être étendue, pour l'écorce cérébrale, non seulement à sa surface mais aussi à son épaisseur. »
(1) Les sciences naturelles et le cerveau. Journal de psychologie, janv.-fév. 1912.