‹ L'imagination de l'artisteChapitre 17 sur 39 · LES FIGURES SYMBOLIQUES · texte numérisé non relu

LES FIGURES SYMBOLIQUES

De ce symbolisme des couleurs, subtil mais simple en somme et dont il n'était pas trop difficile de dégager la théorie, nous arrivons au symbolisme des images. Ici notre enquête devient plus difficile. Nous aurons à déchiffrer quelques énigmes. Volontiers les symbolistes enveloppent leur pensée dans un nuage, s'enfoncent dans de mystérieuses profondeurs où le vulgaire a peine à les suivre. Essayons cependant. Procédons comme nous l'avons fait tout à l'heure, en commençant par les cas les plus simples pour finir par les plus complexes. Quand on explore une caverne, il n'y faut pas pénétrer trop vite, on serait ébloui par ces brusques ténèbres. Mieux vaut avancer pas à pas dans la lueur décroissante, laissant les yeux s'habituer à l'obscurité; ainsi l'on finira par discerner quelque chose dans les régions profondes où tout d'abord on ne voyait que du noir.

Supposons un homme qui ne saurait ni parler, ni écrire, ni faire de gestes, mais dessiner seulement; très intelligent d'ailleurs, très prompt à dis-

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cerner enlrc les choses les plus subtils rapports, et doué, pour comble, d'une imagination exceptionnelle. Maintenant assistons à ses efforts pour exprimer, avec son crayon seul, toutes les pensées que nous exprimons si aisément par la parole. Ses tentatives nous représenteront assez bien la genèse du symbolisme; car telle est précisément la situation de l'artiste qui veut se servir de son art non plus simplement comme procédé d'imitation, pour reproduire l'apparence des choses, mais comme procédé d'expression, pour traduire des idées.

Il n'aura évidemment aucune difficulté à se faire comprendre, quand il s'agira d'objets visibles ou tout au moins imaginables, comme un animal, une maison, un arbre, un site donné, un centaure ou un griffon; ce sont là des choses qui ont forme et couleur, et dont par conséquent un artiste n'aura pas de peine à donner l'idée. Il est ici dans son élément. Il lui suffira de marquer en quelques coups de crayon la silhouette de l'objet auquel il veut nous faire penser; la figure la plus sommaire suffira, pourvu que nous puissions y mettre le nom de la chose. Les signes les plus simples et les plus conventionnels seront même ici préférables de toute façon à un dessin exact et détaillé. Ils seront plus vite tracés, plus vite reconnus. Ils auront surtout l'avantage de se donner pour ce qu'ils sont, pour des signes idéographiques qu'il s'agit d'interpréter ; nous ne serons pas tentés de les regarder simplement, sans arrière-pensée, comme un dessin ordinaire. Nous avons déjà signalé ce fait, que Tart symboliste a sa facture spéciale, ultra-conventionnelle, qui suffirait pour le faire reconnaître au premier coup

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d'œil; il n'esl pas symbolisle par le l'onil soulement, mais aussi par la forme. Nous nous expliquons ce besoin de pousser la convenlion jusqu'à ses dernières limites. Une figuralion plus réaliste nous déconcerierail; nous serions tonttis de prendre l'œuvre au sens littéral : il fauL bien que ce qui est symbolique ail l'air d'un symbole cL par conséquent se différencie nellemenl de la réalité. I! y u là une régie de convenance que l'ailiste, s'il no l'applique pas de propos délibéré, respectera d'instinct. Dans l'exécution de son œuvre, il s'arrôlora au moment où il jugera sa pensée pleinement rendue ; et si par mégarde il allait un peu trop loin, si son «euvrc, emblématique d'intention, devenait trop naturelle d'aspect, il sera averli de cette discordance par un sourd malaise, protestation inconsciente du goût : sans savoir pourquoi, il sentira que « cela segAte n. Au contraire, quand il s'en tiendra au degré voulu, il aura le sentiment d'une harmonie entre l'aspect irréel des figures et la nature abstraite des idées qu'elles doivent rendre. C'est ainsi que par instinct ou par raison, du premier coup ou bien après quelques tâtonnements, il s'arrêtera à celle loi, que loute reuvre doit f'trc d'autant plus conventionnelle d'exécution qu'elle est plus symbolique.

Mais comment notre dessinateur pourra-l-il nous donner, avec son crayon, l'idée de choses qui n'ont ni forme ni couleur, qui ne sont ni visibles ni mémo imaginables ; une pensée générale , une qualité morale, un pur sentiment? Ne pouvant les exprimer directement, il faudra i[u'il s'ingénie à leur trouver une expression indirecte. Il leur cherchera, dans l'ordre des choses visibles, un équivalenl. Comme

fait le poète, il devra convertir les idées en images, mais en images plus concrètes, plus matérielles encore, puisqu'elles doivent nous être mises réellement sous les yeux.

Les procédés usités dans Tart pour exprimer en images visibles les idées générales ou abstraites sont d'une variété indéfinie. Nous ne saurions songer à les mentionner tous. Une telle étude, si intéressante qu'elle soit, nous mènerait trop loin. Nous nous contenterons de signaler les plus significatifs, ceux dont on tire les effets les plus esthétiques, et qui mettent le mieux en évidence la fonction de l'imagination symbolique.

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