‹ L'imagination de l'artisteChapitre 9 sur 39 · LA POÉSIE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE

Avons-nous épuisé tout le contenu d'une œuvre d'art quand nous avons constaté ce qu'elle représente? Voici une figure humaine, voici un paysage, voici une nature morte. Nous avons compris le sujet du tableau; par un effort d'imagination visuelle, nous avons complété les indications qui nous étaient fournies, et rétabli autant que faire se pouvait Tapparence visible de l'objet représenté! Est-ce là tout? L'œuvre n'a-t-elle rien de plus à nous dire?

Rien de plus, si elle représente platement un objet vulgaire. Mais si elle a été conçue et exécutée par un artiste qui avait à quelque degré le don de poésie, elle éveillera en nous des impressions, des sentiments, des images qui lui donneront un surcroît de charme. Elle nous parlera de mille choses qui ne peuvent être représentées, n'étant pas visibles, mais exprimées seulement.

Essayons de recueillir ces suggestions plus délicates de l'œuvre d'art, pour entrer plus avant dans la pensée de son auteur et nous rendre mieux compte de ce qu'est l'imagination d'un véritable artiste.

Sans aulri! moyeu d'i^xpmasioH ijuiï hi ligne et la couleur, le dôcoi' abstrait peut nous donner dos impressions poétiques. Nous avons déjà vu quels sont les jeux d'imaginaLion -visuelle auxquels il se prête. Si par surcroît le décorateur a pris soin de nous pousser dans la voie de rhallucinalioii par la structure bizarre ou paradoxale de l'objet décor6, par la magie de la couleur, par des jeux de Intnière, de transparence et de rellels, le eJiarmc sera complet, cl les images que nous avons réellement devant les yeux prendront un aspect irréel, une beauté d'apparition et de hiirage. « De la combinaison de ceg choses est née rarchilccturc arabe. Elle ressemble ' à un r<>ve brillant, au caprice des gtl'nies qui s'est joué dans ces réseaux de pierre, dans ces délicates découpures, ce» franges légères, ces lignes volages, dans ces lacis oii l'œil se perd à la poursuite d'une symétrie qu'à chaque instant il va saisir, qui lui échappe toujours par un perpétuel et gracieux mouvement. Ces formes variées vous apparaissent comme une puissante végétation, mais une végétation fantastique; ce n'est point la nalurej c'en est le songe. La lumière voilée prend des teintes moel- "T^eiises, une sorte de velouté aérien, analogue à ce monde de féerie, et qui en augmente l'illu.'^ion ". On ne peut mieux décrire que Lamennais ne l'a fait dans cette belle page la poésie qui se dégage, pour le contemplateur, de cet art cliarmant oii d'abord

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on serait Lenlé de ne voir qu'une froide j Tel est encore l'effet des sublimes verrières de nos cathédrales, qui par une simple combinaison de verres polychromes nous donnent rimpression poétique par excellence, l'impression du mei-veilleux.

Faisons entrer dans le décor quelque thème emprunté à la nature. Voici des suggestions nouvelles qui s'ajouteront aux précédentes; l'expression deviendra plus intense, plus riche, et en même temps plus précise. Il est surprenant de constater quelle somme d'impressions de nature un véritable artiste peut condenser dans un simple emblème. Jl résoudra en se jouant ce problème paradoxal, de mettre tout le printemps dans une fleur et toute cette fleur dans quelques traits. Est-il besoin de démontrer qu^il n'y pourra réussir, s'il n"a lui-même une imagination de poète?Comment son œuvre nous donnerait-elle une émotion qu'il n'aurait pas ressentie? Comment nous suggérerait-elle des Images qu'il n'aurait pas conçues fout le premier? A la rigueur un décorateur à l'esprit sec pourra simuler l'imagination en usant de certaines recettes, II fera entrer dans toutes ses compositions quelque image de valeur suggestive éprouvée : libellule ou papillon, marguerite ou myosotis, rossignol ou croissant de lune. Il étudiera la facture des malires pour surprendre leurs procédés d'expression. Je laisse de côté ce qu'il y a de méprisable dans la contrefaçon artistique. J'aflirme seulement que cette fausse et banale poésie ne ressemblera jamais à la vraie; que ces procédés d'expression, empruntés à autrui, étant sans originalité, seront sans vertu, On cherche le secret des maîtres. Il n'est pas dans le choix de tels

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