INTRODUCTION
Nous n'entreprendrons point, ici, de justifier la légitimité et la valeur de la psychologie animale. Nous laisserons de côté les polémiques vaines qui ont essayé d'en démontrer l'inutilité; on est d'ailleurs entièrement revenu aujourd'hui sur ces opinions erronées et la question est complètement résolue. Notre but consistera, seulement, à indiquer l'importance, au point de vue psychologique, des travaux du célèbre physiologiste russe J. P. Pavlov et de ceux de ses élèves.
Actuellement, l'on est plus que jamais convaincu que les méthodes expérimentales, seules,
Dontciief-Dezeuze. 1
peuvent nous donner des explications exactes et sûres sur les phénomènes psychologiques. Cependant, loin de rejeter absolument, comme le voudrait Pavlov, les données existantes et décelées au moyen des méthodes d'introspection, données qui sont en somme le capital d'origine de la psychologie, nous nous proposons au contraire, autant bien entendu qu'il le sera en notre pouvoir, de faire servir ces dernières à l'interprétation des faits obtenus par les expériences physiologiques et les travaux du laboratoire de J. P. Pavlov, de même que nous pensons voir s'expliquer, d'une façon plus exacte et plus scientifique, de par ces mêmes travaux rapportés, les faits psychiques, dès longtemps connus par l'introspection. Ce dernier point de vue est d'ailleurs admis par Pavlov et ses élèves. Zéliony entre autres, dans une introduction à son travail sur les Réactions du chien aux excitations auditives, comparant les diverses méthodes usitées en psychologie à la méthode purement physiologique, termine ainsi :
« Tout ceci ne veut pas dire que le psychologue ne puisse utiliser, pour son hul o! s. > recherches, un matériel purement physiologique. Il me semble, au contraire justement , que les données d'an travail purement physio-
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logique seront d'un grand profit au psychologue. »
D'autre part, M. N. Kostyleff, dans un article consacré aux travaux de l'École russe, a regretté la négligence des savants de Saint-Pétersbourg à l'égard des données de l'introsoection. « Il faut, disait-il, expliquer comment un processus moteur se rapporte aux données qui nous sont fournies par l'introspection et que nous appelons images mentales ou pensées (1). »
Antérieurement à la lecture de cet article, alors que nous avions déjà élaboré le plan de ce travail, nous partagions, sans la connaîtra, l'opinion de cet auteur. Pourtant, l'attitude de Pavlov, à la considérer d'une façon plus approfondie, est, malgré tout, jusqu'ici fort compréhensible.
Il tient à rester sur le domaine « naturaloscientifique », selon sa propre expression, afin de ne point embarrasser les faits obtenus objectivement, de données subjectives superflues^ tout autant du moins qu'il restera sur le terrain expérimental. Il eût été bien difficile, d'ailleurs, de faire intervenir dès le début, dans cette voie de recherches, des données introspectives s'appliquant, en somme, sans aucune autre cer-
(1) Kostyleff, Les travaux de l'École russe.^ Rev. phil.,
titude de vérification que l'analogie, puisque les sujets de ces expériences sont uniquement des animaux.
<( C'est l'étude des mouvements des animaux qui peut nous renseigner sur les états internes de ceux-ci ; mais combien dangereuses sont les déductions tirées des ressemblances analogiques », dit M. Bohn, dans son beau livre la Naissance de V intelligence.
Un exposé des inconvénients de l'analogie ne rentre pas dans notre sujet. Nous avons voulu simplement justifier en un sens, par ces quelques mots, l'attitude exclusivement objective prise par Pavlov.
Pour nous, qui nous bornerons à exposer des faits et à interpréter des résultats, le procédé reste moins dangereux. Il n'y a aucunement à redouter dans de telles conditions l'influence, nuisible pour une recherche scientifique, d'interprétations et de directions forcément ou involontairement empreintes de subjectivisme et de psychologie.
D'ailleurs, c'est seulement après un certain nombre de résultats concordants, que l'on peut admettre des explications réciproques, pour combiner en une seule et même traduction un seul et même phénomène à la fois physique et psychique. Cela est possible aussi, loin
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du terrain des expériences, en considérant les résultats obtenus et l'enchaînement des faits» — Une fois tout ceci admis, il nous a semblé qu'il n'était pas sans profit pour nous de rechercher, dès maintenant, ce que peut donner, au point de vue de l'étude de l'image mentale, l'étude des différents processus du réflexe conditionnel, connu en physiologie sous le nom de « réflexe psychique ».
A notre avis, les travaux de l'École russe sont la meilleure et la plus réelle des preuves, attestant l'existence, si souvent et si passionnément discutée, de l'image mentale.
Qu'on dise, avec Taine, qu'elle est « le substitut de la sensation » ; avec Duprat, « qu'elle est un état du moi » ; avec Bergson, « une certaine existence qui est plus que ce que l'idéaliste appelle une représentation; mais moins que ce que le réaliste appelle une chose, — une existence situéeà mi-chemin entre la « chose » et la «représentation» ; qu'on en fasse avec W.James « le centre d'un halo de phénomènes psychiques » ; qu'on lui distingue avec Philippe plusieurs fonctions, les travaux de Pavlov et de son école seront encore la meilleure et la plus solide réponse à opposer aux négateurs de l'image mentale. Aussi bien à ceux qui la nient absolument, comme Moutier, dans sa thèse
sur V Aphasie de Broca (1907-1908), affirmant « qu'on ne peut définir l'image, qu'elle échappe à toute analyse, à toute réalité » , « qu'elle n'existe pas », qu'à ceux qui tels que Leroy (1) contestent en partie son existence, en invoquant l'intermittence du phénomène qu'elle présente ; comme si l'intermittence n'était pas le propre de tous les phénomènes psychiques, aussi bien, d'ailleurs, que des phénomènes biologiques, (ainsi que l'a montré M. Bohnpourles tropismes, négatifs et positifs).
L'exposé des expériences du laboratoire de Pavlov et des résultats obtenus, suffira, du moins, nous l'espérons, à établir et l'existence de l'image et sa force, égale souvent à celle de la sensation.
S'il est encore difficile et s'il semble parfois contestable, de démontrer que l'image est la base primordiale de la pensée, du moins, en remontant l'échelle des êtres animés, peut-être concédera-t-on qu'elle est la première étape, dans la limite de l'imagination reproductrice, du processus générique intellectuel .
(1) Le Langage, 1905 (Paris, Félix Alcon).