‹ L'imagination de l'artisteChapitre 13 sur 39 · I.K SYMBOLISME DE^ COn.ELH · texte numérisé non relu

I.K SYMBOLISME DE^ COn.ELH

Dominique la nolalion exquise. Il allait de la sorlc d'un art à l'autre, prenanf garde seulemoni, comme il disait, de ne jamais se tromper d'outil.

Cela est très bien. Mais voici qui vaut mieux encore. Au lieu de faire abstraction de ces sensations accessoires qui se mêlent à la contemplation de la nature ou de leur chercher une expression dans un art étranger, le peintre s'elTorcera de les exprimer de quelque manière par la seule vertu de la couleur.

C'est ici que commence le symbolisme. Entre la couleur des objets que le peintre peut reproduire littéralement, et leurs diverses qualités sensibles qu'il veut représenter, il l'aiil que nous trouvions une correspondance; et cette correspondance doit être naturelle, pour nous expliquer comment l'artiste peut nous faire spontanément passer de l'une à l'autre, ou en d'aulres termes nous suf^^ércr l'une par l'autre.

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Les parfums, les couleurs cl le.s sons se répondenl. 11 est des parfums frais couime des chairs il'enfanls, Doux comme les hautbois, verU comme les prairies; Et d'autres corrompus, ricbes et triomphants, Ayant l'expansion des choses iulinies.

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens, Qui chantent les transports de l'esprit cl des sens.

%il& la première formule, donnée par Baudelaire, de ces mystérieuses correspondances des sensations, dont l'art moderne a tiré des effets si originaux et parfois si poétiques.

Quels sont donc les divers rapports qui nous permettent d'établir entre deux sensations données une correspondance naturelle? Oii peut tous les ramener à deux : un rapport d'association, un rapport d'm

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lu'/iu. Associalion, Bnalogie, ces deux mois sont li flouble clef de toute transposition symbolique.

Grâce à lassocialion des idtes il s'tUablil, enlre les sensations qui se sont souvent rencontrées dans la conscience, une affinilé telle que si l'une vient à nous être réellement rendue, l'imago des autres ne manquera pas de se présenter plus ou moins neltoraent à noire esprit. C'est ainsi que la couleur d'une fleur me fait songer à son parfum; si je retrouve dans une autre fleur, dans un objet quelconque, une coloration identique, je serai lenlé de lui attribuer un parfum analogue. Mais ce n'est pas encore assez dire. Quand deux sensations ont été fortement associées dans notre imagination, non seulement l'une nous fait penser à l'autre, mais nous avons une tendance à les fondre l'une dans l'autre; leur associa, lion devient une véritable combinaison. Ca phénomène est manifeste dans la rencontre des sensations colorées avec les sensntions de l'odoral. Qi'î'id. P^'' exemple, j'approche un bouquet de violettes de mes narines, les deux sensations que j'éprouve à la fois se marient si bien que je ne songe pas à les distinguer : je les retrouve l'une dans l'autre, la couleur dans le parfum, le parfum dans la couleur; j'ai comme la sensation résultante d'un parfum bleu foncé. De même je serai disposé à trouver que les fleurs de la série blanche, narcisse, tubéreuse, lis, oranger, ont quelque chose de blanc dans leur odeur, et à senlir comme du jaune dans le parfum des Heurs de la série jaune, genfit, jonquille, cytise, ajonc, mimosa. En continuant ces rapprochements de la couleur avec des impressions qi^elconqm nous verrions et nous expliquerions commeatr|j

