LA LOI PSYCHOLOGIQUE DE L'ASSOCIATION ET SA FÉCONDITÉ
La loi psychologique de V association. — Association des images dans la formation des idées. — Rôle prédominant des sensations et images tactiles-musculaires, visuelles et auditives. — La synthèse des images opérée parles mots. — Images verbales. — Les associations diverses des images, des idées et des mots fournissent à l'intelligence tous ses matériaux. — Où l'on doit en conséquence chercher la raison de la diversité des esprits.
Ce Lté propriété de nos sensations, fugitives par elles-mêmes, de reparaître sous forme d'images, rend possible la connaissance, l'esprit trouvant là des matériaux durables. Pourtant il n'y puiserait que de faibles ressources, sans la loi fondamentale qui régit nos états de conscience, la loi d'association, en vertu de laquelle tous les faits simultanément ou successivement conscients ont la propriété de se souder les uns aux autres, et
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cela avec d'autant plus de force et de durée, que leur contiguïté a été plus prolongée ou plus fréquente dans la perception que nous en avons eue ou encore que celle-ci a été plus vive.
Ainsi « quand ma vue s'étend sur un paysage, sur un parterre embaumé d'émanations odorantes ; — quand j'assiste à une représentation théâtrale, dans laquelle les splendeurs de la mise en scène égalent les magnificences de l'harmonie musicale, mon cerveau est assailli à la fois par une série d'impressions simultanées qui se font cortège et s'impriment en bloc dans le sensorimn.
« Ces impressions simultanées, optiques, olfactives, acoustiques, reçues au même moment et dans différentes circonscriptions à la fois, constituent une série de souvenirs contemporains qui se créent et s'implantent en moi ; et désormais ces ébranlements qui sont nés ensemble, qui ont été simultanément conçus, vont représenter dans la série générale de mes souvenirs un groupe défini, dont les éléments réunis par les liens d'une fédération mystérieuse vont vivre tous de la même vie, s'anastomoser les uns avec les autres, pour s'appeler aussitôt qiiun des chaînons sera sollicilé.
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'< C'est ainsi que la vue d'un coin même du paysage que j'ai vu tout d'abord, et du parterre qui a flatlé mon odorat, me rappellera l'odeur des plantes que j'ai agréablement senties et même les émotions dans lesquelles je me trouvais à ce moment précis ; et, inversement, ces parfums, perçus plus tard accidentellement, évoqueront en moi d'une façon automatique le souvenir des lieux, du parterre oîi ils auront été simultanément perçus ; — c'est ainsi encore que la vue de tel ou tel décor de la représentation théâtrale me fera me souvenir du morceau de musique entendu en sa présence, et que, du même coup, si dans un autre milieu, j'entends les refrains qui m'ont frappé, je sentirai s'éveiller en moi les souvenirs afférents qui me représenteront les décors et le spectacle des yeux dans lequel j'ai pour la première fois entendu les sons musicaux'. »
Cette loi qui domine tous les faits psychiques est d'une importance capitale. Nos idées concrètes en effet sont formées par des groupements de ce genre, par une collection d'images : « Ce que nous appelons connaissance d'un objet, dit Bain,
(1) Luys, Le Cerveau et ses fondions.
est la réunion de toutes les sensations qu'il détermine, en une idée complexe de cet objet. L'idée que nous avons d'un schilling est un composé d'apparence visible, de son et de toucher. » Et ces diverses images sont soudées de telle sorte que la reviviscence de l'une entraîne immédiatement celle des autres : par exemple, le son seul de la pièce, le souvenir même du son, suffisant pour la faire renaître en nous avec chacune de ses qualités, on voit du coup quelle économie considérable d'attention ou d'activité l'esprit réalise de la sorte en ses opérations.
Mais, prises à part ou dans le groupe dont par association elles font partie intégrante, nos sensations et conséquemment leurs images n'offrent pas toutes le même intérêt intellecluel. Ainsi nous ne trouvons dans les sensations des orcjanes internes aucun caractère qui permette de les classer ni de les décrire ; elles ne nous procurent guère que du plaisir ou de la douleur ; c'est dire que l'élément «^ec^z/ les constitue presque exclusivement.
Il en est à peu près de même des sensations de l'odorat et du goût, dont le rôle est bien modeste dans la science, quoiqu'elles laissent pourtant
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une certaine prise à l'intelligence, puisqu'on peut, comme le chimiste, s'en servir pour discerner la nature des corps.
Les sons nous offrent, au contraire, divers aspects sur lesquels s'exerce l'activité de l'esprit : Xintensité, le volume^ le timbre, la hauteur; aussi donnent-ils lieu à deux sciences distinctes : Y acoustique et Y harmonie. Mais ils doivent principalement de jouer un rôle de premier ordre dans la vie mentale, à ce qu'ils servent directement aux inanifestations de rexpression verbale.
Plus instructives encore sont les sensations visuelles^ qui nous font connaître les propriétés lumineuses, la couleur, et, après expérience, la forme^ la grandeur apparente^ la distance^ le volume des objets ; cependant, bien que la science de Y optique soit basée sur elles, nous leur devons un secours plus utile, à savoir, d'être dune part initiés à la pensée d'autrui^ grâce à la parole écrite conservée dans le temps et transmise à distance, et, d'autre part, de traduire à notre tour nos idées sous une forme manuscrite qui en devient ainsi l'expression manifeste. — N'oublions pas leur privilège d'être, avec les sensations audi-
2 l'imagination eï ses variétés chez l'enfant
tives, les seules esthétiques^, c'est-à-dire les seules auxquelles nous devons de jouir des différents arts : poésie, musique, peinture, sculpture, architecture.
Quant aux sensations tactiles-musculaires^ , sensations fondamentales, puisqu'elles sont les éducatrices de la vue (ce toucher à dislance), elles nous permettent de distinguer les degrés de poids, à.^ élasticité, de résistance, et contribuent pour une immense part à nous faire connaître V étendue, le volume, la forme des objets, ainsi que leur distance, leur situation. D'un intérêt capital pour la connaissance des corps, elles sont, avec les sensations auditives et surtout avec les sensations visuelles celles qui profitent le plus au développe-
(1) « La perception de la beauté est réservée à deux sens, l'ouïe et la vue , et rien ne peut les remplacer. Si nous n'avions que le toucher, le monde décoloré et muet, ne rendant aucun son et n'offrant aucuns jeux de lumière, serait pour nous infiniment moins beau et moins digne d'intérêt. » (II. Jlarioii, Leçons de psychologie appliquée à l'éducation, p, 292-293.)
(2) Nous rangeons sous ce nom commun les sensations dues au Toucher et au Sens musculaire ou kinesthélique (voir plus loin, p. 75), parce que ■< ces deux sortes de facultés sensitives se confondent d'une manière si intime, qu'il est en partie impossible de séparer l'un de l'autre leurs centres cérébraux. >• (Gharlton Baslian, Le cerveau, organe de In pensée, t. Il, p. 204.)