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V. QUEYRAT. g

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négliger les imaginations qui naturellement sont chez lui plus faibles. Un exercice assidu sera ici très profitable. On sait en effet quelle puissance peut atteindre la "mémoire quand elle est exercée; négligée, au contraire, elle diminue et se perd. Nous avons de la sorte jusqu'à un certain point la possibilité de corricjer les effets de ï hérédité. « Les philosophes, écrit M. Marion \ sont à peu près d'accord pour dire que la mémoire que l'on possède le plus est celle qu'on a le plus exercée, en d'autres termes, qu'on se fait jusqu'à un certain point soi-même sa mémoire. S'il en est ainsi, c'est une raison pour cultiver particulièrement la mémoire dont on manque, au lieu de se figurer qu'il y a inaptitude radicale, par une volonté invincible de la nature, et que le mal est irrémédiable.

« Cependant^ observe judicieusement ce psychologue, dès le berceau, ou du moins dès l'école primaire, ces diverses aptitudes se manifestent. L'explication proposée serait donc insuffisante si elle signifiait que la mémoire est entièrement notre œuvre. 11 y a là un des cas les plus certains

(1) Ouv. cité, p. 3Ô8-359.

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OÙ se remarquent des prédispositions natives et héréditaires. Mais la même explication vaut encore ici : il mffit de la compléter. Ceux-là, dit Spencer, ont, par exemple, la mémoire des lieux, dont les ancêtres ont vécu le plus longtemps dans les conditions d'existence oii s'exerce sans cesse et nécessairement cette mémoire*. Jamais un saii-

(1) Les effets que nous avons attribués à l'hérédité (ch. m), se ramènent ainsi en définitive à une première fonction développée par l'exercice habituel chez un ou plusieurs ancêtres. — Peut-être pourrait-on par cette mémoire des lieux héréditaire expliquer la faculté en quelque sorte mystérieuse (et dont Bastian fait un sens spécial, le sens de direction) que possèdent les animaux et même quelques races humaines sauvages ou demi-sauvages, de garder dans l'esprit une direction connue, au milieu d'un grand nombre de changements de direction. « D'après Darwin, von Wrangel a rapporté la manière réellement merveilleuse dont les indigènes de la Sibérie septentrionale sont capables de garder une direction exacte vers un point particulier, bien que parcourant des distances considérables sur la glace des hummocks; obligés, par conséquent, à d'incessants changements de direction, et sans avoir rien qui les guide dans le ciel ou sur la mer glacée. » Les Indiens de l'Amérique du Nord montrent une facilité semblable à trouver leur route au milieu d'immenses espaces montagneux, et si densément boisés que la vue ne peut guère pénétrer au delà de quelques mètres, ou dans les solitudes sans routes des prairies, où règne seule une lugubre uniformité.

G. G. Merrill écrit du Kansas à ce sujet :

« J'ai appris des chasseurs et des guides qui passent leur vie dans les plaines et sur les montagnes à l'ouest de nous, que, quels que soient la distance et les détours qu'ils aient

vage n'a manqué de la mémoire des lieux, pas plus qu'un loup ou un renard : celle mémoire a toujours élé trop nécessaire, trop constamment en jeu dans le mode de vie de ses ancêtres. »

S'emploijer à V éducation des sens de leiifant sera (conformément à ce que nous avons établi plus haut ') un moyen très sûr de fortifier en lui le pouvoir de conservation des images, puisque le souvenir est d'autant plus précis et durable que la sensation a été nelte et vive.

Cette éducation est nécessaire' et féconde à la

parcourus en chassant le bison ou un autre gibier, ils reviennent toujours à leur camp en ligne droite. Pour l'expliquer, il disent que, sans en avoir eux-mêmes conscience, ils ont gardé tous les détours dans l' esprit. »

« La perfection de cette falcuté, chez les Sibériens, les Indiens et autres à qui leur mode journalier d'existence donne de sérieuses raisons de la cultiver, semble montrer que la pratique peut perfectionner sous ce rapport comme sous les autres; tandis que l'absence habituelle ou l'existence rudimentaire de celte faculté chez les habitants des villes, qui mènent un genre de vie artificiel et tout à fait différent, tendrait à faire supposer que celle faculté a baissé uniquement par manque d'usage. » (Bastian, ouv. cité, — Consulter les pages 165 à 170 du t. I.) Notre hypothèse serait l'opposé de la dernière assertion que nous soulignons ici.

