PRÉPARATION NÉCESSAIRE
Tout d'abord une préparation est nécessaire.
L'imagination de Tartiste n'a pas ici besoin de stimulants : nous devons le supposer doué de cet amour passionné du beau qui le transportera d'enthousiasme au spectacle des belles formes, et lui inspirera le désir d'en créer de plus belles encore. Mais elle a besoin d'aliments. Elle ne fait rien de rien. Ses créations ne sont qu'une élaboration. L'artiste le plus génial aurait beau s'absorber dans une méditation profonde, il serait incapable de se représenter la beauté parfaite s'il n'avait jamais rien vu d'approchant. Il faut donc qu'il commence par s'informer, par observer, par étudier, amassant ainsi les matériaux qu'il utilisera dans ses constructions mentales.
Ces études se feront sur le modèle vivant et sur les chefs-d'œuvre de l'art. Les deux procédés sont également indispensables. Ils se complètent et se rectifient l'un l'autre.
Est-il besoin de démontrer longuement, une fois de plus, les avantages de l'étude d'après nature? 11 est trop évident qu'ici l'on ne saurait s'en passer. Elle seule, nous le savons déjà, peut nous faire vraiment connaître le corps humain, nous en révéler la structure, nous le faire voir sous tous ses aspects, dans l'infinie variété de ses altitudes. Elle est impérieusement requise pour nous rendre, quand nous risquons de le perdre, le sens de la réalité. L'imagination de l'artiste, trop longtemps abandonnée à
eïle-même, à Torce de retoucher la nalure pour la renilre pliisconrortne à son idi-al.fininiilfiar lacuiii* plèlemetil dérormcr. C'est ainsi que certain» {iciii- Ires et sculpteurs finissent par nous présenter, sous prétexte de style et d'idéal, de» types d'Iiomme ot de femme qui ne rappellent plus i|ue d» In';» Inin riiumanil*'. C'est surtout sur le type de la lteaut<^ fi^minine que s'est exercé ce travail de IranHfî^uration, comme si la femme ])]us que l'Iiumine était une créature dagrémentque l'arl a ledmit delran»- Tormer à sa guise. Tantôt, obéi^Nant aux loi" de la rêverie sensuelle, on exagérera ses former «nraclt^ristiques, on la fera trop femme pour la mî'nix «Jifférencicr de l'homme: tanlât, pour la rendre rrnmif lérielle et toute psychique, oo rallongera, on l'amiiicira jusqu'à ne plus faire de tion corps qu'une Ugn grêle portant la liHc. La mixlc elle aunci m'en môle, pour décider que la femme devra avoir la (aîlln longue ou courte, les épaules i-arn'«e ou lomi^anlew, la gorge placée comme ceci ou couiuie <^lii; et irmt variations mondaines île l'idéal féminin ont leur contre-coup dans l'art. Il importe dnni: qiiv l'arti»!*), le plus souvent possible, revienne ait j>oin( de départ. En reprcnaol conUel ave^ la luliiro, il comprendra ce qu'il y 8%ai( de cooveiiIJoflM'l el iln faux dans ces type» srlilîci«l» qai l'avut^nt iitl !»»• tant séduit.
Il est non moios évtdeol qu'il mm ulJl« in Utini \ cette étude sur des modHem auMÎ Iwciii f|Mf> u sible. Si, pour représenter ime l>î»ui>, <>» iumim tli nissait uu modèle du i^èi^ lUr '»-lui qui • ii la Diane au Août de KetnlrtafMll, iUitHt #|H à (ailler daos ctm fon»e« n*»«jw!w |
l'imagination inventive, le corps svelte de la chasseresse. Le but i d'ameocr la forme humaine à la plus haute p lion concevable, il importe de ne pas partir c bas, mais au contraire de types déjà élevés : il travail sera simplifié et facilité d'autant. Il ] même se faire, et en fait il arrive que l'on rencoil des modèles d'une beauté accomplie, et telle i le goût n'y trouve rien à reprendre, que l'ini tion ne conçoive rien au deift. On sait avec qiSt soin Léonard de Vinci choisissait ses modèles, et ses patientes investigations, prolongées des mois durant, à la poursuite de quelque spécimen de l'espèce humaine qui répondit h son idéal. Heureux les artistes qui vivent dans un pays où la race est belle! A notre insu, toutes les images qui nous entrent dans les yeux se gravent dans notre mémoire, superposant leurs empreintes, et contribuent â former notre idéal de beauté. Plus la moyenne des types que nous observons journellement sera élevée, plus vaudra cel idéal. Si nous avons trop souvent sous les yeux des visages aux traits grossiers, des corps lourds et mal bâtis, notre moyenne s'abaissera; notre goût deviendra moins exigeant; le sens de la beauté plastique s'altérera en nous. Aussi est-il plus fâcheux encore que l'on ne pense de faire entrer dans un atelier quelqu'un de ces modèles d'occasion, bons comme on dit pour les débutants, sur lesquels les jeunes peintres feront leurs études de nu. C'est leur enlever le respect de la forme humaine. C'est les induire à penser que la beauté sculpturale est un mensonge. C'est mettre dans leurs premières conceptions d'art une empreinte vulgaire, un germe bStard qui peut-éti-e