‹ L'imagination de l'artisteChapitre 35 sur 39 · DE LA CONVENTION J · texte numérisé non relu

DE LA CONVENTION J

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usage un monde ficLil' qu'elle s'efl'orce de rendre auKsi dilTrrenl. que possible tlu monde réel.

Certaines figures Tantasliqucs serout obtenues par altération progressive d'une forme donnée. C'est en ponssant la convention à l'extrême, au point où l'image cessera d'Olre reconnaissable, que l'artiste nous donnera la sensation du merveilleux. H s'abandonnera aux caprices de l'exécution, suivant d'un crayon disirait les images indécises qu'il voit apparaître sur l'objet, cherchant après coup un sens aux figuresainsi tracées, et en accenluanl le contour : tel l'écolier désœuvré qui griffonne, au hasard, des dessins pour lui-mfime imprévus sur la converlure maculée de son livre. Certains peintres très imaginatiTs ont d'instinct recours à ce procédé d'invention. Ils cherchent des idées pittoresques dans les nuages, dans les volutes de la fumée, dans le lichen des murs, dans les cassures d'un rocher. Au cours d'une promenade, ils se représenteront tout à coup un tableau à faire, une scène fantastique <]ui semble spontanément surgir des profondeurs de leur cerveau ; et cette idée leur est peut-fltre venue en jetant par hasard les yeux sur un vieux saule au tronc noueux et tordu qui avait une vague apparence de monsire. Charles Yriartè signale chez Fortuny cette aptitude spéciale à inventer par la tache. Dans la chambre noire de son cerveau, l'artiste combinait des couleurs et des effets comme d'autres combinent des pensées el improvisent des scénarios. Pendant qu'il exécutait ses aquarelles, il lui arrivait fréquemmentdc jouer avec une lâche ou une éclaboussnrc, d'ulilispr mflme pour se fiiire un fond l'aspect d'une feuille de papier noircie par un commence-

l'imagination inventive.

meot d'incendie'. " Un jour, par exemple, l'esi i^espinceanx laisse sur le papier des taches bizai celte palette de hasard frappe ses yeux et éveille pensée; il voit là des harmonies singulières qui seraient le point de dépari d'une très curieuse aqua- I relie, la Miisairnde , où, dans un l'incio idéal ou un coin rêvé de quelque viila d'Albani qui n'a jamais exislé, un groupe de masques, qui nonl ni patrie ni histoire, viennent l'aire le décaméron à l'ombre d'arbres dont les feuilles sont des lâches el les troncs sont des valeurs. Sur le premier plan, de grands cygnes colorent de leur duvet blanc les ondes noirei et bleuûLres d'un bassin; c'est à la fois élraugc et séduisant, et d'un coloriste très délicat qui ne pouvait pas sans doute conduire son rêve jusqu'au bout et en faire une réalité picturale. Mais ceux qui aiment la peinture savent tout le charme qu'on trouve dans certaines esquisses que la pensée achève et complote, et où le spectateur se prend à voir un monde de choses qui flottent au gré de son imagination! Gustave Moreau possédait aussi cette apUtude. Coloriste visionnaire, c'était dans la couleur même qu'il cherchait parfois la forme, c'était de nuances étranges, obtenues dans une simple recherche d'effets chromatiques, qu'il lirait ses images merveilleuses. Je suis persuadé qu'il n'est pas de décoraleur qui ne procède parfois ainsi. Le métier même l'y invite, les images décoratives élanl d'ordinaire projetées après coup sur un objet de forme et de couleur données. Ce sera par exemple un pied de table qui offrira déjà l'apparence d'upa

;6 ïrinrle, Forluiiy, p. :U.

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