‹ L'imaginatiom et ses variétés chez l'enfantChapitre 6 sur 24 · LA LOI PSYCHOLOGIQUE DE L'ASSOCIATION · texte numérisé non relu

LA LOI PSYCHOLOGIQUE DE L'ASSOCIATION

Ces images verbales s'associent entre elles et avec les images constitutives de Tidée, en sorte que la réapparition de l'une quelconque amène celle des autres S les idées se rappellent - à leur

peut prendre en lui une puissance plus ou moins grande. Autre marque de leur indépendance : certaines maladies amènent la disparition de l'une de ces catégories d'images, en laissant subsister toutes les autres et les idées auxquelles elles ont été associées. Ainsi tel individu qui a complètement perdu l'usage de la parole {aphasie motrice), écrit en bons termes et d'une main assurée l'histoire détaillée de sa maladie ; tel autre qui a conservé la parole, qui lit l'écriture cursive ou imprimée, est incapable d'écrire [agraphie) ; une autre personne demeure capable de parler, de lire, d'écrire, mais elle ne comprend plus les mots qu'elle entend prononcer {surdité verbale); une autre écrit, parle et comprend les mots, mais ne peut les lire {cécilé verbale). — Consulter làdessus l'intéressant ouvrage de M. Gilbert Ballet: Le Langage intérieur et les diverses formes de Vaphasie.

(1) Lorsque nous lisons par exemple le mot cloche, nous réveillons les sensations auditives , visuelles , tactiles, que nous a données autrefois la cloche, les sensations que nous, avons eues en entendant, en prononçant ou en écrivant le mot, et nous avons en même temps la vision actuelle du mot lui-même. Si le rappel de tous ces éléments est provoque par l'audition, la vision, la prononciation ou l'écriture du mol, le langage est dit extérieur ; il est intérieur quand tous ces éléments associés se présentent groupés autour de l'un d'eux, évoqué par notre souvenir.

(2) Soit parce qu'elles ont été déjà conliguës, c'est-à-dire se sont antérieurement présentées ensemble à l'esprit, ou tout au moins l'une ù la suite de l'autre : ainsi l'idée de Platon réveille en nous celles de Socrate et d'Aristote, — l'idée de l'aris, celle de la Seine, — l'idée de Tartufe, celle de Molière, — la vue des lieux historiques, le souvenir des événements

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lour, les mots également ' : d'où un vaste champ ouvert à l'activité mentale.

C'est en effet sur ces éléments réunis que l'esprit s'exerce, c'est à les élaborer qu'il s'applique, pour en tirer la science et l'art. M. Rabier l'a supérieurement exprimé : « L'intelligence, dit-il,

qui s'y sont accomplis, ou des personnages illustres qui y ont vécu ; soit parce qu'il existe entre elles une certaine ressemblance (ce n'est d'ailleurs qu'un cas particulier de la loi précédente) : Tibère fait penser à Néron, un portrait à l'original, une œuvre nouvelle à d'autres analogues.

(1) Le commencement d'une phrase ou d'un vers appris par cœur en ramène automatiquement la suite. — Plus spécialement, tantôt la première syllabe d'un mot, et tantôt la dernière suggèrent d'autres mots o\x elles se rencontrent (consulter Va.Vi\hciX\, Physiologie de l'esprit, p. 120-123) : « Un matin, dit M. Maury, je me rappelai que j'avais eu un rêve qui avait commencé par un pèlerinage à Jérusalem ou à la Mecque ; je ne sais pas au juste si j'étais alors chrétien ou musulman. A la suite d'une foule d'aventures que j'ai oubliées, je me trouvai, rue Jacob, chez M. Pelletier, le chimiste, et dans une conversation que j'eus avec lui il me donna une pelle de zinc... Voilà trois idées, trois scènes principales qui sont visiblement liées entre elles par les mots pèlerinage, Pelletier, pelle, c'est-à-dire par trois mots qui commencent de même et s'étaient évidemment associés par l'assonance. » {Le sommeil et les rêves). — Voir ibid., p. 116, un exemple de même sorte où l'enchaînement des idées est produit par les mots « kilomètre, kilo, gilolo (île), lobélia (fleur), Lopcz (général), loto ». — Quelquefois une seule lettre suffit à elTectuer la suggestion : « Désirant nommer mon ami le docteur Itastian, rapporte Lewes, je dis le docteur Brinlon ; je me repris immédiatement en disant le docteur Bridges ; je me repris encore pour prononcer enfin le docteur Baslian. Je ne

