OBSERVATIONS
Obs. I (G. B ). — I. Vénus de Milo (original vu en 1880 pour la première fois). — Je vous avoue que je n’en ai qu’une image, du moins vue d’une certaine façon, du côté où elle me plaît le plus, de face : c’est là que je la vois de la façon la plus obstinée.
Celle qui me revient le plus est celle du Louvre : après elle, ce seraient les réductions en plâtre : j’en vois surtout un principe, celui au tiers. Les autres restent très vagues. J’en vois ainsi deux d’une façon très déterminée, plus une que je devrais voir et que je ne retrouve pas, et enfin une beaucoup plus vague, d’un très petit format, comme il y en a sur les parapets des ponts. Cette dernière est vague, parce qu’il y en a de plusieurs dimensions et qu’aucune pour ainsi dire ne se fixe : il yen a de 4o centimètres, d’autres de 3o, etc. (Les deux premières réductions sont précises parce que je les vois très distinctement : j’en ai l’image assez fixe dans la tète.)
i° Celle du Louvre que j’ai dessinée ou crois avoir dessinée,
Obs. II (E. G .). — I. Vénus de Milo. — i° J’ai d’abord une image qui date de 1882. Je la vois au Louvre : j’arrive en face : elle est dans une espèce d’hémicycle, avec des tentures derrière.
La lumière vient de gauche, parce qu’il y a là une grande fenêtre: je vois la statue de grandeur nature.
Elle est penchée sur sa hanche du côté droit, comme un cavalier; le cou est légèrement penché du côté gauche, et la figure regarde de ce côté : je vois de ce côté gauche le moignon qui s’enlève ; la jambe droite est rigide et porte le corps ; la jambe gauche est légèrement ployée et la draperie la dessine, et tombe droit sur la jambe gauche ; les deux pieds sont brisés, du moins le gauche est brisé, sans quoi il dépasserait (le socle).
La statue porte sur un petit socle de marbre : au milieu du socle, il y a un petit rond en creux. La coiffure : une raie au milieu, les deux côtés en bandeaux, passant derrière les oreilles et relevés par derrière
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je la vois très bien, à sa place, de l'ace, la tète tournée légèrement du côté gauche, la poitrine de face, la hanche de même, car il n’y a pas un mouvement très prononcé : lajambe droite, qui est repliée, se voit de face.
Comme taille, elle me produit l'effet d’être plus grande que nature : elle l’est d’ailleurs. Elle est éclairée de préférence sur sa droite (la lumière venant de gauche) : je me souviens vaguement d’une fenêtre de ce côté — il y a plus de deux ans au moins que je ne l’ai vue — (M. B... croit que le corps porte sur la jambe gauche ; je lui demande alors de dessiner la statue : il s’aperçoit en la dessinant que la jambe gauche est au contraire ployée). — A côté de la fenêtre je ne vois rien ; mais je me souviens vaguement, dans ce qui l’entoure, d’un fonds de draperie de velours qui doit être grenat. Pour le. reste je ne m’en souviens guère : je ne vois rien autour du piédestal et ne retrouve même pas comment il est. Peutêtre y a-t-il une grille autour, mais encore je ne la vois pas ; je crois aussi que la porte d’entrée à la galerie de droite est une simple tenture : mais c’est trop vague et je 11c vois plus bien.
Je remarque encore la teinte ambrée du marbre : le nez est rapporté. . .je lecrois du moins.. .
oui, il est rapporté et le pied ne l’est pas. — Ea draperie m’a toujours fait l’impression d’une draperie posée pour être collée
en tortillon, et sur le sommet de la tête les traces d’une tresse :
il me semble, du moins. Elle a la tète très petite : la draperie, qui pend, part au-dessous du nombril ; le pied gauche devait venir en avant, à cause de la manière dont il est brisé...
Je ne puis vous dire autre chose.
J’ai cité d’abord celle du Louvre parce que vous avez ajouté:
comme vous l’avez vue, au Lou vre. Sans quoi j’aurais vu d’abord celle de chez moi, puis celle du Louvre, parce que c’est un souvenir de provincial qui vient à Paris : même avant de l’avoir vue au Louvre, j’avais l’idée de la Vénus du Louvre.
20 Ensuite je vois une petite statue en bronze, de 3o centi mètres, qui appartient à un avocat de Marseille qui l’avait sur son bureau. Je l’ai vue en 1887 : on venait de la lui donner. Je la vois tournée vers la droite, parce que je l’ai regardée de ce côté, où le bras est tombant. Peut-être l’ai— je vue ainsi parce que j’ai essayé de la copier ainsi.
3° Une Vénus en plâtre de 1 mètre, avec les contours noircis par la fumée, que je vois dans une salle à manger, audessus d’un poêle ; puis sur une table de salle à manger, où elle est tournée comme j’ai vu celle de l’avocat.
