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même, dans une glace, sa propre image et d'être incapable de rien dessiner de souvenir. Dès lors, ce malade dut, pour retenir par exemple une série de phrases, les lire à haute voix plusieurs fois et affecter ainsi son oreille ; quand désormais il les répétait, il avait nettement la sensation de Vaudition intérieure, précédant l'émission des paroles, sensation qu'il ne connaissait pas autrefois. « Je suis obligé, écrivait-il, de me dire les choses que je veux retenir dans ma mémoire, tandis qu'auparavant j'avais seulement à les photographier par la vue. »

Ici, comme il apparaît, l'éducation a dû. être refaite en quelque sorte tout entière. Le même accident peut, dans la sphère qui leur est propre, se produire chez l'auditif pur et chez le moteur *.

visuelle s'étend d'ailleurs aussi bien aux choses de l'enfance qu'aux choses plus récentes. M. X... ne sait plus rien visuellemenl de la maison paternelle. Ce souvenir lui était très présent autrefois, il l'évoquait souvent. — Un détail intéressant est que, dans ses rêves, M. X... n'a plus comme autrefois la représentation visuelle des choses. Seule, la représentation des paroles lui reste... »

(1) Pour se rendre compte du déchet que cause dans l'activité mentale la perte d'une ou de plusieurs images verbales, voir l'ouvrage déjà cité de M. G. Ballet. — Voir notamment, pour la perte des images motrices d'articulation et d'écriture, les chap. ix et x.

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Mais un autre danger est à craindre, non moins grave assurément, pour ceux qui n'ont jamais fait appel qu'à une sorte de représentations. L'image auditive par exemple peut s'imposer à l'esprit avec une vivacité et une persistance telles qu'elle devient tout à fait importune. A qui de nous n'est-il arrivé (pour peu qu'il soit apte à conserver cet ordre de souvenirs) d'être poursuivi des heures entières par quelque refrain finalement insupportable'? « Théophile Gautier, raconte

Du reste, les images motrices de tout ordre peuvent également être abolies : ainsi certaines personnes perdent la mémoire des mouvements à accomplir pour fumer, coudre, broder, etc. — M. Cbarcot a relaté le cas « d'un joueur de trombone qui avait perdu le souvenir des mouvements associés de la bouche et de la main, nécessaire! au jeu de l'instrument. Toutes les autres mémoires motrices étaient intactes cliez lui, sauf celle-là. Ce musicien avait oublié le maniement du trombone, comme d'autres ont oublié celui de la plume. »

(1) Un musicographe distingué de la première moitié du siècle, M. J.-L. d'Ortigues, écrivait en 1855 (Une symphonie sans orchestre) : « Après une promenade dans la campagne, où j'avais entendu les chants de la fauvette, je vins m'asseoir dans un vaste fauteuil, auprès de la cheminée, écoulant encore en esprit les chants de l'oiseau, qui, quehjues instants auparavant, avaient frappé mon oreille; ce chant réveilla dans mon âme les mélodies de la Pastorale, et me voilà assistant à une merveilleuse exécution de celte symphonie. Rien n'y manqua. Quelle puissance d'intonation ! (|uellc précision ! Seulement les voix du grand orchestre de la nature venaient de temps en temps s'adjoindre à l'or-

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M. Taine, passant un jour devant le Vaudeville, lit sur l'affiche : « La polka sera dansée par M... » Voilà une phrase qui s'accroche à lui, et que désormais il pense incessamment et malgré lui, par une répétition automatique. Au bout de quelque temps, ce n'est plus une simple phrase mentale, mais une phrase composée de sons articulés, munis d'un timbre et en apparence extérieurs. Cela dura plusieurs semaines, et il commençait à s'inquiéter, quand, tout à coup, l'obsession disparut. » Or l'image, au lieu de n'être qu'une obsession momentanée de ce genre, revêt quelquefois chez l'auditif le caractère de la sensation même, l'extériorité, devient en un mot

chestre de Beclhoven. C'est ainsi que la béLo (pour pai'ler comme Xavier de MaisLre) me donne des concerls, et je lui sais gré de s'emparer, àl'insu de sa compagne absente, tantôt d'un lambeau de mélodie, tantôt d'un rytlime qu'elle saisit je ne sais où, et de me construire sur ce ryllime ou sur ce lambeau de mélodie tout un édifice sonore, la symphonie en /a ou bien l'héroïque. Mais cette bête a parfois d'irritantes fantaisies, des caprices impatientants... Combien de fois me répèle-l-elle à saiiélé, el pendant des journées entières, quelque ignoble re/rain des orgues de Barbarie, sans qu'il y ait mogcn de se soustraire à celle obsession! La macliinc est montée, il faut qu'elle aille son train impitoyablement. Il y a plus : le sommeil n'y peut rien. Le lendemain, la futaie mélodie me prend à mon réveil, el plus je m'agile pour la secouer, cl plus elle se cramponne. •>■

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une véritable liallucinalion de l'ouïe. L'histoire en fournit des exemples fameux : le démon de Socratc, le messager céleste de Mahomet, les voix de Jeanne d'Arc, le génie familier du Tasse, le diable de Luther, sans compter la voix de Dieu de Malebranche ' .

