CHAPITRE II
FUSION DES IMAGES MENTALES
Le nombre de nos images mentales, si nous les conservions toutes, serait depuis longtemps incalculable. Pour bien des raisons, dont nous avons déjà vu quelques-unes, il n’en est pas ainsi ; et nous trouvons dès le premier examen, leur total bien inférieur à la somme immense de sensations et perceptions qui se sont succédées sans répit depuis l’origine de notre vie mentale.
Un rapide coup d’œil montre d’abord que la plupart de nos perceptions actuelles ne sont que d’anciennes impressions renouvelées et plus ou moins ravivées ; d’où résulte que leurs images tombent toutnaturellementdans les groupes antérieurement constitués par d’autres images analogues, où elles se fondent dans l'ensemble. Parfois meme elles y disparaissent complètement ; elles vivent alors da ns un lointain inconscient, où elles sont tellement vagues et faibles que nous ne pouvons meme pas les ramener à la conscience lorsque nous les désirons. Ainsi reléguées par delà les frontières naturelles de notre attention, elles dor-
ment dans ces régions subliminales qui, sans appartenir irrémédiablement à l’inconscient, échappent cependant à notre volonté directe. Ce ne sont pas encore des disparues, dont nulle trace ne persiste plus (est-il jamais de telles images après avoir été conscientes ?) : cependant elles ne nous obéissent plus et nous ne pouvons ni les réveiller ni les susciter directement. Parfois cependant, pour les ramener à la claire lumière de notre conscience, il suffira de certaines impressions ou associations qui les raniment brusquement, par un mécanisme très difficile à prendre sur le fait. Elles se représentent alors tout à coup, comme au hasard et sans lien ; mais nous les reconnaissons parfaitement, avec une telle précision qu’il nous étonne d’avoir pu si longtemps et si complètement les perdre de vue. Ainsi nous 11e pouvions plus les regarder ; mais elles pouvaient encore, sous des influences qui nous échappent, se montrer à nous et se faire voir. Elles n’étaient donc ni mortes, ni complètement disparues ; seulement, tel était leur éloignement du cours ordinaire de nos pensées, que sans ce rappel fortuit, nous les aurions à jamais ignorées.
C’est là un fait si fréquent, et les exemples en sont, pour chacun de nous, si nombreux qu’il subit de le signaler pour y rappeler l’attention — mais non pour l’expliquer.
Un examen mental ne saurait porter sur ces images qui sont, par définition même, des réfrac-
FUSION DES IMAGES MENTALES
taires. Il faut donc se borner à étudier celles qui nous restent proches et immédiates, toujours à notre disposition pour l’usage quotidien de la pensée. Celles-là reviennent au premier appel, ou sans grande recherche, dès que nous en avons besoin; nous sentons en nous qu’elles seront là, immédiatement, dès que nous voudrons revoir ce qu’elles représentent. Nous en avons le libre et facile usage, car elles sont au premier plan de la conscience.
Pour nous rendre à peu près compte de leur nombre, nous avons demandé à une dizaine de personnes, dont plusieurs appartiennent au même groupe que celui du chapitre précédent, de dénombrer elles-mêmes certains groupes de nos images mentales1. En particulier, nous leur avons posé les questions suivantes :
« Combien pouvez-vous retrouver d’images des objets suivants :