Je l’ai toujours vue, mais pas toujours ainsi,
4° Une statue en bronze, à Paris, sur une cheminée, devant une glace : je la vois de face, posée sur un socle en peluche rouge .
au corps, c’esl-à-dire mouillée.
— ; — Je ne vois rien de plus, sauf les proportions de cette forme d’une femme robuste.
2° La deuxième est en plâtre, forcément : je la vois presque de trois quarts ou encore de profil (j'emploie ces expressions techniques parce qu’elles me viennent plus facilement) : la tète est légèrement dirigée vers la gauche, parce que je vois la statue de trois quarts prise sur sa. gauche — la jambe gauche repliée masque la plus grande partie de la jambe droite. L'épaule droite se voit très peu :
l’épaule gauche bien mieux. Le mouvement légèrement porté en avant du haut du corps s’accentue ; la taille est pliée très légèrement: elle est blanche.
Je l’ai vue (d’abord en 1890 ou 1891) et la vois toujours dans l’atelier de mon père, entourée de tableaux de lleurs accrochés dans l’atelier : elle est sur un piédestal peint; la hauteur de la table est de 60 à 70 centimètres.
Les autres images 11’ont rien de défini : c’est toujours la même figure, mais en plus petit. — Celle que j’ai vue certainement et que je 11e retrouve plus, est le moulage grandeur nature de l’Ecole des Beaux -Arts : je ne vois pas où elle est ; mais elle existe certainement, car il y a tous les moulages intéressants, mais je ne la vois plus. Je ne crois pas l’avoir dessinée.
Je revois un dessin de la Vénus, qui n’est pas de moi, fait par chez mon père. — Je
C’est un modèle de 80 centimètres, que j’ai vu il y a quatre ans, et souvent revu depuis.
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crois bien en avoir fait une grisaille vers 1878, mais je ne vois plus le modèle qui m’a servi.
Dans celles des ponts je n’en retrouve pas une précise : chez le marchand d’antiquités, chez le mouleur, j’en ai vu, mais je n’ai pas de souvenirs déterminés ; c’est très vague, peut-être parce que je ne regarde pas, j’estime très peu les réductions.
II. Epingle ordinaire . — C’est plus difficile, parce que je n’en vois que deux types...
(j’observe alors à M. B... qu’il me faut des images d'une épingle en particulier : il me répond :) ... Je ne puis vous donner l’image d’une épingle, parce que je n’en regarde jamais : je n’en vois pas une plutôt qu’une autre : je vois une masse d’épingles de toutes les longueurs.
D. — Dans votre atelier, vous n’en avez point fixées au mur ?
R. — Non : ou s’il y en a je 11e les vois pas : je m’en sers conslammment, mais je ne les regarde jamais... je ne vois pas de différence dans celles que j’ai l’habitude de voir : c’est toujours une tète de laiton, pointue, étamée, blanche... elles se ressemblent toutes, sauf de dimensions, longueur et grosseur.
Tout à l’heure, j’en ai touché pour défaire une gravure (fixée au mur de ma chambre) ; je ne sais comment elles sont : je n’y vois rien de plus qu’aux autres épingles.
J’en ai vu aussi de noires...
11. Epingle ordinaire . — Je ne puis retrouver de souvenir, parce que je me sers de tant d’épingles par jour que je ne puis les retrouver : on finit par n’y plus faire attention.
J’en vois deux types : la petite épingle commune, nickelée, et une épingle d'autrefois, avec une tète enroulée. J’en vois de noires aussi. J’en ai toujours au gilet, sauf aujourd’hui.
D. — Vous ne vous rappelez pas une épingle évoquant pour vous quelque souvenir particulier? — R. Non, je me rappelle qu’on s’en sert pour cure-dent:
mais rien de plus.
D. — En voyez-vous une image? — R. Non, je vois le type. J’en verrais une en particulier, si elle avait joué un rôle dans mon existence ; si je m’étais piqué affreusement, je la garderais comme un souvenir et je pourrais vous dire sa taille; mais je n’en ai pas comme cela.
Cependant je me rappelle les épingles façonnées avec les aiguilles cassées, dans la cire à cacheter: j’ai dû en voir quand j’étais tout enfant, sur des pelotes, a\ec des tètes en cire
Je vois aussi une boite d'épingles : une petite boîte de buis : je vois les épingles dedans :
je les vois enchevêtrées, voilà tout. Il se peut que cela corres ponde à la réalité, je ne sais.
Je ne vois pas de figure d’enchevêtrement particulier, elles sont là sans aucun principe de forme.