(1) Voir le chap. ni.

(2) J.-J. Rousseau est le premier qui l'ait compris : « Exercer les sens, dit-il au livre II de VEmile, c'est apprendre, pour ainsi dire, à sentir, car nous ne savons ni loucher, ni voir, ni entendre que comme nous avons appris. »

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fois ; le développement de chacun de nos sens exige en effet un apprentissage assez long-, et il n'est, semble-t-il, aucun d'entre eux qui ne puisse acquérir une délicatesse extrême, comme on va le voir par quelques exemples relatits aux sens du tact, du mouvement, de la vue et de l'ouïe, les seuls qui nous intéressent ici.

Nous n'avons, généralement, en fait de sensations tactiles-musculaires^ qu'un discernement assez grossier ; faute d'y avoir été habitués dans notre enfance ou contraints par la nécessité, nous saisissons mal leurs nuances. Il suffit cependant d'y porter ordinairement son attention, pour arriver à les distinguer d'une façon claire et obtenir ainsi d'excellents résultats. — Les preuves abondent. A cinq ans, Joseph Kleinaus était devenu aveugle de la petite vérole. « Il s'amusa d'abord à tailler du bois pour se distraire ; il obtint de Prugg des leçons et des modèles, fit à douze ans un christ de grandeur naturelle, alla ensuite chez le statuaire Nisll, y profita beaucoup, devint célèbre. On compte quatre cents christs de sa main et un buste de l'empereur François-Joseph*. »

(1) Voir plus haut, chap. vi, le cas analogue du sculpteur Ganibasius. — La perfection du loucher proprement dit a

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— La diffîcullé que l'on éprouve à se servir de la main gauche, comparée à l'habileté de la main droite, montrerait suffisamment à elle seule quel progrès chacun de nous peut accomplir en ce genre. — « Un médecin juge de très petites inégalités dans l'intervalle des pulsations ; un employé des postes pèse une lettre dans sa main et apprécie le poids d'un gramme. » (E. Charles.)

— « Les femmes jugent du mérite d'une étoffe en la palpant entre leurs doigts ; en la soupesant dans leur main, elles jugent si une miche de pain ou une livre de beurre ont le poids pour lequel elles sont vendues. » (Rousselot.) — « L'homme bien portant, dit le docteur Fernand Lagrange \ peut arriver, en exerçant son sens

dépassé chez quelques aveugles toute imagination. « Saunderson, le mathématicien aveugle, dit Abercrombie, pouvait distinguer avec la main, dans une série de médailles romaines, celles qui étaient vraies et celles qui étaient fausses. — « Beaucoup d'aveugles paraissent sentir avec la peau, comme les chauves-souris, la proximité d'un obstacle, et il apprécient de la même manière l'étendue plus ou moins grande d'un espace vide. » (Joly.) — D'ailleurs, « il suffit de voir les aveugles lire avec leurs doigts les livres imprimés en relief aussi rapidement que nous lisons les livres imprimés à l'encre, pour comprendre tout le discernement que notre toucher eût pu avoir et qu'il n'a pas ». (Taine, ouv. cite, t. II, p. 182.) (1) Physiologie des exercices du corps, p. 19.

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musculaire, à des résultats surprenants. L'adresse des jongleurs et des équilibristes est due à la culture de ce sens et à l'éducation des muscles antagonistes. »

Le sens de la mie est susceptible du même perfectionnement. Les peintres, les ouvriers en tapisserie, en mosaïque, distinguent des nuances nombreuses oîî notre œil n'aperçoit guère qu'une seule couleur. Les sourds et muets acquièrent (et c'est aujourd'hui presque partout la base de leur éducation) l'habitude de comprendre ce qu'on leur dit, en regardant le mouvement des lèvres de l'interlocuteur. Dans une intéressante préface à l'ouvrage de H. de Meyer, Les Organes de la ^oarole, le traducteur, M. Claveau, cite, d'après le chevaler anglais Digby, le cas d'un seigneur espagnol sourd-muet qui « savait distinguer si on lui parlait à voix haute ou à voix basse et pouvait répéter après toute personne n'importe quel mot difficile. Le prince (de Galles) en fît souvent l'expérience, non pas seulement au moyen de la langue anglaise, mais encore en faisant prononcer devant lui, par des Gallois de la suite de Son Altesse, divers mots de leur langue. ^1 les répétait comme un écho si parfait que je

