LES DROITS DE L' IM AGFNATFON
Telle est l'objection réaliste. Je ne crois pas en ' avoir atténué la force. Il faut répondre.
Je ne veux dire aucun mal du réalisme. Nous pourrions nous donner le plaisir facile, pendant que nous avons la parole et qu'il ne peut répliquer, de l'accabler de nos ironies. Ce serait intolérance et injustice. II procède de deux sentiments éminemment respectables, le souci do la vérité et l'admiration de la nature. Il a inspiré des œuvres de tout premier ordre. S'il est un réalisme froid et indifférent, qui , copie les choses réelles par impuissance à rien inventer, et les reflète passivement comme le ferait un miroir, il est un réalisme ardent, passionné, qui se voue à reproduire les images de la nature parce ; qu'il y voit la suprême beauté, qui contemple les I choses d'un regard avide pour en absorber l'essence j et la faire passer dans son œuvre, qui poursuit aveO ' un acharnement désespéré, comme un idéal inact sible, son rêve d'iinilalion intégrale. II sait ce qu'il veut : c'est une force. La lâche qu'il entreprend est J vraiment belle. S'élant proposé comme fin l'imitation, ;
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ce qui est son droit, il est logique en essayant de la porter jusqu'à l'exactitude absolue. Je ne comprends guère qu'un artiste s'attache pendant des mois ô reproduire avec une patience infinie les moindres détails d'un objet vulgaire, sur lesquels les yeux s'attacheraient à peine un instant dans la réalité. Mais plus l'objeL a de valeur propre et de dignité, plus il est digne qu'on le représente exactement. Il est dans le monde des choses si belles et qui nous tiennent tant au cœur, que nous voudrions en avoir toujours l'image devant les yeux, l'image fidèle, intégrale, absolue. C'est à ce désir que répond l'art réaliste.
Il est utile, il est indispensable encore comme étude, pour obliger l'artiste à se rendre maître de son métier. L'imagination est complaisante, elle se prête aux caprices de l'exécution; si le pinceau ou l'ébauclioir ne rend pas exactement son idée, elle en prend trop facilement son parti. Le réalisme au contraire est une école sévère. II est bon que le peintre, que le sculpteur s'exerce à reproduire son modèle sans tricherie, sans compromis, en toute rigueur. — Il est indubitable enfin que ces brusques retours au réalisme, dont on parlait tout à l'heure, sont parfois nécessaires pour rompre avec des conventions fâcheuses. L'art s'en allait à la dérive, il faut qu'il reprenne pied dans la ferme réalité.
Nous admettons donc pleinement l'art réaliste. Ce que nous ne saurions accorder à ses partisans, c'est qu'il soit le seul art possible et recommandablo. Courbet est un véritable artiste; mais tout l'art n'est pas dans Courbet.
Pourquoi notre seul souci devrait-il être d'imiter? Quelle obligation supérieure nous voue à la tâche de