III. Cigarette. — Je vois un tube de papier, avec du tabac dedans. — Je retrouve les cigarettes que j’ai fumées en Suisse, quand j’y vais tous les ans : elles ressemblent beaucoup aux. cigarettes françaises, mais plus grosses et de tabac plus fin, jaune. — Je vois aussi celles qui ont une inscription dorée, bronzée : de celles-ci en particulier, j’en ai vu à Genève dans un bureau de tabac quelconque (je vois deux ou trois bureaux de tabac, mais je ne sais quelles cigarettes j'ai achetées dans chacun et je ne me rappelle plus dans quel genre de boîte étaient les cigarettes en question, avec l’inscription dorée).
Je vois aussi une espèce de cigarettes beaucoup plus grosse «pie la cigarette française : je ne me souviens pas comment est l’inscription. La boîte est à tiroir, rouge : je la vois bien toujours, mais je ne sais rien
autre à en dire. 11 v en avait
30 dans la boîte : c’est le chiffre habituel : mais je ne crois pas m’en être assuré. — J’en vois une autre, grosse comme la précédente, qui n’est pas ronde, mais ovale : la boîte est rouge,
rouge. Je m’amusais à prendre les épingles et à les faire chauffer pour faire fondre la cire et la faire tomber le long du verre de lampe.
III. Cigarette. — Je ne puis dire les images par ordre; elles me viennent toutes à l’esprit ; commençons par les cigarettes les plus belles :
i° La cigarette turque à tabac blond, avec des lettres dorées, grosse. Je sais qu’il y en a et je les vois.
3° Les cigarettes des paquets à 8 sous, avec « tabac à ifi francs » sur le milieu. Une extrémité est blanchie.
3" Je vois la cigarette que j’ai roulée tout à l’heure en sortant de table : elle était assez bien faite. Je me rappelle moins bien les deux autres fumées ensuite.
4° Je me rappelle un paquet de 1 8 cigarettes dans une boîte.
Elles étaient russes, le papier bulle un peu foncé, du carton à une extrémité, et à l’autre, du phosphore qu’il suffisait de frotter pour allumer la cigarette.
5° Je vois la cigarette que j’ai fumée hier chez Z... ; il m’a tendu un pot à tabac ; j’ai roulé une cigarette sans la regarder et je l’ai allumée à la lampe.
G0 L’autre jour au café X.,., on m’a offert une cigarette d’un paquet de tabac bleu à 5o centimes : je vois l’ctui avec quel-
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à tiroiraussi, mais moins haute, .le vois celle-ci chez moi, dans l’armoire où elle se trouve, plutôt qu’au bureau de tabac.
J’en vois une autre catégorie, toujours de Suisse, sur le port:
elles sont plus longues que les cigarettes françaises, plus minces ; le papier est jaune. Elles ont une sorte d’image avec l’aigle russe noire. La boîte est en métal, ou fer blanc très mince.
Je vois les cigarettes dans la boîte, mais je ne sais combien il y en avait.
Dans les cigarettes françaises, je vois celles du modèle que je lume ordinairement : mais je n’en vois pas une en particulier.
IV. Lettre A. — Je n'en vois pas trop, sauf la forme courante : je le vois un petit peu dans les formes anciennes du moyen âge. J’ai le souvenir d’un A qui doit être sur plusieurs médailles : il doit, mais je n’en suis pas sûr. Je ne me rends pas bien compte de la particularité de la médaille surlaquelle je le vois, ou plutôt je le vois sur des sceaux, mais je ne vois pas plus l’un que l’autre parmi ces sceaux. Je vois une place, en haut et à droite, où celte lettre doit être : mais cela me semble... et je puis, fort bien me tromper. Je ne puis donner ni l’inscription, ni d’autres lettres que A : je me souviens beaucoup moins des autres lettres.
— Je cherche à me souvenir :
je crois en avoir vu comme lettres ornées, mais je ne me rappelle pas quelles elles sont.
ques cigarettes dedans, un seul côté était rempli. Mais je ne vois pas les cigarettes ellesmêmes.
IV. Lettre A. — i° Je vois d’abord une grande lettre de 4o centimètres sur carton : j’avais tout un alphabet comme cela, qu’on pendait aux murs de ma chambre pour m’apprendre à lire.
2° Je vois une caricature, un individu ouvrant la bouche en A : les dents forment la barre :
c’était dans une méthode enfantine.
3° Sur les mots « chemins de fer de l’ETAT » un petit A majuscule, sans rien de spécial.
4° Je vois beaucoup d’A dans des enseignes, mais je ne sais pas au juste comment sont construites ces lettres.
5° Le A du Jardin des racines grecques .
A fait un, prive, augmente, admire.
AÇcow, j’exhale et j’expire.
0° Je vois A dans le prénom
Pas d’autres images, ni de nies lectures, ni d’ailleurs : si j’avais à dessiner un A, je dessinerais l’A banal, le triangle à deux cotés prolongés. Parmi les A banals, aucun ne me reste :
je ne puis pas dire : j’en ai vu un à tel endroit.