‹ L'imagination de l'artisteChapitre 38 sur 39 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

rrivés au lermft de ceLLe élude, jetons un regard

liarrière, pour doijs rendre compte des résultats

ienus.

jSous avons cherche d'abord à discerner la facuUé de l'arliste. En analysant un cerlain

mbpe d'exemples empruntés à la peinture, à la ' Sculpturo, à l'arl décoralir, nous sommes arrivés à nous i;onvaincre que l'artiste pouvait avoir une très riche organisation psychique, une grande variété d'aptiLiidcs, mais que ce gu i le caracti-risait avant tout el délermioait sa vocationj^ c'était le développement exceptionnel des facultés Imaginatives. Entrant alors dans le délail. nous avons étudié rimaginalion dans sa double fonction arlisUque, qui est de représenter et de créer. Le pouvoir qu'a l'arliste de se représenter vivement les choses explique le caractère hallucinant de ses œuvres, la poésie qui s'en dégage, leur tendance au symbolisme. Restait ù savoir s'il a au môme degré l'imagination créatrice. Écartant le préjugé réaliste en vertu duquel il serait voué à , l'imitalion siricte des objets, nous avons reconnu

2N2 L'iMAdINATKIN INVKMIVE.

qu'il ne saurait au coniraire parvenir à la mal di: son arl, s'il uVsl doiu'' au plus liaul degré de' pril d'invenlion, il faut t|u'il ait l'invenlion niijuc, pour se créer des procédés d'expi t'invenlion dramatique, pour mettre en scèi persODuages; et par-dessus tout l'invenlion liquo, pour transformer les éléments que lui foiiriS la nature et en composer des images nouvelle!

De ces analyses minutieuses se dégagent quelques impressioDs d'ensemble, surlesquelles je souhaitera^ que le lecteur restât.

Ce qui nous a le plus frappés au cours de nos recherches, c'est de voir quelle somme d' activité mentale exige le labeur arlistiqne. Nous voilà bien loin de la théorie qui fait de l'œuvre d'art un simplo [■eflet des choses. Elle nous apparaît au contraire comme une œuvre toute humaine. C'est la nature élaborée parle génie humain, c'est la réalité iransfi' gurée par l'esprit. Qu'il s'agisse de la peinture, de la sculpture on de l'art décoratif, l'art est fait par l'imagination et pour l'imagination. Nous donner l'intense vision de choses que nous n'avoua pa» devant les yeux et qui peutH?lre n'ont jamais existé créer un monde de pures représentations que nous faisons à volonté semblableau monde réel, ou différent et plus beau encore; incruster dans la matière dure les plus fugitives images du rêve; placer devant nos yeux de magnifiques symboles qui constamment nous rappellent à l'idéal; faire descendre sur loua les objets qui nous entourent et jusi{u'aux plus vulgaires un rayon de poésie qui les transfigure, lella est, dans sa multiplicité apparente et son unité

réelle, la fonction de l'artiste. N'est-elle

pas

bien

cuNcLrsiON. an;!

belle, el faitfi pour tenler les plus noblef espi-ils? Dressant une lislo des diverses fonctions de l'imagination, nous avons iHé surpris de voir comme dans ces cadres sont venues naturellemeat se ranger les diverses écoles. Cela nous prouve que ce n'est pas la théorie, mais bien plutôt le tempérament "propre de l'artiste, qui délermine les diverses orien- "Tations de l'art. Et cela doit nous être aussi une legon de tolérance artistique. Ne nous enfermons pas dans une préférence exclusive! Soyons sympathiques à tous les ciTorts! Faisons-nous un goût assez large pour comprendre les formes d'art les plus opposées : chacune d'elles représente l'expansion spontanée d'une des facultés Imaginatives, et doit être tenue pour aussi légitime que les autres.

Mais nous avons vu aussi que dans certaines œuvres le travail de l'imagination était porté à une plus haute puissance; et nous nous sommes spécialement intéressés à ces esprits aventureux, à ces chercheurs qui ont voulu reculer les limites de leur art, augmenter sa force d'expression, lui faire dire des choses que la peinture et la sculpture ne semblaient pas pouvoir dire. Mé^mc quand nous avons dû constater leurs échecs, nous avons applaudi à l'efïorl. ils ont risquéde s'égarer, mais ils ont ouvert à l'art des voies nouvelles. Plus que les autres, ils donnent prise à la critique; niais c'est par eux que se fait le progrès.

En résumé, admiration pourle génie humain dans les formes multiples de son activité artistique; sympathie pour tous ceux qui cherchent et nous apportent un élément esthétique nouveau; mais pj^édUec- (ion pour les grands imaginatif.s, telle est la triple

2H4 L'IMAfilNATIOX IWKNTIVE,

impression qui nie semble rësuUer de celle enquPle Bill' la psychologie de l'arliste.

Serail-il possible enfin de lirer de ces reniarque& quelque conclusion pratique, quelque règle appli* cable à la culture de l'imagination? Aucune éducation ne saurait donner de l'imagination à qui cr' sérail naturellement dépourvu. Mais si l'on possède déjà cette faculté, il est possible de la nourrir, de l'exercer, de la sLimuler.

On la nourrira par robserygUûg. Ne craignoBS pas (le le redire une fois de plus, car on ne saurait trop appuyer sur cette idée :Vimagi nation ne tra^ vaille pas à vide. Forcément ses conceptions seront pauvres, banales, convenlionnellea, si elle n'a pas pour s'alimenter un riche fond d'observations delà nature, mais d'observations intenses, passionnées, pi'néirantea , confiées autant que possible à Ift, mémoire, et poussées jusqu'à l'assimilation compli^te.

On l'exercera en réduisant au strict minimum le travail de simple copie, pour exiger de bonne heure un travail d'interprétation personnelle et de composition. Former l'œil et la main, apprendre à voir et à reproduire exactement ce que l'on a vu, certes c'est une chose indispensable. Mais cet enseignement technique n'est pas tout. 11 ne suffit pas que l'artiste apprenne son métier, il faut bien qu'il apprenne aussi son art, qu'il fasse preuve d'ioitia-r tive, en un mol qu'il invente. Et (|u'on ne dise pa9 que les exercices d'invention ne peuvent venir qu'après coup, au sortir de l'atelier, quand l'élève sera abandonné h lui-même. Ces exercices devraient.

uvcr place dès le début , dans les première^.

Page 1