peut en prendre par associaliou la qualité sensible. N'y a-t-il pas des couleurs savoureuses el des couleur» nauséabondes, par iiiconscieul rappel des substances qui stimulent l'appétil ou provoquent le dégoût? Certains Ions verts semblent acides; certain rouge groseille agacera les denfs. Pourquoi les , peintres parlent-ils de couleurs chaudes et de couleurs froides, sinon parce que les unes noua font penser aux objets cbauds dans lesquels nous les avons remarquées, braise ardente, llamme, soleil, tandis que les autres évoqueront plutôt des images d'ombre, de feuillage, de fontaines, de glaciers, de neige et de figures transies? Sans doute il ne faut pas regarder de trop près à ces Impressions. Toutes les pbrases par lesquelles nous essaierions de les rendre seraient trop lourdes pour en exprimer la nature, tant elle est incertaine et légère. Celte couleur est-elle vraiment chaude? C'est trop dire; je pense seulement que, si elle avait une température, ce serait plutôt celle-là. La fusion des sensations se produit surtout dans les moments de rêverie, de contemplation oisive, où notre moi, lluide et flottant, .se perd dans ses propres impressions. Guy de Maupassanl nous décrit quelque part l'impression de la côte italienne entrevue dans une brume lumineuse, et d"un souffle de vent qui lui apportait des harmonies lointaines mêlées à un vague parfum de fleurs d'oranger. Est-ce le parfum qui était harmonieux, esl-ce l'harmonie qui était embaumée, il n'aurait su le dire, tant les sons et les senteurs se fondaient dans cette brume. Il eu est de inéme des impressions dont je parlais (ont à l'heure; nos sensations ne se confondent ainsi que dans la brume de la

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On voit (l('jà quel parti le peintre peul tiret CCS correspondances pour exprimer, au moyen de la seule couleur, les diverses qualités sensibles des objets. 11 ne se contentera pas de reproduire sur la loilc la nuance e^^acto de l'objet qu'il a devant lui, s'en rcmetlani, à notre imagination du soin de nous représenter le reste. Non, il insistera sur les leintes (jui sont spécialcmenl caraclcrîstiqucs de la sensatiou ù rendre; il les mellra en évidence, il en exagérera l'intensité pour noua pénétrer davantage de leur expression. 11 verdira encore le fruit vert, jusqu'à nous amener au goût quelque chose de sa .■iaveuracide. S'agit-il Je représenter la gelée blanche, il cherchera sur sa palelte les Ions les plus Troida qu'il y puisse Irouvcr, bleuira ses ombres jusqu'à les rendre glaciales. Supposons que, par gageure, un peintre essaie de nous rendre /es seiimlions d'un jeune Flamand fumant sa première pipe. Il le représentera, cela VQ sans dire, tout pflle, accoudé k une table, soutenant sa léle de sa main. Mais ce ne sera pas assez encore. 11 faudra que, par un artiSce do composition, il étende sur la toile entière les teintes ]i\ ides que nous aurons remarquées sur le visage de son fumeur; nous les retrouverons jusque sur les murailles de la salle, un peu gauchies pour accentuer l'impression de verlige; après quelques minutes de contemplation devanl un tel tableau, nous nous sentirons comme pénétrés d'une odeur de tabagie, et pour peu que nous soyons impressionnables, la [He manquera de noua tourner (Voir La première pilii^, du musée de Lille), D'une manière générale,

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élanl donnai! une impression à proiloîie, oq devra chercher dans l'objel. les tous qui sont le plus capables Je. ia suggérer par association, et accentuer ces tons de parti pris; à tout le moins devra-t-on se garder des nuances conlraires, qui risqueraient d'égarer l'imagination du spectateur, ou de neutraliser, par des associations antagonistes, l'impression du sujet.

Voici maintenant de nouvelles correspondances qui peuvent s'établir entre les sensations, et qui vont nous Faire entrer un peu plus avant dans le symbolisme. Ce sont les rapports d'analogie.