Malheureusement pour l'humanité et l'individu, les hallucinations de l'ouïe sont loin d'avoir toujours d'aussi favorables conséquences. Il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir les divers traités de pathologie mentale ^

Indépendamment de la folie possible en général, peut-être même que la prédominance d'une catégorie d'images crée un ordre de délire cor-

(1) Consulter sur ces différents cas : Lélut, Le démon de Socrate ; — Brierre de Boismont, ouv. cilé ; — Egger, oiiv. cité.

(2) On en trouvera d'ailleurs des preuves nombreuses dans ((uelques-uns des ouvrages que nous avons cités. — « Les malades se plaignent souvent d'entendre parler leurs pensées, et il leur arrive de s'imaginer qu'une multitude de voix leur adressent la parole en même temps. » (J. Sully). Ces « voix qui leur parlent ou qui parlent d'eux donnent la réplique à leurs pensées secrètes, leur suggèrent des idées sacrilèges ou obscènes, les avilissent, les menacent tour à tour ». (Maudsley. Physiologie de l'esprit, p. 277.) De telles hallucinations, lorsfiu'elles se produisent en dehors de la folie, ont fréquemment pour conséquences l'inquiétude, la défiance, la crainte, par fois même le suicide.

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respondant. S'il en est réellement ainsi, les individus atteints par exemple du délire de persécution appartiendraient au type auditif; et de la sorte, comme le remarque M. Cinet, un visuel pur ne deviendrait jamais un persécuté, car, dans le délire des persécutions, on ne rencontre d'ordinaire, selon l'observation de Lasègue, que des hallucinations de l'ouïe. Le persécuté ne voit pas ses persécuteurs, il ne fait que les entendre.

Le développement exagéré de l'image visuelle expose ceux en qui il existe à des périls analogues ^ Le peintre dont, d'après Wigan, nous avons rapporté l'histoire, va nous servir ici de preuve. Il était, on se rappelle, capable de se représenter un modèle absent avec la même vivacité que s'il l'eût eu réellement devant lui.

(1) Le jeune homme de Michéa (voir ci-dessus, p. 12) était un monomane. Dans un ouvrage des plus instructifs et des plus intéressants, MM. Binet et Féré écrivent : » La plupart des malades qui nous ont servi de sujets pour nos expériences d'hallucination (hypnotiques) possèdent à un haut degré, pendant l'état de veille, le don de se représenter les objets sous une forme sensible... Nous croyons que les individus ayant le àon visualiser , pour employer l'expression de M. Gallon, se prêtent mieux que les autres aux hallucinations visuelles. Lorsque nous prions un de nos sujets de se figurer une personne absente, il nous déclare bientôt qu'il voit cette personne avec autant d'intensité que si elle était devant ses yeux. •> {Le magnétisme animal, p. 164.)

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Mais peu à peu une confusion se fit dans son €sprit; il lui devint impossible de distinguer la figure imaginaire de la figure réelle, et il soutenait que le modèle avait posé réellement ; finalement il dut entrer dans un asile et y resta pendant trente ans. Quand il en sortit (bien que de cette longue période il n'eût gardé aucun souvenir, si ce n'est des derniers mois), il possédait encore cette même faculté de peindre de mémoire ; ses amis l'empêchèrent toutefois de travailler, par crainte d'un nouvel accident'.

Il est un défaut, propre aux visuéls, que nous ne ferons qu'indiquer et qui a été signalé par Malebranche [Recherche de la vérité^ livre II, De rimagination, IIP partie, chap. i, § 5). Parlant

(l)Voir également dans l'ouv. de M. B. deBoismont, p. 28-29, un cas d'imagination visuelle excessive, dont le résultat fut encore plus déplorable ; et p. 463, relatée la description, due à Th. Gautier, de l'état maladif bizarre, de l'espèce de coma, déterminé momentanément chez II. de Balzac, par celte vision obsédante, dont nous avons parlé plus haut (p. 52), — )>es dangers que nous signalons ne sont évidemment pas très communs, du moins à un tel degré d'intensité, quoique assurément les cerveaux déséquilibrés ne soient pas précisément des exceptions. Mais le grossissement permet de mieux saisir ce qui dans la réalité même reste toujours très réduit. Telle est aussi la raison qui justifie, pour la connaissance des types sensoriels divers, l'exposition de leurs caractères «xtrêmes.

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des « mauvaises qualités des esprits visionnaires », ce philosoplie écrit : « Ces esprits sont excessifs en toutes rencontres ; ils relèvent les choses basses, ils agrandissent les petites, ils rapprochent les éloignées. Rien ne leur parait tel qu'il est, etc. ^ » — A côté, il est vrai (V. ibid., § 6), sont signalés leurs « avantages » : « Ceux qui imaginent fortement les choses, les expriment avec beaucoup de force et persuadent tous ceux qui se convainquent plutôt par l'air et par l'impression sensible, que par la force des raisons, etc. » — On lira avec intérêt, dans Malebranche même, les excellentes pages oii sont développées ces considérations,

(1) On connaît la raillerie aimai^ie que le spirituel auteur de Tarlarin et de Numa Roumestan a faite de ce léger travers auquel seraient enclins certains de nos compatriotes du Midi, et le sage conseil qu'il donne de « mettre au point » quand on les écoute.

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