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confesse en avoir été étonné plus que de tout le reste : le gallois, en effet, emploie, comme l'hébreu, beaucoup d'articulations gutturales, et les mouvements organiques qui forment ces articulations ne sont visibles ou du moins devinés par le regard que par l'effet consécutif produit sur d'autres parties exposées par bonheur à la vue.

« La connaissance qu'avait le seigneur espagnol de ce que disaient ses interlocuteurs venait de ce qu'il avait observé leurs mouvements, en telle sorte qu'il était capable de converser couramment à la lumière, lors même qu'on n'eût fait entendre en lui parlant que le chuchotement le plus léger. Je l'ai vu, d'un bout à l'autre d'une vaste chambre, répéter des mots dont moi, qui étais placé tout près de la personne parlante, je ne parvenais pas à saisir une syllabe ; mais s'il se trouvait dans l'obscurité, ou bien si l'interlocuteur détournait la tête de façon à ne pas être aperçu de lui, il n'était plus en état de rien comprendre. »

A son tour, Vouïe peut égaler en délicatesse les deux sens précédents. Un chef d'orchestre, un accordeur perçoivent des différences de tons

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qui ne sont pas appréciables pour tout le monde ' . Les chasseurs, les gardes forestiers distinguent avec une grande précision les différents cris ou chants des oiseaux. « Le docteur Rush, dit Abercrombie, mentionne le cas de deux frères aveugles à Philadelphie, qui, lorsqu'ils traversaient une rue, savaient s'ils approchaient d'un poteau, par le son particulier que le sol rendait sous leurs pieds dans le voisinage du poteau. Us pouvaient dire les noms de plusieurs pigeons apprivoisés avec lesquels ils s'amusaient dans un petit jardin^ rien qu'à les entendre voler au-dessus de leurs têtes. »

Quand on rapproche de tous ces faits, suivant la remarque de M. Taine, les cas d'hypéresthésie si fréquents dans le somnambulisme et Yhypnotis?ne % on s'aperçoit qu'on ne peut poser une

(1) ■< La perception de riiarmonie ou des accords suppose que l'on entend à la fois, tout en les distinguant, plusieurs sons différents. Un degré supérieur de complication est dans la musique d'orchestre, où les accords se composent non seulement de sons différents, mais de timbres différents; et quand la musique orchestrale se joint à la voix, c'est le plus haut degré de la complication : et cependant, par l'habitude d'entendre, on finit par discerner toutes ces choses. »

(Paul Janet. T7'ailé élémentaire de philosophie.)

(2) Consulter à ce sujet : Joly, L'imaçjinalion; — Al. Bertrand, Le somnambulisme ; — Binet et Féré, Le magnétisme

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limite à l'acuité innée ou acquitte de nos sens.

C'est de six à dix ans que leur éducation paraît surtout facile, parce qu'à cet âge les impressions nouvelles s'organisent chez l'enfant avec plus de rapidité. 11 faut donc profiter de ce moment pour leur faire acquérir, au moins dans une certaine mesure, la perfection relative et la finesse que nous venons de constater et qu'ils sont généralement loin d'avoir à l'origine.

Indiquons dans ce but quelques moyens à employer.