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est comme l'art, elle travaille sur une matière qu'elle ne crée pas; comme l'art, elle présuppose la nature. C'est la nature qui nous inspire toutes nos idées; c est ensuite F intelligence qui les compare, les analyse et en saisit les rapports. Directement, l'intelligence, au sens étroit du mot (c'està-dire la réflexion, la raison), est incapable de suggérer une idée, une seule. Nous ne dirons pas sans doute avec un philosophe allemand que « l'intelligence ne fait que recevoir les fruits mûrs que la nature lui jette sur les genoux » ; car ce serait nier le rôle de l'intelligence qui est immense; mais on peut dire du moins qu'elle se borne à faire fructifier les semences qu'elle lui fournit... Le génie lui-même, pour se mettre à l'œuvre, ne peut qu'attendre le bon vouloir de son organisme ; et voilà pourquoi l'esprit le plus original et le plus libre est, comme l'a dit Pascal, à la merci de l'accident le plus vulgaire : une circulation un peu plus lente, un rhume de cerveau

faisais aucune confusion quant aux personnes. Mais l'élément commun aux trois noms, à savoir la lettre B, avait suffi à les rappeler tous les trois. » On remarquera par ces deux derniers cas que, bien qu'il n'y ait aucun rapport mental entre deux idées, l'une peut éveiller l'autre, en raison de la corrélation des formes verbales qui les expriment.

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réduisent à l'inacLion les facultés d'un Newton ou d'un Leibniz ' . »

(1) Pour saisir toute la justesse de ces dernières lignes, il faut se reporter aux conditions physiologiques probables de la mémoire et de l'association des faits de conscience, qui n'en est du reste que la loi la plus générale.

On sait que le cerveau est composé de cellules nerveuses à prolongements étoiles, et la sensation (pour nous en tenir à ce phénomène élémentaire) paraît due à l'ébranlement que produit en l'une d'elles le mouvement transmis par les nerfs sensitifs. Or ce mouvement physiologique ne disparaît pas entièrement avec l'excitation qui l'a causé ; H laisse son erapreinte sur le cerveau en cette façon que lui ayant fait subir une modification déterminée, il crée en lui une aptitude à être ensuite modifié plus aisément dans le même sens ; il lui donne une certaine habitude qui rend facile, sous l'influence d'une faible excilation nouvelle, la reproduction d'un mouvement analogue au premier et par conséquent d'une image semblable. Ainsi s'expliquerait la mémoire. — Maintenant une fois que le souvenir ou image de la sensation a reparu de la sorte, il réveille à sa suite, avons-nous dit au début de ce chapitre, tous les états de conscience qui s'étaient primitivement trouvés associés avec la sensation remémorée ; c'est qu'ici encore il y a eu une habitude engendrée, par Tassociation cette fois, et cette habitude favorise la transmission physiologique des mouvements cérébraux. En elTet, deux cellules s'étant une fois unies, le mouvement nerveux s'est propagé de l'une à l'autre ; mais dès lors il aura pour l'avenir plus de facilité à se propager encore de même, suivant la ligne de moindre résistance (Spencer) ; aussi, dès que sous l'influence d'une nouvelle excitation sensorielle, il aura passé du nerf sensitif dans la première des deux cellules, se transmettra-t-il immédiatement à la, seconde et ainsi de suite.

On comprend par là que tout ce qui pourra favoriser la conservation et la restauration de ces mouvements cellulaires

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D'où résulte dans ces conditions la diversité des esprits? Evidemment de la façon différente dont en eux sont emmagasinés et restaurés tels ou tels des éléments que fournit l'expérience. Nous allons étudier ce point.

el de leurs combinaisons facililera singulièrement la mémoire (tels, un bon état général de l'organisme, une atmosphère saine, une alimentation suffisante, une circulation active, l'usage modéré d'excitants du système nerveux, comme le café, etc., etc.) ; que tout ce qui gênera celte même restauration empêchera la mémoire (ainsi l'anémie, l'abus des boissons alcooliques, la respiration d'un air impur, la privation de nourriture, la fatigue, la maladie, etc.) et du même coup paralysera en quelque sorte Vintelligence qui ne peut exister sans elle : « Sans mémoire, dit le docteur Gli. Richet {Essai de psychologie générale, p. 156), il n'y a rien dans l'intelligence, ni imagination, ni jugement, ni langage, ni conscience. C'est la clef de voûte de l'édifice intellectuel. »

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