‹ L'image et les reflexes conditionnels dans les travaux de Pavlov;Chapitre 19 sur 22 · DIFFÉRENCES ENTRE LIMAGE ET LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES ENTRE LIMAGE ET LA PERCEPTION

Cette identité des conditions centrales a rapproché singulièrementlasensation, la perception et l'image, les phénomènes primitifs et secondaires. De plus, jusqu'à présent nous n'avons cessé de mettre en lumière leurs conditions identiques et l'on pourrait peut-être nous reprocher une systématisation trop absolue dans ce rapprochement.

Aussi bien, et quoique nous ayons évidemment beaucoup insisté sur les faits appuyant nos observations, nous ne laisserons pas que de reconnaître les différences réelles qu'il est impossible de ne pas apercevoir dans les phénomènes psychiques dont nous nous occupons.

Les différences, d'ailleurs, sont aussi nettement indiquées par la Méthode des réflexes conditionnels, que les ressemblances qu'elle a

permis de constater dans les mêmes phénomènes.

Dans le chapitre consacré au réflexe conditionnel sialogène, les différences et les modifications de ces réactions, correspondant aux différences et aux modifications de la perception et de l'image, sont décrites et mentionnées.

De ces modifications, parfois donnant lieu à des disparitions totales de la réaction, nous avons pu conclure que l'image est, relativement à la sensation, fugitive, inconstante, parfois vague pour des causes extérieures ou intérieures, alors que la perception au contraire est stable et assurée.

En outre, l'image est évoquée par des associations quelquefois inattendues : nous avons constaté l'effet d'excitants insolites, inhabituels, accessoires ; le plus souvent, il est vrai, elle est amenée par des associations habituelles et c'est ce qui permet de parler de lois scientifiques déterminant les phénomènes psychiques. Mais il ne faut pas se dissimuler, non plus, que son action présente, relativement à celle de la perception, un caractère bien marqué de discontinuité. Si elle n'est pas rappelée, à de certains intervalles, par la réalité tangible de la sensation, elle peut même finir par ne

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plus reparaître, du moins avec tout ce qui constitue son caractère actif, qui, à un moment donné, Fa, à un tel point, rapprochée de la sensation.

Certains travaux de Zéliony, résumés dans un intéressant mémoire : Pour servir à V analyse des excitants complexes des réflexes conditionnels (1), montrent dans la perception un commencement d'abstraction : le système nerveux de l'animal semble faire un choix conscient entre deux excitants donnés, alors que ce caractère, bien qu'il se retrouve dans l'image, n'y reparaît qu'à un moindre degré.

Zéliony, ayant observé que dans la vie habituelle de l'animal, les réflexes conditionnels naturels sont rarement dus à un seul excitant, car en général, dans ce cas, plusieurs excitations agissent simultanément sur différents organes réceptifs, décida de rechercher si, après avoir élaboré un réflexe à l'action d'un total d'excitants, l'action isolée d'un seul de ces excitants produirait ou non le réflexe.

Dans ce but, il élabora un réflexe condition- , nel au son AL d'un diapason à vent combiné à la lumière de trois petites lampes électriques (de 16 bougies).

(1) Zéliony, avril 1910. Typograph. de l'Académie impériale des Sciences, Saint-Pétersbourg.

Une fois le réflexe complexe solidement établi, il commença à éprouver le son A4 sans la lumière et non seulement il obtint la sécrétion dès la première épreuve, mais encore le réflexe ne se distinguait en rien, c'est-à-dire était aussi intense que le réflexe conditionnel complexe.

Mais il en fut tout autrement lorsqu'il procéda aux mêmes épreuves pour la lumière seule : aucun réflexe ne se produisit ou presque, car la sécrétion fut absolument insignifiante.

Cependant, ce commencement d'abstraction que l'on peut reconnaître dans la perception qui saisit l'élément le plus intense de l'excitation et néglige les autres, se rapporte à ce fait sur lequel nous avons insisté pour les expériences d'Orbéli, justement au degré d'intensité de l'excitation. L'intensitéd'un phénomène, disions-nous, force nécessairement l'attention, condition généralement indispensable pour la mémoire.

Ceci, d'ailleurs, s'éclaire encore mieux à la suite d'un fait observé et rapporté par Zéliony. lors d'une expérience basée uniquement sur des excitants auditifs.

Lors de la formation d'un réflexe complexe à l'accord de deux tons d'égale intensité, les deux tons jouissaient de la propriété de provo-

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quer, chacun pris isolément, une sécrétion salivaire de même intensité. Mais si l'on formait un réflexe conditionnel à la somme de deux tons, l'un fort, l'autre faible, lors de l'épreuve isolée du son fort on obtenait le même réflexe qu'à l'excitant complexe, tandis qu'on n'obtenait rien, ou presque, au son faible.

L'on peut donc supposer, en ce qui concerne la première expérience au moyen du réflexe complexe au son + la lumière, que le son est, pour l'animal, l'excitant le plus fort. De même que l'on peut en conclure que cette faculté d'abstraction de la perception peut être transmise par celle-ci à l'image, si le degré d'attention a été suffisamment élevé au moyen d'étayements successifs.

Zéliony est arrivé aussi à créer un réflexe à un total d'excitants lumineux et auditifs, dont aucun, pris isolément, ne provoquait la sécrétion. Cela au moyen d'étayements systématiques et successifs des complexus d'excitants, alors quïl répétait inlassablement les excitants isolés sans les étayer.

Le total d'excitants solidement établi comme agent conditionnel, dit Zéliony, permet de supposer que la lumière, agent faible, ne provoquant à l'état isolé aucune sécrétion, agit au contraire dans le complexus, en qualité de

désenrayement conditionnel du réflexe au son isolé, éteint au moyen de la répétition.

Toutes ces expériences de Zéliony, sur les réflexes conditionnels complexes, sont extrêmement intéressantes et donnent lieu à de multiples observations.

Elles nous ont permis de constater que l'image, en opposition à la perception, présente parfois, mais parfois seulement, le caractère d'un complexus vague, qui peut d'ailleurs arriver à s'évoquer plus ou moins nettement, si un état affectif, déterminant l'attention, n'intervient pour le préciser.

Toutefois, ces conditions considérées après les résultats positifs des nombreuses expériences que nous avons rapportées et où l'intervention de l'image apparaît non seulement comme incontestable au point de vue psychologique, mais encore se traduit en vivante réalité, semblent ne faire, en somme, de l'image et de la perception que deux états successifs d'une même chose psychique.

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