Pour la culture générale du sens musculaire

animal. — Une somnambule, soignée par le docteur Mesnel, entendait, pendant ses accès, des sons qui ne parvenaient point aux oreilles des gens placés près d'elle. Elle pouvait coudre et écrire dans une obscurité assez grande pour que les yeux des observateurs ne distinguassent plus les objets. — Même exaltation des sens dans le somnambulisme artificiel: « A plusieurs mètres de dislance, des malades ressentent le froid produit par le souffle buccal (Braid). Le compas de Weber, appliqué sur leur peau, provoque une sensation double avec un écart égal à trois, dans des régions oii il faut donner à l'instrument un écart égal à dix-huit, pendant l'état de veille (Berger). Le sens visuel présente parfois une suractivité telle que l'étendue du champ visuel peut être doublée, de même que l'acuité visuelle, etc. L'odorat peut être si développé que le sujet retrouve, guidé par l'odeur, les morceaux cachés d'une carte do. visite qu'on lui a fait sentir avant de la déchirer (Taguet). L'ouïe est tellement fine qu'une conversation peut être entendue à un étage inférieur (Azam). » (Binet et Féré, p. 99.)

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on mieux; kineslhétique % la gymnastique et les exercices physiques - sont tout indiqués. « L'homme qui exerce chaque jour son corps devient plus apte à utiliser ses organes, et leur fait rendre plus'de travail parce qu'il sait mieux s'en servir... 11 faut une pratique assidue pour apprendre certains mouvements qu'on ne connaissait pas, ou même pour perfectionner des mouvements que l'on connaissait déjà... Chaque mouvement se perfectionne par l'apprentissage, parce que l'exécution finit par en être confiée aux muscles les plus aptes à ^exécuter^ »

Le sens musculaire doit recevoir encore une éducation spéciale qui est celle de la main et des organes vocaux.

L'éducation de la main (outre l'appréciation du poids et de la résistance des corps, qui intéresse aussi le sens musculaire en général) « comporte,

(1) Voir ci-dessus, p. 75, note 2.

(2) « L'éducation physique, dit le Programme officiel de renseignement primaire, a pour but de donner de bonne lieure à l'enfant des qualités d'adresse et d'agilité, ceite dextérité de la main, cette promptitude et cette sûreté des mouvements, qui, précieux pour tous, sont plus particulièrement nécessaires aux élèves des écoles primaires, destinés pour la plupart à des professions manuelles. »

{^) Docteur Ferdinand Lagrange, ouv. cité, p. 182-183.

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dit M. Rousselot\ l'apprentissage de l'écriture, du dessin, pour les filles celui de la couture. — L'art d'écrire occupe une place élevée parmi les talents manuels ; les exercices de dessin les plus simples sont incontestablement plus faciles et plus intéressants. Le maître commencera donc par ceux-là, en exerçant d'abord les enfants à mouler des objets en terre glaise, puis à découper des figures en papier, enfin à reproduire sur l'ardoise de petits dessins ^ Ce travail est plus agréable que de reproduire les lettres de l'alphabet ; il doit donc venir en première ligne. La main, ayant acquis une habitude d'exécution relative, triomphera plus aisément ensuite des difficultés de l'écriture ; et l'enfant ayant déjà fait l'expérience du plaisir que cause un succès obtenu, essayera plus volontiers d'en remporter un nouveau en traçant ses lettres ».

Les exercices d'élocution assoupliront les organes vocaux. On aura soin d'habituer l'enfant à bien prononcer. Pour cela, on l'obligera (dût-on

Cl) Pédagogie à l'usage de V enseignement primaire, p. 114.

(•2) ■< Le dessin donne de l'exaclilude au coup d'œil de l'enfant, de la souplesse et de l'habileté à sa main, en même temps qu'il forme son goût et développe en lui le sentiment du beau. » [Circulaire de M. Duruy, du 2 juillet 1866.)

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lui faire répéter un mot plusieurs fois et y revenir durant plusieurs classes de suite) à articuler distinctement et sans hésitation tous les termes qui se présenteront dans le courant d'une lecture ou d'une interrogation et dont il ne rendrait pas les sons d'une manière exacte. — Le chant trouvera ici son emploi : « 11 assouplit la voix, l'adoucit, lui ôte l'habitude des sons criards dont les enfants sont d'abord si prodigues. «(Rousselot.)

