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Visage de votre mère

i. MM. J. Foucault et J. Clavicre ont bien voulu nous recueillir chacun trois observations, prises dans les mêmes conditions : ce qui porte le total à une quinzaine : élèves du laboratoire de psychologie, professeurs, étudiants, etc. (cf. le tableau, p. 69).

D... est un jeune homme de quinze ans; les autres sont des adultes. — 11 va sans dire que l’on proposait un seul objet à la lois, et qu il fallait retrouver de véritables images, et non un simple souvenir sans images.

(( Enumérez ces images par ordre d’importance, décrivez chacune d’elles telle qu elle vous apparaît, avec tous ses détails particuliers, de façon à bien l'individualiser, et la séparer nettement des autres. Signalez et décrivez aussi à la fin les images qui vous avaient d’abord échappé. »

Ce qui frappe tout d’abord, en parcourant les résultats de cet examen, c’est le petit nombre des images que l’on peut reconstituer avec leur physionomie propre, lorsqu’au lieu de regarder en gros l’ensemble du groupe, on les prend une à une.

Volontiers nous nous figurons que le nombre des images, pour chaque objet, est proportionnel à celui des représentations que nous en avons reçues, et nous croyons, par exemple, qu’en voulant penser à un cheval, il se présente d’abord l’image d’un cheval que nous ayons vu, puis celle d'un autre, suivie immédiatement d’autres encore à l’infini, jusqu’à ce que nous cessions d’y penser en donnant à l’esprit une autre direction. Et comme nous avons vu, depuis l’enfance, un nombre de chevaux presque infini, nous sommes tout portés à dire que leurs images en nous sont presque infinies, et que leur énumération complète donnerait une liste interminable.

En fait il n’en est pas ainsi.

La commune erreur, sur ce point, vient de contondre ordinairement les deux classes d’images distinguées ci- dessus, d’où l’on est conduit à croire que toutes les images qui pourraient se présenter vont revenir à premier appel si on le prolonge assez. Or l'examen attentif démontre au contraire Philippe 5

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que le nombre des images vraiment capables de revenir ainsi ne s’étend pas à l'infini, qu’il est meme assez limité et qu’on peut au moins approximativement l'évaluer.

Sans doute pour les objets ci-dessus, le nombre total des images qui furent, à diverses époques, imprimées en nous, reste égal à la somme des représentations conscientes que nous en avons prises depuis les débuts de la vie mentale.

Et ce nombre, on peut le déterminer approximativement pour des représentations aussi rares que celle de la Vénus de lMilo : il suffit de se référer aux circonstances de temps et de lieu où nous avons pu voir l’original ou les reproductions. Mais ce calcul serait déjà plus difficile pour le visage maternel, si l’on excepte certains cas particuliers. Et si nous choisissions la série de nos perceptions de cigarettes, comment en retrouver le nombre et vous énumérer toutes celles que nous avons vues ? A plus forte raison, comment apprécier la quantité d'épingles que nous avons regardées depuis ({ue nous sommes capables de les reconnaître et de nous en servir P Et cependant, leur total serait encore plus facile que celui des A majuscules vus par un habitué à parcourir quotidiennement, depuis des années, plusieurs pages d’impressions.

Ces dernières énumérations, si elles étaient possibles, formeraient des nombres indéfinis; faut-il en conclure que nos images correspondant à ces

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objets sont aussi en nombre indéfini, et que les images de la lettre A (celui des cinq objets que nous avons le plus souvent perçu) sont les plus nombreuses de la série étudiée? Cela serait si le nombre d’images conservées était, comme on le semble généralement croire, proportionnel à celui des images reçues ; mais cela n’est pas. Au contraire, il faut distinguer, comme nous l’avons déjà vu1, d’un côté les images immédiates à la conscience, et de l’autre, celles qui restent si loin qu’elles n’existent plus pour le fonctionnement volontaire de notre pensée et ne reviennent jamais quand nous en avons besoin et les désirons. Or cette dernière classe comprend la grande majorité des représentations quotidiennes journalières et que rien ne distingue.

Il ne faut donc pas croire que le nombre de nos images croisse avec celui des représentations correspondantes : loin de là, il est au contraire d’autant moindre qu il s’agit de représentations plus souvent renouvelées et qui nous figurent des objets plus usuels. La répétition ne multiplie pas les images : elle les généralise.

L’observation montre en effet (contre toute attente d’ailleurs), que les images sont d'autant plus rares que leurs représentations furent plus nombreuses et fréquentes. Loin de la renforcer en additionnant les éléments communs, le retour d’une image analogue à sa précédente affaiblit celle-

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