Jules Leraailre, Les Ctinlcmporains, 4" Ht
LES FIGL'IIEH SYMliOl-IQUES. Ii7
sens profond, sans rien pftnlre de sa bcauLé formelle l'œuvre prendra un caractère idcal qui portera notre admiration ù son comble. Nous ne resterons pas suspendus, anxieux, dans l'attente du mol révélateur qui donnerait enfin à la srène représentée un sens quelconque; nous nous avancerons à loisir et en toute sécurité dans notre interprétation, aussi loin qu'il nous plaira, parce que dès le premier moment nous avons trouvé à l'œuvre un sens plein et solide. — Dans l'image qu'il nous a présentée de la Création de l'homme, Michel-Ange, à n'en pas douter, s'est montré symboliste, et de grande envergure. La manière dont le Créateur, en passant devant notre terre, communique la vie à sa créature en la touchant seulement du doigl ; les esprits célestes qui le soutiennent dans l'espace et sont aussi empoi'tés par lui, germes de vie, iinies futures dont il peuplera le monde; le regard d'étonnement, presque d'efîroi que l'un d'eux, le plus beau de tous, jette sur le premier homme; et par-dessus tout le grand geste lassé dont Adam reçoit l'étincelle divine, comme si déjà il sentait en lui le poids de l'existence et de tout le labeur humain : autant do symboles sur lesquels l'esprit pourrait méditer lontemps. Mais 60 même temps les yeux ont un objet de contemplation d'une beauté parfaite sur lequel ils peuvent se reposer. Au seul point de vue esthétique, l'Adam est admirable. Jamais le génie plastique n'a conçu de la forme humaine une plus grande et plus belle image, jamais il n'a mis dans une attitude plus d'harmonie et de majesté.
Que l'image première qui nous est présentée soit donc belle par elle-mômc : sur ce point nous devons
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ûlie inlransigeaiils. Qu'elle soit belle , aussi, et vraisemblable autant que possible. Mais les droits de l'art ainsi réservés, nous pourrons Cire d'une complète tolérance sur la nature des bu^^slions secondaires. Que l'artiste soit aussi profond, aussi mélapliorique qu'il voudra; qu'il donne à ses emblèmes, outre leur sens propre et leur sens figuré, un sens mystique que seuls comprendront les initiés, et s'il le veut encore un dernier sens dont lui seul aura la clef, nous ne saurions le lui reprocher. Son oeuvre ne sera pas pour cela obscure, puisque rafime sans cela elle a un sens.
Je dirai plus. Sous cette réserve toujours que les emblèmes aient par eux-mêmes une beauté, non seulement nous n'exigerons pas qu'ils aient une signification très précise, mais nous préférerons même q ulls . en aient une un peu incertaine et flottanlenVe l'oublions pas, nous ne parlons icT que du symbolisme d'art, de celui qui doit produire une impression esthétique. Un symbolisme trop exa ct ne donne aucun essor à l'imagination. Il^sf aec; il est prosaïque. Dire exactement ce que l'on veut dire et ne rien laisser entendre de plus, n'est-ce pas justement la définition de la prose? Mieux vaut la poésie, qui met l'imagination en mouvement puis l'abandonne à ses libres rêveries. Nous risquerons de ne pas retrouver exactement dans l'tjeuvre les sentiments et les idées que l'artiste a voulu y mettreï Qu'importe, nous en retrouverons au moins l'équivalent, en sentiments et idées de même ordre. C(Mt damnerons-nous la musique parce que jamais elte n'a donné à l'auditeur la nuance précise d'émotion que le compositeur entendait exprimer? Ce chant