De même que les enfants apprennent à toucher ou à parler, ils apprennent à regarder. « Ce que nous appelons instruction de la vue, dit M. Gompayré s'entend de tout ce qu'elle doit être habituée à discerner pour remplir son office : d'abord les couleurs, ensuite les formes, enfin les distances. Les pédagogues contemporains attachent une grande importance, peut-être une importance exagérée, à l'apprentissage scolaire de la distinction des couleurs. Mais ce qui est assurément utile, c'est la perception rapide, juste, de la forme et de la distance des objets, c'est-à-dire la justesse du coup d'oeil.

« Pour acquérir cette qualité, l'enfant doit

(1) Cours de pédagogie, p. 86.

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être habitué à regarder un grand nombre d'objets, et à les regarder dans des situations différentes. Une série graduée de petits jeux*, de petites expériences, des excursions dirigées par le maître, oii le regard de l'élève sera appelé sur des objets lointains dont on se rapprochera peu à peu ; un contrôle incessant du sens de la vue par le sens du toucher ; les objets qu'on a donnés d'abord à voir mis ensuite entre les mains de l'enfant, pour qu'il les palpe et qu'il les mesure, pour qu'il compare les apparences avec la réalité, les illusions de la vue avec les réalités du toucher : voilà quelques-unes des précautions que recommande l'expérience. »

Aux exercices précédents on ajoutera avec fruit des rédactions sur images, ou mieux on fera décrire les choses mêmes, les réalités concrètes et vivantes que les enfants auront sous les yeux. On leur apprendra ainsi à démêler chaque détail d'un ensemble ; d'oii encore l'importance extrême

(1) « Il y a des jeux qui, avec l'avantage d'exercer les membres et de donner de l'adresse, comme la balle molle, le volant, les barres, habituent les enfants à estimer les distances, à acquérir de la sûreté dans leur appréciation, ce qu'on appelle du coup d'œil. Ces jeux conviennent aux petites niles tout autant qu'aux petits garçons. » (Rousselot.)

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du dessin ' . Ce qui, en effet, aura été nettement vu se conservera mieux dans F esprit.

Pour faire acquérir, ou simplement pour développer celte faculté de représentation visuelle, M. Lecoq de Boisbaudran employait, il y a déjà près de quarante ans, un procédé dont l'application généralisée serait ,certainement profitable :

« Il met devant ses élèves, raconte M. Brierre de Boismont% un modèle et leur dit de bien l'examiner, puis, au bout de quelques minutes, il le leur enlève et les fait dessiner de mémoire. Nous transcrivons les réponses des élèves aux questions qu'il leur a adressées sur ce procédé : — D. Lorsque, après avoir étudié votre modèle, il vous est retiré, et que vous cherchez à le dessiner de mémoire, quel moyen employez-vous, quel est votre guide? — R. Je cherche à me figurer mon modèle, je ne le vois que confusément. — Autre : je le vois mieux en fermant les yeux. — D. Comment faites-vous quand le mo-

(1) « Les efforts des enfants pour rendre les objets qui frappent leur vue sont un exercice utile de perception, un moyen de rendre ces perceptions plus exactes et plus complètes. » (Spencer, De l'éducalio7i, p. 150.)

(2) Voir aussi L. de Boisbaudran, Education de la mémoire pittoresque.

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dèle est trop confus ou disparaît? — R. Je fais effort et il devient plus visible ; quelquefois il m'échappe tout à fait, mais avec de la peine, je parviens à le faire revenir. — D. Voici quatre mois que vous vous exercez, éprouvez-vous toujours autant de peine ? — R. Non, l'image est beaucoup plus distincte que dans les premiers temps, et, si elle s'en va, je la fais revenir presque à volonté. — Cette réponse a été confirmée par tous les autres élèves. M. le docteur Judée qui a rapporté ces expériences, dit que son frère, professeur de dessin dans un séminaire, a obtenu les mêmes résultats de ses élèves. »

Enfin, pour assurer le perfectionnement de l'ouïe, on habituera d'abord l'enfant à écouter ; on lui apprendra de la sorte non seulement à comprendre ce qu'on lui dit, mais encore à parler. On l'exercera ensuite à percevoir les diverses nuances des sons, à entendre distinctement, et dans cette fin l'éducateur dispose du meilleur des procédés possibles : la musique.