Entre deux sensations données, d'ordre tout à fait dilTérenl, nous pouvons découvrir parfois une certaine ressemblance, qui nous fera trouver leur rapprochement plus naturel. Soil par e.vemplc la saveur de l'abricot, et sa couleur. Je trouve que les deux sensations s'accordent si bien, qu'elles forment uno harmonie. Même jugement pourla grenadcrje dirai qu'elle a bien le goût de sa couleur. D'où vient celte sorte d't^quivalenee que j'établis entre les deux sensations? Est-ce seulement de leur association, parce que je suis accoutumé à les percevoir ensemble?Jû ne le pense pas, car je n'en dirais pas autant de la saveur et de la coloration du coing, du melon, de la viande, du sucre, qui pourtant sont aussi fortement associées. Le parfum de la fleur il'i^glanlier et sa couleur nie semblent en parfait accord. Par contre, je suis surpris que la mauve n'ait pas une fine senteur; que le muguet n'ait pas un parfum plus agreste, plus discret; que le réséda soit si embaumé, et ([ue l'épine en llcurs sente le hanneton. Los couleurs et les parfums peuvent donc se répondre

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plus OU moins, parfois 1res bien, parfois 1res mil, quel que soiL d'ailleurs leur rapport d'association. Reslt! à Lrouver la raison de ces analogies. Si différentes que soient les deux sensations que je compare, elles peuvent se ressembler pourtant en ce qu'elles me donnent une impression identique, agréable ou désagréable, vive ou légère; ou bien en ce qu'elles sont toutes deux expressives d'un môme scnliment. Dans tous les cas on pourra trouver en elles un élément commun qui, perçu d'une manière plus ou moins consciente, me fera senlir enli-e elles une affinité; c'est ainsi que je sens une aftînilé de timbre entre deux sons qu'accompagnent les mêmes harmoniques. Pour que deux sensations nous paraissent analogues, il suflit que nous puissions leur donner une épithète commune; mais l'analogie, bien entendu, sera d'autant plus saisissante que cette épith6le pourra être moins banale.

Parfois l'analogie se complique et devient une sorle de proportion géométrique. Ce que je compare dans ce cas, ce sont deux rapports. Je penserai, par exemple, que tel rapprochement de tons est aussi agréable que tel accord musical, ou bien aussi désagréable que telle dissonance. Cela semble former des équations assez compliquées. Avec quelle aisance cependant les artistes savent se reconnaître dans ces' analogies, et nous les présenter de telle manière que nous-mêmes nous les saisissions du premier coupl

De la théorie passons aux applications. Le peiiilre s'inspirera de ces analogies de la sensation pour établir une harmonie entre la tonalité de son coloris et le caractère des objets représentés, Soil un tableau

LE .SYMEIULISMK LES COl'LEL'Rii. tUl

de flfîurs que nous devons senlir légères, fraîches et parfumées. Il ne suffira pas que les nuances de ces fleura soient exacLemenl reprodnîles, et disposées sur un fond qui les fasse valoir; il faudra qu'il y ail quelque chose de léger, de frais et de suave dans tous les tous employés; en tout cas une loîte oii celle harmonie se rencontrera nous donnera une impression plus satisfaisante que celle où Je peintre D'en aurait pas tenu compte. On se rappelle ces vieux tableaux oii un bouquet bien clair se détachait sur un fond bien sombre. Ce vigoureux repoussoir faisait certainement ressortir on ne peut mieux le sujet principal; mais il alourdissait toute la composition. Faut-il tant d'appareil pour nous présenter quelques lleurs des champs? Un fond plus clair, plus riant d'aspect, quelques touches légères jetées comme en se jouant par la main de l'artiste doivent suffirc'et seront mieux dans le sentiment du. sujet, On conçoit encore quel contre-sens on commettrait, si l'on peignait dans la même gamme de couleurs le Malin s'avangant de son picil léger sur la prairie, ou la Peste enfonçant une porte que l'ange exterminateur lui montre du doigt. Toutes les qualités que nous pouvons attribuer nnôme par métaphore à une couleur, transparence, opacité, mollesse, dureté, légèreté, lourdeur, etc., pourront servir à exprimer dans les objets représentés une qualité correspondante. Et c'est en effet par de véritables métaphores que le peintre s'exprime, quand par exemple il représente par des tons frais à l'œil un objet qui doit paraître frais au toucher, ou par des touches légèrement posées sur la toile la lûgèrcté d'une vapeur flottant dans l'air.

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