‹ L'imagination de l'artisteChapitre 34 sur 39 · SIMPLIFICATIONS · texte numérisé non relu

SIMPLIFICATIONS

Voici des conventions plus audacieuses : on va toucher à la forme.

On commencera par la simplifier, éliminant tous

,A CONVENTION A l,\ KANTAISIIC, 26(

les détails accessoires pour n'insister que sur les essentiels. Tout artiste fait subir à la forme une opération de ce genre. Maïs le décorateur y met plus d'audaces; ses simplilicalions sont plus énergiques; il résume les choses on une synthèse plus brève. C'est lui, non le sculpteur ou le peintre, qui de la complicaLioD des formes individuelles sait dégager le type simple, le schème de l'espèce. Cette extrême simplification lui est comme imposée. II importe en décoration que les images s'enlèvent en nette silhouette sur le fond qu'elles doivent orner. Il faut aussi qu'elles aient une sorte de généralité typique pour pouvoir être plusieurs fois répétées. Dans certains bas-reliefs assyriens on voit une longue (île de personnages, tous pareils, représentés dans une même attitude ; et celte répétition rythmique de figures semblables est d'un excellent effet décoratif. Mais elles choqueraient le regard si le type en était trop individuel, si les détails en étaient trop accusés; car il serait invraisemblable que la nalure les eût tant de fois reproduits. Dans un papier de tenture, le mémo molif reparaîtra, cent fois de suite, sans variation ; cette uniformité môme est exigée pour répartirégalement l'intérêt du décor sur tous les points de la muraille; elle correspond bien au caractère d'une surface plane. Mais l'offet ■ serait intolérable si l'on nous présentait ainsi, reproduit à une centaine d'exemplaires, un dessin trop détaillé, trop anecdotique, comme un piïcheur qui lance son filet, ou la mort du chevalier d'Assas. La scène, prise à part, peut avoir son intérêt; mais c'est bon, comme on dil,pour une fois. Nous admcl Irons bien plu» volontiers la répélilioa d'un motif plus

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simple, plus banal même; et nous nous en lasserons d'anlanl moins vile qu'il sera rendu d'une nianiére plus conventionnelle. Tout véritable artiste le comprendra d'instinct. Il se fera une règle de simplifier autant que possible les motifs qui doivent tire répétés plusieurs fois dans une même composition, ou même ceux qui ont chance de repasser souvent devant nos yeux, comme l'effigie d'une pièce de monnaie, d'un cachet, d'un timbre postal. — Pour montrer à quel point la forme peut être simplifiée s cesser d'ûlre reconnaissable, je citerai les hiéroglyphes égyptiens, oii la silhouette caractéristique des objets et des animaux est dessinée d'un trait si sommaire et si juste en même temps, ou bien encore les emblèmes usités dans notre art héraldique aux beaux temps de sa floraison. Préoccupé d'exprimer chaque chose par un signe simple, clair et cursil qui put être indéfinimenl reproduit dans sa forme Iraditionnclle, l'artiste a réduit les indications au strict minimum, et a produit ainsi, sans songer à faire œuvre d'artiste, des figures schématiques d'une singulière beauté. On retrouverait parfois dans nos modernes marques de fabrique, blason de notre démocratie laborieuse, quelque chose de cette simplicité artistique.

Enfermer le plus d'indications possible dans la ligne la plus simple, tel est le problème que le décorateur semble se poser. C'est ainsi qu'il se fait un style personnel, si reconnaissable qu'une simple ligne tracée par lui se dlU'érenciera, à première vue, d'une figure tracée par un peintre. Le coup de crayon n'est pas le même : il -esl plus hardi, plus ucl,plus impérieux. On voit bien que l'arlisle a cou-

tume de composer mentalemeRt ses figures avant do IcB exécuter. Alors mftmo qu'il dessine d'après nature, on voit qu'il n'est pas habitué à suivre du regard liniidemcnt et point par point les contours de l'objet. Il l'enveloppe d'un coup d'reil, décide de sa forme, et résolument l'exprime d'un trait. N'y a-t-il pas quelque chose de vraiment génial dans cetlo façon de représenter les choses par de simples emblèmes, symboles plutdt qu'images de la réalité, cil pourtant loul l'es.sentiel se trouve? Avec une tranqudle audace , le dessinateur taille dans la nature; et quand nous nous demandons avec inquiétude t:e qu'il en va conserver, au moment où nous allons la perdre de vue, voici qu'elle reparaît, différente et pourtant reconnaissable, réduite à un simple linéament et pourtant complète, dans cette nouvelle effigie. Si h: sentiment de l'art ne va pas sans celui del'artinciel; si l'œuvre la plus artistique est celle oii le vouloir de l'artiste, loin de se dissi- ^ muler, appuie le plus fortement sa marque, ou peut dire que le décorateur ne saurait pousser trop loin ce parti pris de simpUlicalion. C'est par ces hardiesses d'interprétation que son œuvre s'affirme comme francheuienl décorative.