Nous croyons inutile d'appuyer davantage sur cette culture spéciale des sens. On trouvera tous les détails nécessaires dans les ouvrages de pédagogie ou de psychologie appliquée.

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Au surplus, la culture d'un groupe isolé d'images est insuffisante, et il importe, pour favoriser les acquisitions mentales, de combiner, lorsqu'on se livre à une élude, les diverses images qui peuvent y avoir trait, de sorte qu'elles s'entr'aident, se soutiennent ïune ï autre ^ « comme plusieurs chevaux attelés à une même voiture » . Ainsi, M. de Boisbaudran, outre le procédé que nous avons mentionné, obligeait encore ses élèves à suivre à distance les contours des figures avec un crayon, les amenant de la sorte à associer la mémoire musculaire à la mémoire visuelle.

Cet emploi simultané des différentes images produit pour la première instruction des enfants d'excellents résultats. Voici comment ^ d'après M. Buisson {Ra-pport sur ^instruction primaire à r exposition universelle de Vienne), on l'applique dans les écoles allemandes : « On donne à l'enfant un joli petit livre illustré... Au-dessous de l'objet gracieusement dessiné, le nom est écrit en grosses lettres... Le maître parle aux élèves de l'objet qu'ils ont sous les yeux, à la fois dessiné et écrit ; puis il leur montre les caractères qu'on emploie pour écrire le nom de cet objet. 11 écrit lui-môme au tableau le mot entier, pour le

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décomposer sous leurs yeux, pour leur faire prononcer isolément la voyelle, pour leur montrer comment les consonnes la modifient... Voilà pour r exercice de Voiiie et de la vue ; celui de la main en est le complément immédiat^ et très souvent même c'est par celui-là que l'on commence... Quand tout le monde a pris en main la plume, il dicte à toute la classe les mouvements à faire, c'est-à-dire les lignes à tracer »

Cette méthode n'est pas nouvelle : « Montaigne raconte qu'on lui avait appris en même temps à lire et à écrire. Jacotot, lui aussi, associait l'enseignement de la lecture et de l'écriture. » — Elle tend à se généraliser : « Tous les pédagogues sont unanimes aujourd'hui pour reconnaître que l'enfant doit être exercé à écrire dès son entrée à l'école et qu'il ne faut pas attendre pour cela qu'il soit parvenu à la lecture courante De

(1) Comparer Rousselot, ouv. cité, p. 422-425. « La leçon de leclure-écriture, dit ce pédagogue, contribue ainsi à l'éducation de l'oreille, de Vœil, de la main et de la parole; l'enfant apprend à regarder, à écouter, à parler; faut-il ajouter qu'il apprend à penser? C'est une application directe de la méthode intuitive, simplifiant les procédés, mais ne cherchant cette simplification que dans une soumission intelligente aux lois de l'esprit humain. »

(2) « C'est une bonne méthode que de faire marcher de front

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plus en plus on reconnaîtra la vérité de cet axiome pédagogique que « dessin, écriture et lecture, s'appellent et se soutiennent». (Compayré.)

Pour développer rintelligence de ses élèves, Pestalozzi combinait les diverses sortes d'images : ainsi « il ne se bornait pas seulement à faire voir, il faisait toucher les objets : l'enfant les tournait, les retournait dans tous les sens, jusqu'à ce qu'il en eût parfaitement saisi la forme et observé les qualités. Pestalozzi allait plus loin encore : il obligeait l'enfant à peser, à mesurer, à analyser les choses matérielles qu'il mettait entre ses mains. Et en même temps il exerçait l'élève à nommer, à désigner par le mot propre les qualités, les rapports, les grandeurs que son regard ou sa main avait distingués dans les objets.

l'écriture et la lecture, qui, en seprêtant ainsi un mutuel appui, aident singulièrement aux progrès l'une de l'autre. » (Campagne, ouv. cilé, art. Lecture.) — « Toute méthode isolée d'écriture est défectueuse; tracez les lettres et nommez-les; passez aux syllabes, des syllabes aux mots et des mots aux phrases, et vous enseignez ensemble la lecture, l'écriture, l'orthographe et la grammaire. » (Matter, VInsiiluteur primaire.) — Comparez ^a.\n, Science de l'éducation, p. 178; — Rrouard et Defodon, Inspection des écoles primaires, p. 309, etc., etc. — Cette méthode à'écriture-lcclure est déjà très usitée aux Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en Italie, en l'ispagne, même en Uussic.

