L'INVENTION PLASTIQUE
Voyons donc Timagination inventive au travail dans la composition de l'œuvre d'art.
Il est évident que certains artistes ont de l'imagination dans le même sens et au même degré que les poètes comiques ou tragiques et que les romanciers. Ils savent créer des types psychologiques, inventer une intrigue, mettre en présence un certain nombre de personnages animés de sentiments divers, les engager dans une action dramatique. Ils écrivent des histoires sans paroles. Cette faculté d'invention dramatique n'est nullement à dédaigner. L'art lui doit des œuvres émouvantes. Dans certains genres nous avons vu qu'elle est tout à fait indispensable. Mais nous nous contenterons d'en signaler ici la valeur. Nous ne l'étudierons pas en détail, justement parce qu'elle n'est pas particulière aux sculpteurs et aux peintres; elle est aussi littéraire qu'artistique.
Nous laisserons également de côté, si intéressant qu'il soit en lui-même, tout ce travail imaginatif auquel l'artiste, une fois son sujet arrêté, doit se
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livrer pour disposer de la façon la plus heureuse les personnages on les objets qu'il fait entrer dans sa composition. On sait ce qu'il en coûte d'efforts, de tâtonnements, de combinaisons de toute sorte pour arrêter le scénario d'une pièce ou le plan dun roman. Toutes les idt'es sont présentes dans l'esprit do l'écrivain, toutes voudraient à l a fois trouver place dans l'oeuvre, mais il faut les introiluire l'une après Vautre, les mettre à leur rang, briser souvent leurs associations spontanées pour leur imposer un ordre de succession nouveau. C'est la période laborieuse et souvent mâme exaspérante de l'invention littéraire : l'effort de l'écrivain pour débrouiller, casser et renouer ces innombrables fils qui s'entre-croisont dans sa tête peut aller jusqu'à une i-ée.lle souffrance. Ce labeur et cette angoisse ne sont pas épargnés à l'artiste quand il combine le plan de son œuvre future. Mais nous ne voyons encore là rien qui suppose une aptitude spéciale et oxif^e une tournure d'imagination particulière.
Il est une autre sorte d'invention, spéciale à l'arliste, et que nous devons étudier do très près : c'est ]'ini>enliuri jjltislique, par laquelle il transforme les imnges de la nature.
Dans ce travail de transformation nous dislingueions divers degrés, qui nous fourniront une sorte de progression, depui.s les cas où l'activité propre de l'imagination est moins manifeste jusqu'à ceux oi'i elle est mise en pleine évidence et devient presque excessive.
Au premier degré, l'imagination s'écarte peu de la nalure; elle en modilîe l'aspect, mais sans lui enlever son caractùre; elle dispose eu combinaisons
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nouvelles les éléments qu'elle lui a empruntés, mais si prudemment, avec un tel souci des vraisemblances, qu'à peine peut-on s'apercevoir du changement : c'est l'invention dans le mode réaliste.
Plus hardie, elle ne craindra pas de modifier visiblement, pour leur donner plus de beauté, l'image des choses. Ce sera l'invention dans le mode idéal.
Enfin nous entrerons en plein arbitraire. Nous verrons l'imagination abandonnée à elle-même, pliant la nature à ses convenances propres, se faisant de l'invention plastique un jeu. Et ce sera la pure fantuisie.