Après avoir simplifié les formes, le décorateur, entrant plus avant dans la convention, pourra les styliser : opération bien différente de la précédente, et qui change d'une manière notable le caractère de l'œuvre. En simplifiant les contours, l'artiste ne faisait qu'élimin er les ilét ails a ccessoires [H^pdéga- ^r et mettre en évidence ce^ linéament essentiel, qui est comme l'armature solide de la forme, la silhouette caractéristique de l'objet. S'il cherchait

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la beauté, c'était dans la nature mëine, en netfl vanl ridée première dnnt elle îictnblait s'être ii rée, le thème siniglo sur le q uel e lle avait 1

varia tions. Ici, au contraire, on plie la forme 'd des conveoantres étrangères, en la composant pour l'elTeL; on Tait entrer la nature dans des cadres; un modifie le caractère propre de l'objet pour lui donner une beauté qui n'est pas la sienne. Quelle est donc, en fin de compte, cette opération mystérieuse, dont quelques décorateurs ne peuvent parler sans hocher la tôle d'un air profond, comme si c'était leur secret professionnel, le grand œuvre de l'art décoratif"? Klle ppul être définie d'un mot. Styl iser la forme, c'est lui donner la hemiU- l inéaire. La ligne, nous l'avons constaté, n'est qu^un procède artificiel d'expression, un moyen sommaire et commode de découper nettement la silhouette des objets. Dans la peinture réaliste, où les formes soat suffisamment indiquées par le jeu des lumières et des ombres, elle disparaît absolument. Dans ta décoration, au contraire, on prendra plaisir à la marquer fortement, comme dansjes vitraux où c haque fifluaiest cernée de plombs bien visibles, dans les tapisseries orientales où une ligne blanche s'interpose entre les couleurs pour prévenir leur mélange optique, dans les cloisonnés où une bordure de métal sépare réellement les émaux colorés. Non seulement on marquera la ligne sur les contours, mais on la cherchera dans les pleins. On a signalé, dans la céramique grecque, cette recherche de la ligne pour la ligne, qui donne aux Ogures peintes sur les va.ses antiques un caractère si particulier. Les plis d'une draperie, les boucles d'uue chevelure,

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lè contour d'un sein de femme, b division des | masses musculaires dan» ua lorse viril seront un prétexte d liDéamenU, que la main (te l'artisle se plaira à accentuer d'un liltre mouvement de pin- i oeau. Dans les figures purement ornementales, celle stylisation est parfoi»^ d'une extraordinaire ingéniosité. L'artiste moderne use largement de cette convenu on ^Delàc es chevelures interprétées comme un or nement grafdïTque. divisées en mmcësTTleis qui s'enlacent et se dénouent suivant un rjthme déterminé et font comme un cadre à la figure (ex. : les compositions décoratives de Miichai. Appuyant ainsi sur le trait, le signulant à raltentîon, il sera naturel qu'on se préoccupe de lui donner toute la beauté que comportent les lignes. On le rendra plus pnren le conduisant suivant une loi plus régulière, rectiflanl les droites, accentuant les courbes, ramenant les formes k une parfaite symétrie; et il en résultera des figures d'une sobre élégance, sorte de compromis entre le décor réaliste et le décor abstrait, où nous reconnaîtrons encore la nature, mais tra nsposée dans le mode géométnque. On bien on lui donnera la grûce du mouvement, en le dessinant d'un geste plus libre : alors ce sera la main de l'artiste qui trouvera d'elle-raéme la courbe heureuse, qui prendra plaisir aux changements de direction , aux raccords , aux enlacements , aux lignes hardiment lancées; et les figures ainsi obtenues auront une sorte de beauté calligraphique.

Parfois ces deux procédés de si mjïlifi cation et de stylisation seront employés dans le tracé d'une "^ même RgûrB. On en peut voir un tri\s inléressani , exemple dans les beaux lions qui ornjiicnl la l'riac

L IMAGINATION LNVE.NÏIVE.

(lu palais de Suzo. Par quel subtil artifice le décorateur est-il parvenu iV conserver à ces figures, d'exéculioo si conventionnelle, un accent si véridique? En se contentant de simplifier les lignes essentielles, et en stylisant à plaisir les lignes accessoires. Ce qu'il y a de vraiment caractéristique dans la forme de l'animal, le trait qui en marque la silhouette, a été reproduit d'après nature i aussi comme on voit bien ce lion s'avancer, d'un mouvement souple et puissant, la gueule grondante, tout prêt à bondir. A peine s'aperçoit-on que les contours do la bote ont été simplifiés, tant ils l'ont été avec justesse et mesure. Mais les lignes principales ainsi posées, l'artiste s'est joué librement des autres. Était-il nécessaire, par exemple, de dessiner minutieusement les détails de la crinière? U en a simplement indiqué la masse par un grand trait régulier. Quant à la saillie des muscles, il l'a marquée par des galons blancs, dont les boucles sont remplies de couleurs conventionnelles. Des rides qui Troncentle mufle du fauve, il a lait des lignes bleues, disposées régulièrement comme un tatouage, sorte de sauvage parure qui donne à la tôte de l'animal une étrange expression de férocité. La figure est donc naturelle d'attitude, simplifiée comme contour, stylisée dans le détail. Et l'effet résultant est éna* } nemmenl décoratif.

mktamoupiiobes Enfin nousenirons en pleine fantaisie. Voici I*:^

^inalion abandonnée à elle-même, se cri

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