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« Voir et nommer », tel était le principe de sa méthode élémentaire d'instruction. » (ld.,p. 77.)

Dans l'étude d'un grand nombre de sciences, l'on s'applique maintenant à associer aux images verbales les images visuelles des objets. « Un livre complet, dit M. Egger {ouv. cité, p. 275), est un livre orné de figures ; de même, une leçon de science est imparfaite sans des figures tracées sur un tableau * ; d'une manière générale, on n'instruit bien que si l'on parle aux yeux en même temps qu'aux oreilles. Tel est le sens contenu dans les vers d'Horace :

Segnius irrilant animos demissa per aurem Quam quse sunt oculis mhjecta fidelibiis ^.

(1) Quelques pédagogues même veulent que, pour lui inculquer les premières notions de géométrie, l'on mette l'enfant en présence d'objets matériels. <r Ne commençons pas, dit M. Compayré, par montrer à l'enfant des formes idéales dessinées sur le tableau noir. Montrons-lui des choses réelles, des figures et des solides, dont nous lui ferons remarquer les parties et les propriétés. » — Et M. Leyssenne {Dictionnaire de pédagogie, art. Géomélrie) : « On prendra des solides en bois, en terre, en carton; on les mettra entre les mains des enfants; puis, lorsque ceux-ci les auront bien vus, bien touchés, bien retournés en tous sens, on leur dira que ceci est une ligne, ceci un angle, ceci un carré, ceci un cercle, etc., et on leur fera dessiner cette ligne, cet angle, ce carré, ce cercle. »

(2) A7't poclique, vers 180-181 : « Le récit ne s'adresse qu'à

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« Telle est l'utilité des leçons de choses, — des jardins d'enfants, de Frœbel, — des musées scolaires*. »

L'union des mêmes images rend l'étude de l'histoire plus claire et plus facile ^ « Il est à souhaiter, dit M. Buisson, que l'imagerie populaire, sortant enfin de son répertoire trivial, devienne chez nous, comme elle l'est déjà en quelques pays, un moyen de répandre les connaissances utiles, et avant tout celle de l7iistoire du pays. »

Elle ne convient pas moins à la géographie. « Les mots de la nomenclature géographique, en même temps qu'ils sont confiés à la mémoire, doivent être localisés sur la carte par l'imagination (mémoire visuelle) de l'enfant. » On y

l'oreille, et il agit moins vivement sur l'esprit que les tableaux qu'un œil fidèle lui transmet directement. »

(1) Voir sur ces points les traités spéciaux de pédagogie.

(2) « Parler à l'imagination, dit, à propos de l'enseignement de cette science, M. Rousselot (p. 454), c'est déjà parler aux yeux; on leur parlera sans intermédiaire par les tableaux-images lithographiés ou coloriés, qui sont comme la représentation vivante des faits. La géographie viendra en aide à l'histoire, dans le même but : pas un nom de pays, de ville, de fleuve, de bataille, de traité qu'on ne fasse chercher sur la carte. Lorsqu'on racontera la marche d'une armée, on la fera suivre également sur la carte. »

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ajoute les hnages musculaires grapliiqiœs. Les cartes dessinées par l'élève exercent sa main ; en même temps qu'une « préparation au dessin, elles sont le plus court moyen de lixer les souvenirs géographiques... En dessinant une carte, dit M. Bain, l'élève grave dans sa mémoire les traits principaux du pays que cette carte représente, tout comme, en copiant un passage d'un livre, il grave dans sa tête les expressions et les idées de l'auteur ». (Compayré.)

N'insistons pas. Nulle méthode ne saurait être absolue, et l'initiative personnelle, pourvu qu'elle soit éclairée et réfléchie, créera dans bien des cas des procédés appropriés et féconds. II appartient donc à l'éducateur de voir pour chaque étude l'emploi judicieux qu'il pourra faire des différentes espèces d'images. 11 nous suffit d'en avoir montré la raison et l'utilité.

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