‹ L'imaginatiom et ses variétés chez l'enfantChapitre 16 sur 24 · DANGERS QUE PEUT CRÉER LA CULTURE EXCLUSIVE D'UN ORDRE D'IMAGES · texte numérisé non relu

DANGERS QUE PEUT CRÉER LA CULTURE EXCLUSIVE D'UN ORDRE D'IMAGES

L'esprit, par leur perte, est pris au dépourvu. — Exemple : retour sur le cas du malade observé par M. Charcot. — Leur développement exagéré prédispose à l'hallucination, au délire. — Exemple : retour sur le cas du peintre cité par Wigan. — D'un défaut propre aux visuels.

Ici cependant, comme en toutes choses, il faut éviter l'excès. L'éducateur donc, loin de s'astreindre à ne cultiver chez un enfant qu'un ordre d'images, devra s'efforcer, tout en mettant à profit ses facultés naturelles, de faire concurremment épanouir celles pour lesquelles il le trouvera moins favorisé. Car le développement exclusif ou exagéré de tel genre d'images ne laisse pas, quelque avantageux qu'il puisse être pour un esprit, de l'exposer à de graves dangers. Nous

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nous bornerons à signaler rapidement ceux-ci, et à prendre comme exemples deux des cas que nous avons déjà rapportés.

Une personne qui jouit d'une excellente mémoire visuelle, exclusive des mémoires auditive et motrice, tirera assurément de ce don, nous en avons vu des preuves, un très heureux parti. Mais admettons, comme le fait s'est d'ailleurs assez souvent produit, qu'elle vienne par accident à en être privée \ il lui sera alors très difficile, sinon impossible, dy suppléer par les autres images, puisque celles-ci n'auront pas été cultivées ; et elle se trouvera, suivant une comparaison très juste, dans la situation d'un rentier qui, assez imprudent pour avoir placé toute sa fortune sur une seule maison de banque, serait ruiné le jour où celle-ci ferait faillite. Tel est le premier péril encouru.

On n'a pas oublié le cas relaté ci-dessus (p. 57) d'un malade auquel M. Cliarcot dut donner ses

(1) « S'il survient une maladie qui alleigne la mémoire, la mémoire qu'on perd est généralement celle qu'on a le plus développée. Ce fait pourrait s'expliquer de la sorte : les régions cérébrales que le travail de la mémoire met en jeu sont affaiblies quand elles ont été surmenées; elles sont donc plus susceptibles d'être atteintes du mai. « (II. Marion, ouv. cilc, p. 359.)

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soins, et chez qiii la mémoire visuelle était tout particulièrement développée. Il va précisément nous fournir un exemple du fâcheux état mental oij peut être réduit à m moment donné quiconque appartient essentiellement à un type sensoriel. — De graves préoccupations commerciales l'ayant assailli, un changement profond se produisit brusquement en lui ; il perdit la mémoire des formes et des couleurs, au point d'oublier des souvenirs très familiers \ de ne plus reconnaître

(1) '< Chaque fois que M. X... retourne à A..., d'où ses afTaires l'éloigaent fréquemment, il lui semble entrer clans une ville inconnue. Il regarde avec étonnement les monuments, les rues, les maisons, comme lorsqu'il y arriva pour la première fois. Paris, qu'il n'a pas moins fréquenté, lui produit le même elTet... Il a autrefois plusieurs fois dessiné la rade d'A..., il essaie aujourd'hui en vain d'en reproduire les lignes principales, qui lui échappent complètement. — Le souvenir visuel de sa femme, de ses enfants est impossible. Il ne les reconnaît pas plus d'abord que la rade et les rues d'A..., et alors même qu'en leur présence, il y est parvenu, il lui semble voir de nouveaux traits, de nouveaux caractères dans leur physionomie. — Il n'est pas jusqu'à sa propre figure qu'il oublie. Récemment, dans une galerie publique, il s'est vu barrer le passage par un personnage auquel il allait oITrir ses excuses et qui n'était que sa propre image réfléchie par une glace. — M. X... semble préoccupé plus que du reste de la perte visuelle des couleurs. « Ma femme, dit-il, a les cheveux noirs, j'en ai la plus parfaite certitude. Il y a pour moi impossibilité complète de retrouver cette couleur en ma mémoire, aussi complète que celle <le m'imaginer sa personne el ses traits. » — Cette amnésie

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